Éducation : défiance et mobilisations grandissent avant la grève du 4 avril

Réforme de l’enseignement supérieur l’an dernier avec Parcoursup, réforme en cours du lycée, du baccalauréat et de la voie professionnelle, projet de loi « pour une école de la confiance » : la frénésie réformatrice du ministre de l’Éducation soude la communauté éducative contre Jean-Michel Blanquer. Depuis plusieurs semaines, la colère gonfle et les actions se multiplient.

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« Il y a des endroits où cela bouillonne, d’autres où il y a un frémissement, mais aussi certains où c’est le calme plat », confie Gilles, instituteur dans une école primaire du sud de la France classée en REP+. Pour ce militant de Sud-éducation la journée de grève du 4 avril est un moyen d’amplifier les luttes déjà existantes en incitant toute la profession à se mettre en mouvement. Ce jour-là, avec ses collègues il participera à une nuit des écoles pour inviter les parents à s’informer et participer à la mobilisation. Une décision prise la semaine précédente lors d’une assemblée de secteur qui a réuni 35 professeurs des écoles d’un quartier sensible.

Depuis le début de l’année, des actions de désobéissance résonnent comme un murmure préparant un mouvement plus bruyant et visible. Dans le primaire, le refus des évaluations CP et CE1, ou de leur communication sur une plateforme liée à Amazon, a fait réagir le ministère. Dans une circulaire du 8 mars, celui-ci se fait menaçant et qualifie ces refus de faute professionnelle. Même attitude vis-à-vis des enseignants du secondaire qui ont entamé aux quatre coins du pays, une rétention des notes pour les uns, des 20/20 à tous les élèves ou des démissions collectives de professeurs principaux pour d’autres. Là aussi, le ministère a demandé aux recteurs et aux directeurs d’académie d’appliquer des sanctions.

 

La contestation monte en puissance dans l’Éducation nationale

 

Dans ce contexte, le vote en première lecture à l’Assemblée nationale le 19 février de la loi « pour l’école de la confiance » fait office d’électrochoc. L’introduction d’amendements aussi lourds dans la vie quotidienne des enseignants que celui sur les regroupements d’écoles sous la direction d’un proviseur de collège a mis le feu aux poudres. Pour la communauté éducative, cela équivaut à vider de sa substance et son pouvoir les conseils d’école et au passage de supprimer les directeurs. Ainsi, un mois plus tard, les enseignants forment le gros des cortèges lors des manifestations interprofessionnelles du 19 mars. Le primaire y est très représenté avec 40 % de grévistes dans les écoles selon la FSU et 24 % pour le ministère. Cela correspond au chiffre de grève le plus élevé depuis 2017.

Avant même cette journée, les enseignants du département de Loire-Atlantique se mobilisent contre la loi Blanquer en prenant quelques longueurs d’avance. Le 4 mars, un millier d’entre eux sont en grève à l’appel de la FSU, de la CGT et de Sud-éducation. Une cinquantaine d’écoles sont fermées et 350 personnes décident en assemblée générale de recommencer le 11 mars. Ce jour-là, la grève prend encore de l’ampleur et sa reconduction est votée par plus de 500 enseignants à Nantes. Rejoint par Force ouvrière, le mouvement n’a pas cessé, même si dans le second degré la mobilisation prend majoritairement la forme de blocage de notes ou d’actions symboliques.

Depuis le 19 mars, les mobilisations se multiplient un peu partout. Le jour de la grève, une assemblée générale de 350 agents à Angers vote sa reconduction pour le lundi 25 mars. Dans l’Allier, ce sont les dates du 28 et du 29 mars qui sont retenues. Celle du 26 mars dans les Bouches-du-Rhône et les Deux-Sèvres. À Paris, où une assemblée générale réunit 200 enseignants, un appel à la grève est lancé à partir du 27 mars. Dans de nombreuses localités de la région parisienne, des établissements sont déjà en lutte. Ici, des banderoles accrochées à l’entrée de l’école expliquent que pour un vêtement égaré il faut dorénavant s’adresser au collège, là des parents retirent leurs enfants en guise de protestation. Parfois, ce sont des blocages temporaires qui sont effectués par les parents. Le tout ponctue une montée en p

 

Une manifestation le 30 mars, une grève le 4 avril

 

Le 30 mars, les principaux syndicats enseignants (FSU, Unsa, CFDT, CGT et Snalc), rejoints dans la rue par FO et Sud-éducation, ont appelé à un samedi de manifestation. Alternative à la grève pour contenter les syndicats partisans de négociations et d’un aménagement de la loi, ou moyen d’associer les parents d’élèves ? Peut-être un peu des deux au regard de la participation notable de ces derniers, notamment à Paris et Nantes. En tout cas, l’appel à la grève pour le jeudi 4 avril n’est signé que par la FSU, la CGT, FO et Sud-éducation.

Samedi, le ministère de l’Intérieur a comptabilisé 36 000 manifestants dans toute la France, dont 6000 à Paris. Dans la capitale selon plusieurs sources syndicales, le défilé approchait les 10 000 participants. Les banderoles fabriquées pour la circonstance témoignent d’une vivacité de la mobilisation. Les manifestations ont réuni 2500 personnes à Nantes comme à Lyon, et 2000 à Rennes, où la FSU annonce que « 70 postes seront supprimés dans les établissements du second degré à la rentrée prochaine ». Une façon de rendre concrètes les 2600 suppressions de poste annoncées par Jean-Michel Blanquer en septembre dernier.

À Strasbourg, un millier d’enseignants ont défilé dans les rues de la ville, un peu moins à Limoges, Clermont-Ferrand ou Montpellier. Là, Céline, institutrice depuis quatorze ans se dit inquiète des conséquences de l’article un de loi Blanquer sur la liberté d’expression des enseignants. « Qu’en sera-t-il des réunions d’information que l’on fait avec les parents », s’interroge-t-elle en soulignant le flou laissé par le texte. N’auront-ils plus le droit d’y critiquer la politique de leur ministère, alors que les moyens manquent partout ?

C’est une crainte qui semble largement partagée chez les professeurs des écoles rencontrés dans les manifestations samedi. Ils ont de plus le spectacle du traitement du mouvement des gilets jaunes sous le nez pour ne pas les rassurer. Ainsi, de nombreuses conditions sont réunies pour faire de la prochaine journée du 4 avril un tremplin vers une poursuite du mouvement. « Cela fait plusieurs années que nous n’avons pas eu une implication aussi importante des collègues et des parents », constate une institutrice de la région parisienne, syndiquée à la CGT. Elle note que de nombreux parents découvrent en accéléré l’ensemble des réformes, ce qui « dans les quartiers, donne l’impression que c’est toute une jeunesse qui est sacrifiée ». De quoi nourrir la contestation.

Cependant, malgré une mobilisation qui enfle, plusieurs organisations syndicales n’appellent pas à la grève, et dans de nombreux départements l’information est arrivée un peu tardivement. Dernière difficulté pour que le mouvement s’ancre : les vacances de Pacques commencent le 6 avril dans la zone B. Elles s’étalent jusqu’au 6 mai pour la zone C.

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