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Billet de blog 6 janv. 2020

Négociations de dupes à Matignon sur les retraites

Alors que l’ensemble des syndicats de salariés rejettent tout ou partie de la réforme des retraites, Édouard Philippe recevra les partenaires sociaux mardi 7 janvier au ministère du Travail, sans mettre sur la table aucun des points constituant leurs lignes rouges. Pas tout à fait un compromis, terme pourtant utilisé par Emmanuel Macron à l’occasion de ses vœux du 31 décembre.

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https://rapportsdeforce.fr/pouvoir-et-contre-pouvoir/negociations-dupes-retraites-matignon-01055540

Déni, sentiment de surpuissance ou basse manœuvre politique ? Peut-être un peu des trois. En tout cas, le gouvernement fait comme s’il ne faisait pas face à une grève dans les transports qui dure depuis plus de 30 jours, et ignore sciemment les éléments qui fondent les oppositions à sa réforme des retraites. Au contraire, il déroule son projet, tout son projet, comme si de rien n’était : calcul des points sur l’ensemble de la carrière, fin des régimes particuliers, corsetage à 14 % du PIB des dépenses de retraites, âge pivot à 64 ans, et ainsi de suite. Dans un communiqué, Matignon fixe quatre objectifs à la rencontre du 7 janvier : partager les impacts sur l’évolution des seuils relatifs à la pénibilité, renforcer les actions de prévention de la pénibilité, construire des dispositifs de reconversion pour les salariés exposés longtemps à la pénibilité et le maintien dans l’emploi des seniors. Mais rien sur les éléments structurants de la réforme.

https://rapportsdeforce.fr/Des thèmes qui claquent comme une provocation, même pour une CFDT favorable au système à points. Là où le premier syndicat aux élections professionnelles rejette l’allongement à peine déguisé de l’âge de départ à la retraite avec l’instauration d’un âge d’équilibre, le gouvernement propose de discuter du « maintien dans l’emploi des seniors ». En l’occurrence, une variation autour d’un élément déjà contenu dans le rapport Delevoye : « le cumul entre une retraite et des revenus d’activité ». Déjà, le gouvernement a décliné cette proposition dans la santé en proposant des fins de carrière à temps partiel pour compenser l’allongement de la durée de travail. Mais rien d’autre finalement que ce qui était envisagé dès juillet 2019.

Pénibilité : attention arnaque !

Je te pique 400 €. Si tu veux, on ouvre une discussion pour savoir si je te rends 30 €. Et si je te donne 40 €, on appellera ça un compromis. C’est à peu près le marché de dupes que propose le gouvernement sur la pénibilité, notamment dans la fonction publique hospitalière. Aujourd’hui, les aides-soignantes, les agents de services techniques et une infime partie des infirmières, celles qui ne sont pas passées en catégorie A, bénéficient de la possibilité de partir deux ans plus tôt à la retraite. Avec la réforme, ce droit disparaît, seule la pénibilité des métiers reste. Le comble, c’est que le gouvernement communique sur un cadeau fait aux fonctionnaires : le compte pénibilité (C2P) qui leur serait appliqué comme dans le privé. En réalité, un dispositif vidé de plusieurs de ses critères sous la pression du patronat et qui exclura la plupart des agents hospitaliers de la possibilité d’un départ anticipé. Pas franchement un cadeau.

Ce sont près de 400 000 agents qui pourraient ne plus bénéficier de mesures d’âge. Or, pour mettre du beurre dans le C2P, le gouvernement ne propose à ce jour qu’un abaissement du nombre de nuits travaillées pour bénéficier du compte pénibilité. De l’aveu du gouvernement lui-même, cela ne concernerait que 30 000 agents hospitaliers. C’est à priori ce que l’exécutif entend par : « partager les impacts sur l’évolution des seuils relatifs à la pénibilité ». Il ne s’agit pas de les revoir, mais d’en calculer les effets dans une espèce de diagnostic partagé. Cela ne ressemble pas vraiment à un compromis. En effet, le gouvernement s’est refusé à toute réintroduction des critères exclus de la pénibilité en 2017, et ainsi à chagriner le patronat.

Comble du cynisme, Laurent Pietraszewski, le remplaçant de Jean-Paul Delevoye, avance comme une mesure de progrès social, le fait de : « favoriser les possibilités de reconversion pour les personnes ayant été exposées aux critères de pénibilité ». Traduction : changer de boulot en lieu et place de l’ouverture de droits à un départ anticipé. Une façon d’effacer l’ardoise de nombreuses années passées à effectuer des travaux dangereux ou usants. Mais les boulots pénibles ne disparaîtront pas pour autant, malgré le quatrième objectif fixé par le gouvernement : « renforcer les actions de prévention de la pénibilité ». En somme, pour le pouvoir, chacun aurait juste la liberté individuelle de ne pas poursuivre un travail pénible, en choisissant une reconversion professionnelle.

Avec cette réunion du 7 janvier, et les suivantes organisées la semaine prochaine par les ministres concernés (Santé, Éducation, Fonction publique), le gouvernement s’attache à vendre les modalités de mise en place de l’ensemble de sa réforme, comme s’il s’agissait de concessions, voire d’un compromis. Il n’est pas certain que grand monde soit dupe.

Rapports de force

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