Stéphane Ortega
Journaliste
Abonné·e de Mediapart

203 Billets

0 Édition

Billet de blog 13 janv. 2020

Mutilés pour l’exemple : une marche pour ne pas oublier

Montrer la répression, les blessés, réveiller les consciences, interdire les armes mutilantes, ce sont quelques uns des objectifs de la quatrième marche organisée par le collectif « Les mutilés pour l’exemple ». Après Paris, à deux reprises, puis Bordeaux, c’est au tour de la ville de Montpellier d’accueillir dimanche cette manifestation nationale des blessés.

Stéphane Ortega
Journaliste
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Reportage avec photos : https://rapportsdeforce.fr/pouvoir-et-contre-pouvoir/mutiles-pour-lexemple-une-marche-pour-ne-pas-oublier-01125684

Le rendez-vous était donné à 14 h sur la place de la Comédie, lieu de départ habituel des manifestations gilets jaunes les samedis après-midi. Sur le parvis de l’opéra, une vingtaine de blessés venus des quatre coins de France déploient une banderole gigantesque où sont imprimés quatorze visages défigurés. En bas des marches, plusieurs centaines de gilets jaunes et d’habitués des manifestations montpelliéraines venus les soutenir entonnent un vibrant « on est là, même si Macron le veut pas, nous on est là, pour l’honneur des travailleurs et pour un monde meilleur, on est là ».

Un des blessés lève son moignon comme il aurait levé le poing avant son amputation. Avant le départ de la manifestation, les membres du collectif « Les mutilés pour l’exemple » sourient face à ceux qui sont venus aujourd’hui leur apporter leur soutien. « La police mutile, la police assassine » fuse de la foule. Le slogan est repris et gonfle sur la place. Puis le défilé se met en ordre. Plusieurs blessés portent des ballons sur lesquels sont dessinés des yeux ensanglantés. En tête, ils ouvrent la marche et remontent la rue commerçante menant à la préfecture. « Grenade, flashball, interdiction », « la police fait son travail, ça crève les yeux » résonnent dans la rue étroite.

À l’approche de la préfecture, un cordon de CRS barre une première rue, des policiers de la compagnie départementale de sécurité en bloquent une seconde. Deux herses, derrière lesquelles stationnent des CRS, empêchent d’approcher de l’entrée du bâtiment représentant l’État. Le cortège s’arrête. Ici, le 27 avril dernier, Dylan, un jeune de 19 ans, a reçu une grenade de désencerclement et perdu la vue d’un œil. Symboliquement, les blessés s’approchent des grilles de la préfecture pour y accrocher les ballons représentant les yeux crevés par des tirs policiers. Pendant ce temps, le reste de la manifestation attend à quelques mètres.

Cette première halte ravive les souvenirs douloureux des mutilés pour l’exemple. L’une craque dans les bras d’une de ses camarades, un autre frotte frénétiquement son œil recouvert d’une sorte de pansement. L’émotion en submerge plus d’un. Les larmes coulent ou se retiennent difficilement. Des applaudissements s’élèvent du reste du cortège qui a gardé une distance. Les mines sont graves. Puis, le défilé reprend au cri de « Macron démission, Castaner en prison ». Les plus de 500 personnes que compte alors la manifestation passent devant la cour d’appel sans y prêter la moindre attention, comme si rien n’était attendu de l’institution.

Puis, c’est une deuxième halte, cette fois devant les jardins du Peyrou. Ici, à la fin d’une manifestation contre la réforme des retraites, un quinquagénaire a été percuté à la tête par une grenade lacrymogène. Résultat : l’os frontal fracturé et neuf points de suture. Il est venu témoigner aujourd’hui, visiblement encore très affecté. Il raconte ce qu’il lui est arrivé, le visage déformé par la colère et l’incompréhension. Puis il conclut : « honte au préfet ».

Le tour des lieux où des manifestants ont été blessés se poursuit en arpentant le boulevard du Jeu de Paume, une des artères fréquentées par les manifestations montpelliéraines. Direction la gare où le 29 décembre 2018 pour l’acte 7 des gilets jaunes, quatre personnes ont été blessées en quelques minutes. Trois d’entre elles sont présentes aujourd’hui devant la gare, un peu plus d’un an après les faits. Parmi elles, Kaina et Yvan blessés à la tête par des tirs de LBD 40. Mais un manque à l’appel. Geoffrey, dont la blessure a occasionné 35 points de suture n’est pas venu.

Pour les blessés, c’est la fin de la manifestation et l’appel à dispersion de leur marche. Avant de quitter les lieux, ces derniers signalent que des vidéos ont été prises de policiers jouant au foot avec les yeux laissés à la préfecture une heure plus tôt. La prise de conscience attendue n’a pas fonctionné sur les forces de l’ordre.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Aurélien Rousseau, l’autre caution de gauche de Matignon
Le nouveau directeur de cabinet d’Élisabeth Borne, Aurélien Rousseau, a été directement choisi par Emmanuel Macron. Sa réputation d’homme de dialogue, attentif aux inégalités, lui vaut de nombreux soutiens dans le monde politique. D’autres pointent sa responsabilité dans les fermetures de lits d’hôpitaux en Île-de-France ou dans le scandale du plomb sur le chantier de Notre-Dame.
par Ilyes Ramdani
Journal
Législatives : pour les femmes, ce n’est pas encore gagné
Plus respectueux des règles de parité que dans le passé, les partis politiques ne sont toujours pas à l’abri d’un biais de genre, surtout quand il s’agit de réellement partager le pouvoir. Nouvelle démonstration à l’occasion des élections législatives, qui auront lieu les 12 et 19 juin 2022.
par Mathilde Goanec
Journal
Orange : la journée des coups fourrés
Redoutant une assemblée générale plus problématique que prévu, la direction du groupe a fait pression sur l’actionnariat salarié pour qu’il revienne sur son refus de changement de statuts, afin de faire front commun pour imposer la présidence de Jacques Aschenbroich. Au mépris de toutes les règles de gouvernance et avec l’appui, comme chez Engie, de la CFDT.
par Martine Orange
Journal
Élisabeth Borne, une négociatrice compétente et raide au service du président
Ces deux dernières années, celle qui vient de devenir première ministre était affectée au ministère du travail. Tous les responsables syndicaux reconnaissent sa capacité de travail et sa propension à les recevoir, mais ont aussi constaté l’infime marge de manœuvre qu’elle leur accordait.
par Dan Israel

La sélection du Club

Billet de blog
par C’est Nabum
Billet de blog
Qu’est-ce qu’un premier ministre ?
Notre pays a donc désormais un premier ministre – ou, plutôt, une première ministre. La nomination d’E. Borne aux fonctions de premier ministre par E. Macron nous incite à une réflexion sur le rôle du premier ministre dans notre pays
par Bernard Lamizet
Billet de blog
De l'art de dire n'importe quoi en politique
Le problème le plus saisissant de notre démocratie, c’est que beaucoup de gens votent pour autre chose que leurs idées parce que tout est devenu tellement confus, tout n’est tellement plus qu’une question d’image et de communication, qu’il est bien difficile, de savoir vraiment pour quoi on vote. Il serait peut-être temps que ça change.
par Jonathan Cornillon
Billet de blog
Qui est vraiment Élisabeth Borne ?
Depuis sa nomination, Élisabeth Borne est célébrée par de nombreux commentateurs comme étant enfin le virage à gauche tant attendu d'Emmanuel Macron. Qu'elle se dise de gauche, on ne peut lui retirer, mais en la matière, les actes comptent plus que les mots. Mais son bilan dit tout le contraire de ce qu'on entend en ce moment sur les plateaux.
par François Malaussena