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Billet de blog 26 déc. 2019

Algérie : « le hirak n’a pas été assez fort pour annuler la mascarade électorale »

L’été dernier, Nedjib Sidi Moussa nous livrait ses analyses sur la situation de l’autre côté de la Méditerranée, après le départ d’Abdelaziz Bouteflika, puis l’annulation des élections du 4 juillet. Présent à Alger pendant les présidentielles du 12 décembre, il a bien voulu de nouveau répondre à nos questions.

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Pourquoi cette fois-ci, la rue n’a-t-elle pas réussi à empêcher l’élection d’un proche de Bouteflika à la présidence de la République, alors qu’elle était parvenue à annuler le scrutin le 4 juillet dernier ?

Sans m’attarder sur les raisons pour lesquelles les élections devenaient urgentes du point de vue des tenants du régime car il fallait trouver un remplaçant au président par intérim Abdelkader Bensalah, gravement malade, et sauver les apparences institutionnelles en désignant un civil, il faut être clair sur le fait que le hirak (mouvement populaire) n’a pas été assez fort pour annuler la mascarade électorale. Car l’objectif, du moins tel qu’annoncé lors des manifestations routinières, était d’empêcher le scrutin du 12 décembre qui s’est conclu par la victoire d’Abdelmadjid Tebboune, ancien Premier ministre d’Abdelaziz Bouteflika en 2017.

Des appels à une grève générale de quatre jours à compter du dimanche 8 décembre ont circulé sur les réseaux sociaux avant d’être repris par certaines organisations et les contestataires, avec beaucoup d’enthousiasme, notamment lors de la manifestation du 6 décembre à Alger. Or, la grève n’a eu de réalité effective que dans les localités où existent des traditions de lutte et des formes d’organisation, comme à Bejaia ou Tizi-Ouzou. Ailleurs, à commencer par une capitale assiégée par les forces de répression, ce fut un échec retentissant.

« Had l’âam makach el vote » (« Cette année, il n’y aura pas de vote ») ou « Makach intikhabat mâa el issabat » (« Pas de vote avec les gangs ») criaient pourtant les manifestants depuis plusieurs semaines. Mais si l’on s’attarde sur le contenu de ces slogans, cela signifie que l’état d’esprit de la majorité des contestataires n’était pas foncièrement hostile à la démocratie représentative et ses mécanismes. Il ne s’agissait donc que d’une question de temps ou de forme pour aller glisser un bulletin dans l’urne. Ce qu’a fait la clientèle du régime mais aussi une partie de la population chez qui le mur de la peur n’est pas encore tombé.

Par conséquent, il faut interroger l’absence d’articulation claire entre la question démocratique et la question sociale qui constitue un des points faibles du hirak. À cela s’ajoute le niveau très limité d’auto-organisation qui repose sur la passivité entretenue par l’attitude des autorités (procès-spectacles, répression ciblée, annonces clientélistes, propagande massive, etc.) – en donnant le sentiment aux segments les moins politisés de la population qu’elles tournaient la page des années Bouteflika en garantissant la stabilité de l’État menacée par des complots imaginaires – et celle des appareils de gauche. Malgré leur faiblesse, ces derniers continuent à jouer un rôle néfaste en raison de leur dogmatisme et leur sectarisme.

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