La Turquie laisse mourir une quatrième gréviste de la faim depuis le printemps

Le régime d'Erdogan qui avait engagé une féroce répression après la tentative de coup d’État de 2016 continue d’emprisonner à tour de bras. Journalistes, avocats, militants de gauche ou Kurdes, artistes, elles et ils sont des dizaines de milliers à croupir dans les geôles turques. Jeudi 27 août, Ebru Timtik, une avocate condamnée à 13 ans de prison est morte à son 238 jours de grève de la faim.

La politique extérieure agressive d’Ankara en Méditerranée dernièrement, mais aussi précédemment au Rojava dans le nord de la Syrie ou en Libye, a son pendant interne : une répression systématique de toute critique ou opposition. Une multitude de prisonniers politiques sont détenus dans des conditions déplorables et les grèves de la faim, souvent collectives, sont monnaie courante. L’inflexibilité du régime y est aussi la norme.

Jeudi 27 août, l’avocate Ebru Timtik est décédée. Condamnée à une peine de plus de 13 ans de détention pour « appartenance à une organisation terroriste » — l’Association des avocats progressistes liée selon les autorités au DHKP-C, une organisation marxiste-léniniste — elle avait entamé une grève de la faim au premier jour de l’année 2020. Avec son confrère Aytac Ünsal du cabinet People’s Law Office, elle réclamait un procès équitable. Elle avait notamment travaillé sur la mort d’un jeune manifestant âgé de 15 ans pendant les grandes manifestations du printemps 2013 qui avait rassemblé des centaines de milliers de personnes en Turquie.

Deux demandes de libération de l’avocate avaient été refusées en juillet et août, respectivement par un tribunal d’Istanbul et par la Cour constitutionnelle, malgré un rapport médical signalant l’incompatibilité de la poursuite de sa détention avec son état de santé. Elle avait ensuite été transférée dans un hôpital où elle est décédée hier. À sa mort, Ebru Timtik ne pesait plus que 30 kilos. L’annonce de son décès a provoqué des manifestations à Istanbul et des prisonniers politiques auraient mis le feu à leur cellule au centre pénitentiaire de Silivri, selon Bahar Kimyongür, journaliste et défenseur des droits de l’homme auprès de l’ONU.

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