Et maintenant : la vie ou la crise !

Cette crise bouleverse durablement l’économie française avec à la clé un possible chômage de masse durable. La seule alternative est la redéfinition de pouvoirs civils et économiques locaux libérant d’un coup toutes les forces d’initiative. En invitant au passage les intérêts de la Nature.

Le confinement exacerbe nos projets, nos envies, nos besoins, nos volontés d’un monde diffèrent et meilleurs.

Il nous donne l’occasion d’une parenthèse unique dans notre civilisation de vivre une pause obligatoire prenant la forme d’un exercice de conscience collective.

Il est ressort que nous sommes bien nombreux à vouloir que « ça ne reprenne pas comme avant », et d’appeler de nos vœux une manière de produire, de consommer, de se soigner, de se déplacer, bref de vivre, se positionnant positivement dans son rapport à la nature et plus respectueuse de l’Homme lui-même.

Ça, c’est dit.

Un empowerment généralisé ? Autrement dit une prise de pouvoir par la conscience sociale et citoyenne, à la base et en direct ?

Cette hypothèse dépend de plusieurs facteurs pour pouvoir réussir. En effet, une émergence d’innovations sociales, culturelles, sociétales, environnementales, par un processus de foisonnement devenant fonctionnel et bousculant les habitudes acquises depuis longtemps, ne va pas de soi pour tous. Ni pour notre société vue la forme institutionnelle rigide dont nous sommes dotée.

Autrement dit, la question du pouvoir et de son exercice tangible au travers d’initiatives populaires et citoyennes, est un rêve que caressent nombre de nos concitoyens ayant acquis la lucidité, la technicité, la pratique et donc la parfaite cohérence de projets pouvant changer fortement le réel de manière positive.

 

Un pays socialement intelligent

Ce n’est surement pas l’intelligence sociale qui manque à la France. Cette culture à la fois populaire et intellectuelle portée par les divers courant de l’économie sociale et solidaire s’est ancrée sans jamais devenir dominante dans de nombreux secteurs d’activité qu’elle a saisi, au péril de devenir des activités économiques conformes et finalement en gommant progressivement toute singularité.

Les domaines de la banque, de la mutualité, de l’assurance, sont ainsi depuis longtemps en France du domaine de l’économie sociale et solidaire sur un plan statutaire.

Pour autant, il s’agit d’abord d’entreprises règlementées, même si de temps à autres elles nous rappellent à leur valeurs fondatrices de solidarité voulant réformer l’ensemble de la société.

De facto, tout empowerment à la française porte en lui notre XIXème siècle et ses idées progressistes, toujours confrontées au pouvoir de l’Etat et du capitalisme.

Ce double encadrement a ainsi donné naissance en France à un tiers secteur ne dépassant pas 10% de l’activité économique, ne mettant pas en cause l’ordre capitalistique, et ne portant aucune subversion politique.

 

 

L’arrivée d’une crise économique profonde

Le fleurissement spontané de nombreuses initiatives populaires est certes une donnée qualitative et positive de l’état de la société française. La question de l’approvisionnement voir de la survie alimentaire de la population a été de ce fait un terrain largement bordé, ainsi que les actes de solidarité avec les soignants.

Pour le reste, la crise sanitaire a imposé un état de fatalité et de défiance face à un Etat qui n’a pas réussi à expliquer ni à  faire partager une doctrine sanitaire solide et cohérente.

La crise économique en préparation va bousculer les bases de la société et affaiblir les finances publiques, la légitimité de l’Etat, affaiblir le tissu social.

Les seules initiatives de solidarité sont incapables de révéler un empowerment généralisé pouvant clairement changer la face de l’économie et de la société : elles ne portent pas en elles un nouveau paysage économique, la générescence d’un nouveau modèle de production, mais ne font que prolonger le modèle français de l’économie sociale et solidaire.

Plus précisément : la parenthèse macro-économique ouverte par le confinement a relativisé la question du rapport entre l’Etat et  l’économie. Voilà l’Etat aller au-devant de l’effondrement des entreprises du pays à coup de dizaines de milliards. La chaine de valeur s’inverse, et l’Etat acquière dans cette crise une prévalence de financement de manière directe pour soutenir une possible reprise de l’activité.

Mais le système France est atteint en plein cœur : Tourisme, culture, aéronautique, restauration … c’est bien la chaine de valeur des singularités française qui disparait sous nos yeux, avec un espoir faible de relèvement à court terme.

De ce fait, la redistribution du travail, du capital, les notions clefs de redistribution des valeurs économiques sont en redéfinition au cœur de l’analyse de cette crise.

Cette période sera durable dans le cas du système français dont la production de valeurs ajoutés est faible  et la distribution capitalistique entre les mains d’un faible nombre d’acteurs industriels et institutionnels.

Voilà libérée une quantité immense de valeur travail.

Pour autant, si la France veut éviter un cruel et durable chômage de masse (qui ne sera plus rémunéré vu l’effondrement des comptes sociaux) elle n’a plus d’autres choix que de structurer un nouvel espace économique en lui donnant du sens social également.

Deux obstacles majeurs sont pourtant à contourner :

  • La résistance des industries carbonées et nucléaire dotées de réserves financières immenses et d’un pouvoir actif directement lié au financement des Etats ou indirectement. En France par exemple ce sont 36% des recettes fiscales de l’Etat qui dépendent de la voiture.
  • Le modèle de construction de la valeur est lié à des normes juridiques et sociales qui ont une empreinte profonde et normative sur toute l’articulation des actions et des schémas psychologiques.

De ce fait, il est hélas donc fort probable que malgré de nombreux et nouveaux thuriféraires, un modèle de transition sociétale et environnementale n’aille pas de soi.

 

Un nouveau cadre politique devant venir de la société elle-même

Il faut lui adjoindre une action politique forte et nouvelle et pas l’inverse. C’est fondamental de la préciser. Autrement un courant de pensée politique dont la philosophie n’est pas de définir un mouvement immanent par nature, mais de lui conférer un cadre d’expression et de développement nécessaire à éviter un effondrement sociale et économique majeur.

L’organisation autonome de ces mouvements  qui reste d’ailleurs une possibilité spontanée, ne sera  pas efficace car atomisant bien trop l’ensemble et ne donnant pas d’effet de masse ; bref, cela confère au tiers secteur de rester dans son état de latence alors qu’il peut déployer une formidable énergie sociétale.

Pour aller dans ce sens et donc donner des perspectives meilleurs que cette crise en préparation, il convient d’aller vers des principes moteurs devant intégrer le champ politique et qui sans être révolutionnaires contiennent une mutation majeure.

La question des besoins de base et de leur satisfaction pour tous doit être postulée comme liberté publique ; que ce soit sur le plan de productions alimentaires comme de l’énergie, notre société doit élaborer un nouveau format d’action intégratif.

Cela signifie que sur un plan global il soit prévu que cela existe, que cela donne des assurances aux habitants, et que les citoyens soient les vecteurs de ces actions.

Cela nécessite aussi que les politiques publiques locales soient partagées, évaluées, transformées et finalement sous le contrôle permanent des citoyens.

Enfin, rien ne se fera sans le capital nécessaire à structurer l’ensemble. Il est donc temps de donner à l’épargne locale une reconnaissance réelle et aux monnaies locales un statut puissant.

Cette refondation du rapport entre les citoyens et l’Etat n’est pas neuve. Elle est simplement aujourd’hui indispensable.

 

Pour une démocratie sociale

Ce partage/ portage politique n’est pour autant et étrangement pas en train de naitre.

Globalement, le cadre national du débat et des actions publique locales en relais à l’air de satisfaire tout l’ensemble politique. Mais pas le citoyen durablement en défiance.

Il convient donc que ce soit les citoyens eux même qui structurent leur courant d’idées plus que le politique.

Qui, quand, comment ? Vaste question. Mais si la France ne s’offre pas  cette alternative, elle ne sera pas en situation de donner des perspectives claires à sa population et pourra possiblement se jeter dans les bras d’un extrémisme.

Le comblement du champ politique actuel est une nécessité absolue.

Notre confinement numérique va-t-il accoucher d’une solution miracle pour donner à l’empowerment, à un pouvoir sociétal pur, son champ de réalisation ?

Une force sociale et sociétale positive, faisant bloc, peut-elle émerger des décombre d’un Etat providence menacé et sans alternative actuelle ?

Ces questions centrales dans l’écriture d’une histoire de la démocratie française contiennent en gestation non pas la naissance d’un nouveau modèle politique, mais l’expression tant attendue de notre démocratie sociale constitutive de notre Constitution et de nos valeurs républicaines originelles.

 

Écrire l’Histoire avec la Nature

La toile de fond stupéfiante d’une Nature débarrassée des humains et reprenant timidement quelques droits a de quoi inspirer une conscience sociale désormais absorbée dans l’écologie.

L’urgence de l’action en ce sens est en premier plan. Mais l’urgence économique va lui disputer la première place de ce podium et risque de durablement mettre en cause l’urgence d’agir pour la planète.

Ce conflit n’en est pas un, car appeler de nos vœux l’organisation de forces locales pouvant garantir une autonomie de nos territoires en alimentation comme en énergie ne peut se faire que dans le cadre du développement des variétés endémiques comme de l’usage des énergies renouvelables.

A la base de la société conscience sociale et environnementale ne font qu’un. C’est en grimpant dans la hiérarchie politique que l’environnementale perd de sa force car il ne génère que peu de ressources fiscales et se sépare de la dimension physique d’un rapport à la Nature.

 

Pour conclure, et en vue de générer un nouveau rapport de force politique qui soit à la fois le cœur de la résilience de cette crise mais également la réponse à des attentes bien plus anciennes, la naissance d’un pouvoir civile, sociale et environnementale doublant le institutions actuelles est indispensable pour conserver une dynamique humaine à notre pays et mettre ses aspirations au cœur des réalités de demain.

 

 

 

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