Cinq directions d’avenir à prendre dès maintenant !

Et si du fond de notre confinement nous étions finalement en train de fixer les contours de l’avenir, les conditions de la vie future ? C’est notre force et notre vitesse d’innovation qui vont déterminer la sortie qualitative du confinement et sa rapidité. Et pas l’inverse. A vous de jouer !

Une destruction massive et historique de valeur, de capital, de travail

D’une crise sanitaire à une opération de transformation économique comme il n’en a semble-t-il jamais existé, la crise du Corona virus a ceci de curieux qu’elle est d’abord un anéantissement des moyens de production et des compétences par confinement, autrement dit par étouffement. La destruction du virus est donc la priorité des priorités ce qui est bien logique. Emportant dans son élan toute la société économique, sa régulation, ses fondations, ses interdépendances, ses anticipations, ses hiérarchie de confiances, sa mondialisation, qui ont été si difficile à bâtir.

Mais une autre destruction massive de valeur apparait, en plus de toutes les forces productives inertes qui ne reprendront jamais du service : le capital et l’argent public.

A ce stade de la crise, la mobilisation de masses financières elles aussi historiques sont levées pour faire face au chaos d’une ampleur inégalé.

Mais avec quelle efficacité ?

Celle d’un investissement redevenant productif ? Non ; avec une volonté de soutien, de confortement, très aléatoire. C’est-à-dire sans un objet de valorisation mesurable.

Cette poussée de la dépense publique levée telle un bouclier face à l’effondrement de l’ensemble à quelque chose à la fois de téméraire, d’orgueilleux et de dérisoire.

Il faut bien effectivement proposer et politiquement montrer un accompagnement, une solidarité des finances de l’État avec les entreprises. Mais d’orgueilleux également. Car le bilan final sera celui de la destruction d’une large part de cet argent engagé, hier si cher à sortir, cumulé de décennies d’austérité, et qui part en feu de paille dans une bataille représenté par le puits sans fond de l’après crise.

Cette double quantité de richesse représentant à la fois un indice de 20% du PIB au bas mot et de financement publics en contre feu pour l’équivalant ,va paralyser pour longtemps tout circuit monétaire. Il représente l’énormité de près de 50% de la richesse collective.

 

Le Corona : une empreinte de civilisation

Scénario écrit maintes fois dans le cinéma et la littérature, la peur d’un virus destructeur était de toute façon inscrite dans la prospective occidentale depuis toujours. Une culture  contemporaine de masse avait pourtant eu toute la difficulté à se faire de la place avec la crise du SRAS restée assez secondaire, ou au travers d’autres pandémies.

Nous sommes rentrés dans la crise du Corona comme dans un rêve éveillé. Une aventure sans rebord dont le vécu est télévisuel, virtuel, ou hélas pour certains d’entre nous, hospitaliers. Nous sommes passés de tout à rien en un instant au rythme d’injonctions publiques inanalysables si ce n’est au travers de nos schémas et culture cinématographique ou littéraire finalement conformistes.

Notre vie de confiné est ainsi et pour longtemps un moindre mal eu égard à l’impossibilité de soigner ou même de dépister massivement le Corona, et même ajoutons le, d’en faire le tour sur le plan médical. Il se révèle en effet, difficile à attraper ; et d’affections dermatologiques en affections neurologique désormais prouvées, le Corona va laisser également, c’est à craindre, son empreinte sur la civilisation et les humains eux même par quelques transformations sournoises.

La marque de ce mal, dans les esprits comme dans les corps sera-t-elle durable ? Portera-t-elle un processus de réhabilitation de l’Homme dans son milieu comme désormais vacciné contre ses atteintes anciennes, la marque d’une nouvelle alliance ? Le Corona est-il l’influent d’une nature réactive à des excès humain et porte il en lui un étrange mélange de destruction et de transformation ? Il faudra attendre pour le savoir. Certes. Mais la question est irréversiblement posée.

 

Et pendant ce temps, dans nos esprits, que se passe-t-il ?

Nous voilà prostrée dans un univers clôt en l’attente de retrouver individuellement puis collectivement un statut non contaminant, et ainsi de clore cette prescription massive de principe de précaution.

Plus encore de retrouver notre espace, notre utilité, notre normativité ; autrement dit de reprendre notre place dans les réseaux du quotidien qui bâtissent la vie de tout un chacun et qui lui donne un rythme, une texture, une activation de nos diverses sphères d’intérêt. Travail, famille, sport, loisirs, etc… tout cela constitue une trame, un écheveau complexe dans lequel nous sommes glissés avec complexité. Le confinement en provoque l’arrêt, mais plus encore la compression sur une dimension unique du rapport à l’espace et aux autres.

L’Homme par nature est innovateur, solutionneur ; l’inévitable comme nécessaire centration sur un nouveau schéma de valeurs est en fait facile à réaliser sur la plan intellectuel. Son adaptation est rapide. Nous restons des animaux flexibles et intellectuellement agiles.

De ce fait, la situation actuelle va inévitablement produire des effets puissants très visibles de réorganisation sociale, de solidarité, de réflexion sur la liberté.

Mais pas seulement.

C’est bien la nouvelle rationalité économique de demain qui est en gestation sur plusieurs paradigme.

Il convient d’en parler. Et vite.

Car le catastrophisme ambiant amène à seulement énumérer des forces décrites plus haut de soutien et de résistance à l’effondrement économique.

Nous allons ici insister sur la naissance de nouveaux comportements innovants en postulant deux choses :

  • Plus ils seront rapides et plus la sortie de crise le sera.
  • Plus ils seront structurants et plus ils changeront le réels et nous sortiront de l’ancien monde.

Les nouveaux paradigmes se collectent assez directement sur les prises de paroles et l’observation des réalités quelquefois fracassantes.

1/ Une première chose est d’affirmer que le numérique nous sauve du chaos absolu.

Et que sans nos écrans, notre internet, non seulement le confinement serait insupportable, mais que sans information nos cerveaux seraient probablement en train de s’éteindre. De ce fait, il faut tenir compte de cette situation et être certain qu’elle va se prolonger durablement et plus globalement encore. Notre humanité va sortir numériquement renforcée du confinement.

 

2/ Accepter la décarbonation comme définitive et ne plus sombrer dans le rêve pétrolier.

 C’est bien le cœur de l’affaire. Deux clans s’opposent fortement non sur l’envie de la faire qui est collective, mais sur la possibilité de réaliser ce rêve à court terme et donc de donner un profilage nouveau à notre planète face à la crise climatique.

Il faut pour autant tenir compte de l’industrie pétrolière qui fourbi ses armes dans l’ombre et qui utilisera ses surstocks de crise pour inonder à nouveau le marché à bon prix et nous faire retomber dans la dépendance pétrolière.

Or le nouveau monde doit être décarboné. Cela signifie deux choses :

  • Savoir inclure les anciens matériaux carbonés dans les productions nouvelles 
  • Savoir produire localement, et collectivement notre énergie propre
  • Interroger nos besoins ne mobilités

Les territoires d’innovations sont illimités sur ces sujets.

3/ Resocialiser nos familles et autrui : la rénovation du paradigme de l’individu

Questions hautement complexe que la stratégie de nos dispersions humaines et spatiales entre parents en enfants au début du confinement… que la subjectivité de chacun a géré pour autant.

Par contre, un sujet saisissant pour moi et la destruction massive des personnes âgés dans cette crise. Et je pense que nous devrions prendre du recul sur l’existence même des EHPAD et de leur mode de confinement déjà quotidien qui désocialise les gens âgées. La réintégration spatiale de l’âge dans les familles est un élément clé de réflexion pour moi. Il doit se lier à la manière de retisser notre toile du quotidien.

La vie urbaine, empressée, compressée, nous oblige à vivre dans des espaces étroits, à limiter nos solidarités familiales par manque de temps et d’espace, à ne consommer que des produits issus de nos achats sans faire une attention particulière aux référencements de ceux-ci.

Cette vie agglomérée pourrait-on dire est un résultat. Le confinement réinterroge avec cruauté cette situation et lui donne une épaisseur nouvelle.

Comment générer un modèle de vie différent ? S’empêcher de retomber dans un isolement complet en cas de nouveau confinement ? Ou tout simplement de ne plus vivre loin des siens.

La question est posée là aussi et largement. Les conditions socioéconomiques ont prévalu à cette réponse pendant longtemps.

En sera-t-il de même à l’avenir ? Ce n’est pas certain. Une volonté de centration sur la famille, les proximités, les solidarités naturelles peu se faire jour pour nombre d’entre nous et le confinement constituer un traumatisme définitif dont le processus de résilience voudra que l’on sorte par le changement de vie profonde et durable.

 

4/ Réacquérir des savoir-faire productifs et une souveraineté sanitaire

Cette crise a révélé un mal puissant et caché depuis longtemps : nos incapacités productives et nos abandons industriels. Cette situation a clairement aggravé la crise sanitaire par manque de moyens médicaux en ustensiles comme en médicaments tout en fixant définitivement notre dépendance vers la Chine devenue l’usine du monde.

Notre statut de puissance économique majeure sera interrogé par cette crise et la réponse sera claire : la France a un statut dans la mondialisation mais ne mène pas celle-ci ; elle en dépend plus qu’elle ne l’oriente ; bref, elle est vulnérable sur des aspects majeurs de la vie d’une Nation tels que sa santé et sa sécurité alimentaire. De la même manière, l’énormité française des dépenses de l’Etat devra être interrogée de deux manières :

  • Comment se fait-il qu’avec des dépenses publiques aussi colossales, la France n’ait pas de soignants en assez grand nombre et que ceux-là même soient si mal payés ?
  • L’énormité de la finance publique engagée dans la crise pour soutenir l’économie aura-t-elle des effets productifs et industriels ?

Cette double question associant la souveraineté économique et les capacités productives redonnent également un contour nouveau à la puissance régalienne : la santé et sa protection. Non pas comme un simple outil pratique et financier comme jusqu’à présent, mais plus largement sur des stratégies sanitaires globales et complexes. Et une décentralisation de moyens productifs pour répondre à ces urgences.

Si il y a bien une leçon claire dans cette crise c’est la volonté et la possibilité de tout un chacun par des imprimantes 3D de participer à l’effort sanitaire en se substituant à l’État et aux importations pour fabriquer des matériels médicaux en nombre et à en faire disposer les territoires.

Cette leçon est primordiale car elle consiste à donner à la 3D un statu nouveau pouvant intégrer les univers productifs et alimenter une dimension nouvelle de l’industrie relocalisée, souple, garantissant des stocks et des moyens.

Il faut simplement innover sur ces sujets. Un champ immense là encore se dessine pour les audacieux. Car le contexte va changer et redonner aux productions locales un statut privilégié.

 

5/ La révolution alimentaire : le nouveau pacte politique local

Cette crise enfin a révélée avec violence les inégalités alimentaires de la population de deux manières :

  • Vulnérabilité des plus pauvres à la variation à la baisse de leurs petits revenus et effondrement de leur pouvoir d’achat ;
  • Vulnérabilité de populations dépendantes de la cuisine collective : enfant en cantine, étudiant, personnes âgées…

Oui, on peut avoir faim en France aujourd’hui. On le savait. La crise accentue avec violence des situations déjà critiques. Il faut en finir avec la faim, la misère et les pauvretés agglutinées depuis trop longtemps dans notre société ; et le seul moyen est de reconquérir pour chacun de nos territoires une souveraineté alimentaire et agricole en utilisant les terres en friches et en créant massivement des emplois dans ces filières et de la valeur sûre et maitrisable.

Les circuits courts représentent le seul moyen de faire vivre des populations dans la durée en période de crise ; de chasser la faim par la redistribution de quantités importantes.

En période normale, de changer les circuits économiques de manière transparente et vertueuse dans le cadre de la transition écologique.

L’action politique et sociale doit se centrer désormais sur cette réalité qui en plus provoquera de multiples effets positifs sur la santé humaine comme sur la biodiversité.

En renouvelant un pacte agricole avec chacun de nos territoires, nous redonnons également dans notre rapport à la nature un engagement de long terme structuré, pacifique et utile à tous.

C’est bien la leçon la plus importante de cette crise. A vos projets !

 

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