Municipales : revotons dans un an pour un grand moment républicain

Le 15 mars s'est tenue le 1er tour des élections municipales en France, dans un contexte anxiogène et profondément altéré par la crise sanitaire. La situation juridique qui en ressort est contraire à nos institutions. Il faudra revoter pour les deux tours et faire des municipales le symbole du retour à la normalité de la vie dans notre pays. Mais dans un an.

Candidat moi même à l'élection municipale du 15 mars dernier, j'ai pu, comme toutes celles et ceux dans le même cas que moi, constater les profonds changements de la population lors des trois dernières semaines de campagne électorale. Nous, les candidats, devenions peu à peu les seuls acteurs de cette élection dans des rues vides, et des électeurs aux abonnés absents, car de plus en plus conscients des alertes sanitaires.

De la "chaire à canon" électorale, voilà ce que nous sommes devenus au fil des semaines, nous les candidats. Garants, à notre corps défendant d'une normalité électorale possible, et de l'ordre maintenu par l’État : "oui français, vous allez voter, donc tout va bien pour le moment." La preuve, vos candidats font campagne !

 

Disparition de l'électeur

Au même moment et pendant cette campagne l’État multiplie les messages de mise garde sur les gestes barrières, l'usage du gel etc. dans un pays qui sera resté d'un bout à l'autre de la crise sanitaire comme des élections sans masques, ni gel, ni gants. Ni message clair.

Le maintien de ce premier tour d'élection dans ce contexte de plus en plus anxiogène n'était pas justifié par autre chose que de faire croire aux français comme à l'opinion européenne que la France gérait sa crise mieux que les autres, et que cette crise n'était pas si grave au fond.

Une simple grippe entendait on encore, il y a seulement trois semaines, au moment même où il fallait surement lancer une alerte sanitaire intégrale. La dualité insupportable des informations parvenues lors de la campagne a brouillé totalement les messages électoraux au profit progressivement des messages sanitaires; et de ce fait brouillé également les messages sanitaires. Interdiction progressive des réunions selon le gabarit de participants, fermetures des commerces... tout cela est incompatible avec une période électorale "normale" qui nécessite que les candidats aient accès à leurs électeurs, aux activités économiques, la possibilité de tenir des réunion publiques : sinon, faire campagne, mais pour qui ? Telle a bien été la question pour nous les candidats ces dernières semaines.

Notre "matière" électorale, autrement dit l'électeur, disparaissant peu à peu, pour se confiner.

Dans cette situation, la réduction des outils d'expression des libertés publique normales forment une barrière à l'expression démocratique.

D'où mon refus d'accepter ce premier tour d'élection comme un scrutin normal. Il convient de l'annuler, les conditions de tranquillité publique n'étant plus réunies pour en faire un outil d'exercice de la démocratie.

 

Continuer d'achever la fonction de maire ?

Or le choix d’un maire est tout autre : sa portée est de taille dans l'espace politique français car c'est l'élection préféré des français semble t il.

Pourquoi donc la sacrifier ainsi dans une déconvenue sanitaire, la faisant presque passer inaperçue?

Dès lors, on ne peut pas se satisfaire des taux de participation misérables de ce 15 mars dernier si ce n'est à renoncer au statut moral du maire dont notre démocratie a réellement besoin. Ce serait s'assoir sur l'un des rares fondement de notre civilité publique encore fort, dans un contexte politique globalement dégradé.

C'est pourtant semble t il le pari que fait l’exécutif, d'achever la fonction de maire, en faisant de cette élection en catimini un nouvel aspect de sa guerre contre les pouvoirs locaux.

Maintenir au forceps et contre toute évidence ce premier tour était l'ouverture inévitable d'une période de morcellement politique et de délégitimation du maire au moment où justement on en a le plus besoin.

Nous avons au contraire d'une élection en pleine lumière, en pleine journée "normale" pour choisir les premiers magistrats de nos villes si importants pour guider cette modernité adapté que représente la vie locale.

Je sais que par ce billet tous les maires élus au 1er tour vont m'en vouloir. Mais il faudra revoter. Car la légitimité d'une fonction se gagne aussi par la participation électorale et l’intérêt pour le débat qui l'entoure.

 

Une élection au mépris des évidences sanitaires

L'autre conséquence de ce maintien du 1er tour des municipales est sanitaire et c'est probablement le plus grave, car le maintien par le gouvernement, au forceps, et "coute que coute", de ce 1er tour a retardé l'ouverture de la période de confinement, et a de ce fait un cout considérable sur l'ensemble de la population qui ne se mesurera hélas que progressivement.

Le maintien de la consultation électorale dans ce contexte est une véritable mise en danger de la vie d'autrui et nous a transformé nous les candidats en vecteur de maladie auprès de la population et de nos équipes.

Beau résultat démocratique !

Élections le dimanche 15 mars, confinement le mardi le mardi 17, alors que celui ci aurait été utile bien avant et que les message sanitaires commençaient à aller dans ce sens.

Qu'importe ! maintien du 1er tour; avec la bénédiction des forces politiques et sanitaires dont on sait depuis toute la fragilité des postures à la fois suivistes de l’exécutif, et peu fiables sur le fond de leurs analyses.

On a vu ainsi se tenir un 1er tour pathétique, avec une organisation aléatoire des bureaux de votes, des règles sanitaires peu ou pas respectées, même si il faut saluer la bonne volonté de ceux qui y ont contribué : nous, candidats, nos délégués, les fonctionnaires des communes, les bénévoles issus de la population.

Ils n'ont hélas été comme nous que les vecteurs finaux de la contamination, le bout de la chaine, bien malgré eux, mais répondant à l'injonction démocratique d'organiser coute que coute la consultation électorale. Pauvre de nous.

 

Un champs de ruine ?

Bel embarras que la situation actuelle. Des maires élus dès le 1er tour; et le reste des candidats attendant un second tour devenu hypothétique.

21 juin? comme ce serait beau, le jour de la fête de la musique, belle date pour un second tour.

D'où sort cette date? d'une possibilité de sortie de crise sanitaire déjà acquise ? Il faudrait que nous soyons donc en retour de normalité dès la mi mai?

Alors, question : pourquoi l'ensemble des évènements locaux, nationaux, mondiaux d'importance sont déjà annulés jusqu'au mois de septembre?

Un 21 juin lui aussi "coute que coute quoi qu'il en coute" ? Un second tour au forceps comme le premier, pour bien achever la démocratie locale?

Je n'ose y croire, mais ce billet est bien là pour alerter à ce sujet. Car le 21 juin je crains que nous ayons d'autres chats à fouetter sur fond de crise économique forte et de préoccupations du quotidien. Après le 15 mars passé déjà inaperçu, ce sera la seconde date d'une élection municipale invisible. Mais cela va hélas dans le sens de tous ceux qui disent que cette affaire électorale est secondaire ...

Où est la pensée, l'action, la mobilisation civique ?

Dores et déjà l'esprit comme la lettre des textes législatifs sont faussés. L'éloignement temporel est impossible entre les deux tours de l'élection municipale et casse non seulement toute dynamique politique mais également sociale sur le fait électoral lui même: le corps électoral change, la nature du débat, des enjeux, la composition des équipes, les dynamique des partis politiques dans l'opinion, tout change, et vite... "On ne descend jamais deux fois dans le même fleuve", parait-il ...

Le moment de l'élection municipale est particulier. Il arrive tous les 6 ans et doit contenir ce moment de débat local fort et indispensable à l'expression de la démocratie de proximité. Nous en avons été privés par l'installation de cette ambiance de guerre, de danger, qui fige toute les velléités, tout les changements.

Les mois qui viennent seront ceux de la reconstruction économiques et du ferment social, mis à rude épreuve. Ne mélangeons pas tout. Le moment des élections arrivera plus tard.

Arrêtons  là ce massacre démocratique ! Votons dans une année, au printemps prochain, avec les autres élections locales, pour nos maires et nos conseillers municipaux, et faisons de ce moment là un vrai weekend de célébration de nos valeurs démocratiques, de nos institutions locales et de célébration du retour à une normalité sociétale, espérons le, enfin retrouvée. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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