Communiqué du KOUMBIT FANM KARAYIB pour le 8 mars 2021.

A l'occasion du 8 mars 2021, un nouveau collectif féministe et écoféministe créé en Guadeloupe et Martinique, interpelle le Président de la République, la Ministre de l'Egalité et de la Diversité, les responsables politiques et la société sur la situation inquiétante vécue par les femmes des Antilles face aux violences de genre. Il demande des actions concrètes pour lutter contre ces violences.

Le Koumbit Fanm Karayib est un mouvement de femmes ancrées en Guadeloupe et en Martinique, réunies depuis 2020 pour la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes. Nous sommes engagées pour plus de justice sociale, autour des valeurs de sororité, de solidarité, d’écoféminisme, de care, de bienveillance pour une société plus égalitaire. Nous souhaitons proposer un nouveau projet de société, à travers diverses actions visant à intégrer les perspectives féministes et écoféministes, ainsi que les particularités des conditions d’existence des femmes, dans les décisions politiques, culturelles, sociales et économiques de nos pays.

Nous rappelons que :

Le 8 mars n’est pas la journée de la femme mais la journée internationale de LUTTE POUR LES DROITS DES FEMMES.

Inutile donc de nous offrir des fleurs, si toute l’année nos droits sont niés ou bafoués !

Le 8 mars 2021 est l’occasion de rappeler que trop de femmes et filles n’ont pas accès aux droits fondamentaux, notamment :

  • le droit au respect de leur corps, de leur subjectivité et de leur parole,
  • le droit et la liberté de disposer de leur corps, de leur sexualité et de leur contraception,
  • le droit à la libre expression et à l’éducation,
  • le droit au logement, à la mobilité,
  • le droit à la santé,
  • le droit à un salaire égal à celui des hommes : « à travail de valeur égale, salaire égal » 
  • le droit à la représentation politique et à la parité

Le droit à ne pas subir de violences, en fait partie.

Aujourd’hui plus que jamais,

EN PARLER, C’EST EN SORTIR. 

Nos territoires sont particulièrement touchés par les faits de harcèlements et violences faites aux femmes, dites violences de genre, qui touchent tous les milieux. Les victimes souffrent aussi du manque de solidarité entre les femmes.

30,6% de femmes en Guadeloupe et 27,5 % en Martinique subissent des violences au travail (19,8% dans l’Hexagone). 18,9% de femmes en Guadeloupe et 17,7% en Martinique vivent des violences au sein du couple (5,4% dans l’Hexagone), selon l’enquête VIRAGE de l’INED.

C’est insupportable ! Les entreprises, collectivités publiques et établissements de formation scolaire et universitaire, sont encore des lieux de harcèlement et d’insécurité pour les femmes. Et nos familles sont encore des espaces potentiellement dangereux pour les femmes et les filles.

En 2020, la crise de la COVID a montré que les femmes étaient surexposées aux violences physiques, sexuelles et morales. La baisse du nombre de féminicides aux Antilles et en France en 2020 est une fausse bonne nouvelle, qui révèle paradoxalement le contrôle plus important exercé sur le corps des femmes qui n’ont pas pu s’enfuir durant le confinement.  En effet, les femmes sont souvent tuées quand elles tentent d'échapper à des conjoints ou ex jaloux qui ne supportent pas de les laisser partir. 

Mais le confinement ne peut pas être une solution acceptable pour éviter les féminicides !

En ce 8 mars 2021, nous nous adressons donc au Président de la République, à la Ministre de l’égalité et de la diversité, aux président.e.s des Conseils départementaux et des Conseils régionaux de Guadeloupe et de Martinique, aux services déconcentrés de l’Etat, aux directrices régionales à l’Egalité entre les femmes et les hommes, aux directeurs.rices des Agences Régionales de Santé et des Etablissements de santé (CHU, EPSM…), aux responsables politiques et aux chef.fe.s d’entreprise et leur demandons d’agir instamment pour :

  • s’engager avec les acteurs de la société civile dans l’élaboration et la mise en œuvre d’un véritable plan de prévention du harcèlement et des violences de genre, dans tous les secteurs d’activités.
  • allouer des moyens financiers, conséquents et pérennes, pour la lutte contre les violences, et en particulier des moyens pour les associations spécialisées, les services hospitaliers type Unité médico-judiciaire qui manquent cruellement de personnels. 
  • faire appliquer concrètement les mesures d’éviction des conjoints ou ex-conjoints violents, pour permettre aux femmes et à leurs enfants de rester à domicile en étant protégés.
  • attribuer de nouvelles places pour les Centres d’hébergement et de réinsertion sociale qui accueillent les victimes. 
  • soutenir des programmes de formations, réalisés par des personnes véritablement formées à la question des violences et des inégalités entre femmes et hommes, et les généraliser dans tous les milieux professionnels (Education nationale, fonction publique, entreprises, associations, y compris auprès des forces de l’ordre). 

Nous, Femmes du Koumbit Fanm Karayib, constatons avec satisfaction que, grâce au travail des associations et au mouvement MeToo, la parole s’est libérée dans de nombreux pays, et sur nos territoires de Guadeloupe et Martinique. La multiplication d’espaces de parole sur les réseaux sociaux en témoigne.

Pour ce 8 mars 2021, et pour toute l’année, nous avons décidé de diffuser des témoignages de femmes qui ont brisé le silence et d'hommes qui luttent à leurs côtés pour dire STOP ! AWA !

Nous rappelons que la première nécessité pour les victimes, c’est d’en parler et que la première obligation pour nous, toutes et tous, c’est de les écouter, les croire et agir pour que cela cesse.  

EN PARLER, C’EST EN SORTIR !

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