L'année des médecins

Le 27 avril, Alexey Navalny publie sur Instagram un message qui fait le bilan de ses douze derniers mois, mais sous un angle différent :

« Personnellement, ces 12 derniers mois ont certainement représenté pour moi l’année des médecins, et des infirmières. Des soignants en général. Jamais de ma vie, je n’ai eu autant de relations avec eux. Et là, wow !

Pour commencer, les médecins m’ont sauvé de la mort par empoisonnement à l’arme chimique dans l’avion.

Ensuite, ils m’ont sauvé une deuxième fois, en risquant leur carrière, quand ils ont expliqué à ma femme et à tout le monde qu’il fallait immédiatement me transférer hors de l’hôpital d’Omsk, où leurs méchants collègues allaient m’achever (sans me soigner tout simplement) sur les ordres du Kremlin.

Puis les médecins de l’hôpital de la Charité
[à Berlin] ont retransformé le légume que j’étais devenu, en être humain.

Très récemment, une foule entière de médecins ont mené une campagne désespérée pour que je bénéficie d’un traitement adapté. Ils ont été arrêtés au pied du mur de ma prison, et emprisonnés, mais ils n’ont pas abandonné. Je veux dire, ils sont littéralement allés en prison pour moi.

« Exercer la médecine, c’est faire preuve de générosité » - c’est une marque de fabrique en quelque sorte. Mais maintenant je sais que c’est aussi la devise qui guide la vie de très nombreux médecins, et je leur en suis très reconnaissant. Je veux juste citer ici quelques noms, mais il y en a beaucoup d’autres : Anastasia Vasilyeva, Jaroslav Ashikhmin, Alexander Poloupan, Andrey Volna, Yulia Azimova, Vsyevolod Shurkhay, Alexey Erlich, Felix Holland.

Et puis merci en général à tous les médecins, et aussi à ceux de la prison. Je comprends bien que ces soignants restent dans les limites fixées par leurs supérieurs, et ceux-ci, dans celles données par le Kremlin, mais je vois maintenant qu’on essaie sincèrement de m’aider. Hier, j’ai remarqué une infirmière qui faisait un signe au stylo sur son poignet, pour ne pas oublier l’heure à laquelle elle devrait me donner les trois cuillères suivantes de bouillie d’avoine. Un bonjour particulier aussi à l’infirmière Tatiana, qui pose les perfusions comme une déesse.

Vous savez, il y a même une idée qui me trotte dans la tête ces derniers mois : je voudrais que l’un de mes enfants soit médecin… quoique mes enfants, ça ne se fera probablement pas. Alors, un de mes petits-enfants :-) »

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