L’antitziganisme, un mal français

En 2006, un groupe de voyageurs s’installe dans une commune située pas très loin du coin où j’ai grandi. Les caravanes se sont posées sur un terrain municipal. Comment faire autrement quand les aires d’accueil se font rares ? Les riverains grognent et le sang du maire UMP ne fait qu’un tour. Il appelle les gendarmes. Sous les yeux de fonctionnaires impassibles, l’élu arrose le camp d’essence...

Il mettra lui-même le feu aux caravanes heureusement vides.

Aucun des pandores ne moufte alors. L’un d’eux, une fois rentré chez lui, va poster sur le net une photo de l’incendie accompagnée de ce commentaire :

« J'ai réalisé aujourd'hui un de mes fantasmes non sexuels, un Zippo raid dans un camp de manouches. »

Des caravanes sur l'aire de Hellemmes-Ronchin (Lille) © Yann Castanier Des caravanes sur l'aire de Hellemmes-Ronchin (Lille) © Yann Castanier

Le maire UMP Michel Habig sera jugé et condamné à 5.000 euros d’amende avec sursis. Il est aujourd’hui encore maire d’Ensisheim. Toujours réélu et toujours avec le soutien officiel du parti de droite.

L'antitziganisme le plus virulent touche toutes les couches sociales de la société. Les notables comme les milieux populaires. Il est aussi institutionnel. Jusqu’en 2015, l’État imposait aux voyageurs le livret de circulation. Un document les obligeant à pointer régulièrement dans les commissariats ou les gendarmeries. Cet outil de contrôle ouvertement raciste n’existe plus, mais de nombreuses discriminations perdurent.

Policières. L’histoire d’Angelo Garand, abattu par le GIGN en témoigne. Politiques aussi. Aucun département de France n’a mis en place le nombre d’aires d’accueil imposé par la loi. Et celles existantes sont le plus souvent reléguées loin des centres, en bordure d’autoroute ou près de sites industriels pollués, comme le documente l’excellent livre de William Acker (que vous pouvez commander ici).

La concasserie, les caravanes et les familles (Hellemmes-Ronchin) © Yann Castanier La concasserie, les caravanes et les familles (Hellemmes-Ronchin) © Yann Castanier

À StreetPress on est bien sûr sensibles à ces sujets. On a parlé des communautés de voyageurs et des discriminations subies dans plusieurs de nos sujets (par exemple ici ou ). Mais sans jamais prendre le sujet à bras le corps. Un manque qu’on veut réparer aujourd’hui en lançant un projet d’envergure qui va regrouper un film, une enquête, un reportage et un entretien. Un projet qui a un certain coût, plus de 10.000 euros, pour lequel on fait appel à votre soutien.

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Mathieu Molard

Rédacteur en chef 

de StreetPress

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