Relai | Lettre ouverte des réfugiés érythréens de Calais

Nous relayons aujourd'hui une lettre ouverte du 14 avril, rédigée par un groupe de réfugiés érythréens à Calais (Nord de la France), à propos des violences policières à leur encontre.

« Avant de commencer à écrire notre plainte concernant les événements suivants impliquant des CRS, nous souhaitons dire quelques mots à propos de nous mêmes : Nous sommes des exilés venant d’Érythrée. Nous sommes ici pour la simple raison de vouloir vivre notre vie en sécurité, et avoir un futur. Nous ne sommes pas des criminels, nous sommes des migrants. Nous sommes des innocents qui essayons d'aller en Angleterre.

Notre plainte concerne une compagnie de CRS et leurs actions impulsives et agressives à notre égard. Ils ne nous considèrent pas comme des êtres humains. Ils nous insultent de noms tels que monkey (singe), bitch (salope), etc...

Et, depuis quelques semaines, ils ont commencé à menacer nos vies en nous battant dès que l'occasion se présentait à eux. Lorsque par exemple ils trouvaient un groupe de deux ou trois personnes marchant vers la distribution de nourriture, ou dans nos tentes, lorsque nous dormions.
Ils accélèrent dans leurs véhicules en roulant dans notre direction, comme s’ils voulaient nous écraser. Ils ont également emmené des gens avec eux dans des endroits éloignés de Calais, et les ont frappé jusqu'à ce qu'ils perdent connaissance.

Ils cachent leurs codes personnels (note : numéro RIO) lorsqu'ils commettent ces actions illégales envers nous. Lorsqu'ils se rendent compte que nous filmons, ils s’attaquent à nous et cassent nos téléphones.


Voici une liste de tous les actes violents auxquels nous avons été soumis récemment. Tous ces événements ont eu lieu à Calais et ont été commis par des agents CRS :

⁃ 26 mars 2020, 15h30 : une personne a été gazée et frappée par les CRS avoir s'être vue refuser l'entrée du supermarché Carrefour

⁃ 27 mars 2020, 14h00 : deux personnes qui marchaient près du Stade de l’Épopée pour se rendre à la distribution de nourriture ont été passées à tabac par les CRS. L'une des victimes a eu le bras cassé suite à cette agression. (compagnie 8)

⁃ 27 mars 2020 : deux personnes qui marchaient près du stade de BMX pour aller à la distribution de nourriture ont été frappées et gazées par les CRS (compagnie 8)

⁃ 28 mars 2020, 9h00 : une personne qui marchait dans la rue Mollien a été jetée au sol et passée à tabac par les CRS (compagnie 8)

⁃ 28 mars 15h00 : deux personnes marchant près du stade de BMX pour aller à la distribution de nourriture ont été frappées et gazées par les CRS (compagnie 8)

⁃ 28 mars 2020, 15h30 : une personne qui marchait seule Quai Lucien L'heureux et se rendant à son campement a été passée à tabac et frappée à l'arrière de la tête avec une matraque télescopique par les CRS (compagnie 8)

⁃ 28 mars 2020 : quatre personnes qui marchaient près du stade de BMX ont été passées à tabac par les CRS, à l'aide de matraques télescopiques (compagnie 8)

- 31 mars 2020, 12h50 : deux personnes sorties d'un camion ont été passées à tabac Rue des Sablières. Une personne se plaignait d'une douleur importante au bras, la deuxième a été laissée quasiment inconsciente et a dû être évacuée vers l'hôpital en ambulance. (compagnie 8). »

La communauté des réfugiés érythréens de Calais, le 14 avril 2020.

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Les membres du blog souhaitaient relayer ces témoignages et alerter sur ces violences. Nous exprimons notre solidarité envers les personnes, quelque soit leur nationalité, qui, actuellement à Calais, et dans tous les campements en France, n'ont pas accès aux soins et à des conditions de vie dignes, et se font tabasser et harceler par la police depuis de nombreuses années. 

[ Mise à jour : suite à ce texte, le journal Nord Littéral a publié un article le 15 avril, "Calais : une compagnie de CRS pointée du doigt pour des violences envers les exilés", par Thomas DAGBERT, en reprenant des extraits de cette lettre ]

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