Réponse à ceux qui nous insultent

Hamad Gamal, coordinateur de ce blog et auteur de nombreux articles, découvrait cette semaine des textes et commentaires le concernant, sur des blogs d’extrême-droite français, suite notamment à une Lettre Ouverte au Parlement Européen publiée en mai 2019 sur le site d’Infomigrants.

Hamad Gamal, coordinateur du blog et auteur de nombreux articles, découvrait cette semaine deux textes le concernant, sur des sites et blogs d’extrême-droite français. Suite à sa Lettre Ouverte au Parlement Européen publiée en mai 2019 sur le site d’Infomigrants, il avait été invité à y faire un discours en juillet. Un de ces sites, rempli de contenu antisémite, raciste et misogyne, titrait alors "Le Juif Glucksmann invite un nègre pour son premier jour au Parlement" (avec sa photo et des caricatures racistes).

S’il a décidé de taire les noms des sites pour éviter de leur faire de la publicité (ces blogs sont en réalité très peu suivis et les articles très peu partagés), et dans l’attente d’éventuelles poursuites judiciaires, il a décidé de répondre à leurs insultes sous forme d’une lettre. Cette lettre s’adresse non seulement à ces blogs, leurs auteurs, et tous les agitateurs d’extrême-droite, mais aussi toutes les personnes qui continuent, chaque jour en France, d’insulter et de menacer des personnes en raison de leur couleur de peau, leurs origines ou leurs croyances. Bonne lecture.

 

      « J’ai lu, avec beaucoup de tristesse mais finalement peu d’étonnement, votre article qui m’attaque personnellement, un article qui contient énormément d’insultes et de diffamations à mon égard. Je n'ose peut-être pas dire article, parce qu'il est rédigé dans un style très médiocre, avec un vocabulaire réduit, sans bien sûr parler du manque d'objectivité, d'éthique, de bon sens – confirmant qu’il a sans doute été écrit par des personnes peu douées pour ce genre de choses, et ayant délibérément choisi de propager la haine par l'ignorance.

De fait, cet article, en plus de tout cela, repose sur des stratégies visant à choquer, exciter, attirer l’attention, un scénario auquel nous nous sommes malheureusement habitués, et dont l'objectif est d'"escalader" l'échelle du pouvoir. Mais nous dépasserons toutes ces insultes, ce langage "commercial", et cette bassesse, pour l’unique raison que la France nous a honoré de mille individus plus grands et plus intéressants que vous, que nous respectons, et qui nous importent bien davantage.

Ce qui m’a attristé, c’est votre ignorance même dans l'histoire de ce pays, votre peu de courage aussi, car j’aurais espéré que vous écriviez votre nom en bas de l’article, que l’on sache qui vous êtes, ce que vous faites. Mais non. Pourtant je me souviens, moi, de ce que Voltaire a dit, « même si j’ai une opinion qui diffère de la vôtre, je défendrai jusqu’à ma mort votre droit de l'exprimer ». Peut-être alors vous cachez-vous par honte, sachant pertinemment que vous mentez, que vous manipulez, que vous dissimulez et contredisez la vérité et l’histoire.

Si vous aviez été un peu plus futés, vous auriez pu voir que le « nègre » qui vous parlait portait le cri de la naissance d’une nouvelle génération de « nègres » : une génération consciente de ses droits et consciente de l’injustice qui a été perpétrée à leur encontre dans l’histoire, d’un point de vue politique, social et économique, une injustice à l’origine de notre calvaire. Votre attaque n’est que le sursaut d’idées qui sont déjà en train de mourir, celles qui ont mené notre monde à l’état malade dans lequel il se trouve aujourd’hui : des idées essayant de défendre avantages et supériorités de certains par rapport à d’autres, en répétant des slogans qui se contredisent eux-mêmes, comme « l’Europe blanche », « protégeons nos enfants et nos femmes » ou encore « on nous vole notre richesse », ainsi que d’autres expressions et mots creux et bêtes, incompatibles avec la réalité des faits et appartenant à un autre temps.

J’ai lu votre article plusieurs fois, avec une grande concentration (il faut dire qu’il est rédigé dans un style laborieux, illogique et difficile à suivre), afin d’en tirer sa matière et d’en étudier le festival d’insultes et d’offenses en tous genres. J’ai seulement remarqué que vous me nommez et me décrivez de nombreuses fois comme un « nègre », comme si cela était votre principal argument contre moi, sans d'ailleurs en préciser le sens ni en expliciter ses implications...

C'est précisément là que vous faites erreur. Si votre objectif en répétant le terme de « nègre » était de me blesser ou de m’insulter, vous avez lamentablement échoué, parce que ce terme n’a jamais été pour moi une insulte. Je ne peux pas dire « je suis un nègre et j’en suis fier », parce que c’est une chose que je n’ai pas choisi. Cependant je dirai « je suis nègre et je suis heureux de l’être », je suis réconcilié avec ma négritude, et cela pour moi est une expression de sagesse et de courage, qui signe la défaite cuisante de votre attaque hystérique. Vous cherchiez à me rabaisser, et voyez comment vous avez fait tout le contraire !

Votre article est l’expression la plus éloquente d’une pensée malade selon laquelle les autres ne sont que le mal, ce qui est évident lorsque l’on lit les expressions énumérées ci-dessus ou encore la phrase « vous êtes une menace pour l’avenir de nos enfants et pour notre race ». En écrivant cela, vous avez délibérément ignoré les changements de l’époque récente et des mouvements historiques, qui ont enrichi les différences et les diversités de l’Europe, et je suis désolé de vous apprendre que les Français (au nom de qui vous parlez) ne se limitent pas aux « blancs qui ont peur de l’extermination » comme vous le dites, car j'en ai rencontré mille et mille autres. 

Par ailleurs, nous appartenons tous à la construction de ce pays, notamment les « nègres » qui ont donné leurs vies pour défendre cette terre, qui y vivent maintenant et qui y naîtront après nous. Nous resterons ici peu importe vos peurs des couleurs de peaux et des cultures qui ne vous ressemblent pas, parce que notre présence ici n’est pas votre don charitable mais notre droit, garanti par des textes de loi et des conventions internationales (comme celle de Genève) dont la France est signataire.

Nous resterons ici jusqu’à ce que se créé un ordre mondial garantissant l’égalité, la justice et la dignité pour tous et toutes, sans discrimination de race ou d'origine; est-ce que cela vous dérange ?

Je vous plains pour la colère et les ressentiments qui vous frappent lorsque vous apprenez que des « nègres » entrent au Parlement européen. Je ne comprends pas les raisons d’une telle colère, si ce n’est qu’elles se trouvent peut-être dans la blessure narcissique profonde que cette nouvelle vous cause, ou bien votre haine a-t-elle pour seul objet le fait que je sois un « nègre » ?

Alors, je vais vous dire et vous le redire, le « nègre » dont vous parlez, appartient à la nouvelle génération des « nègres », la génération qui va dire et agir, qui portera la responsabilité de lever une à une toutes les barrières et les obstacles qui ont été édifiés dans l’histoire. C’est la génération de la libération et de la rébellion, et ainsi ne vous étonnez pas, mes amis, si vous voyez ces « nègres » un jour devenir présidents du Parlement, conseillers à l’Elysée, avançant peu à peu dans tous les rangs. Nous ne serons plus les victimes de personne, comme nos ancêtres, ceux qui nous ont précédé dans ce combat. Mais nous nous lèverons et nous battrons pour la libération et la sortie des stéréotypes qui sont inscrits dans vos esprits envers les « nègres » et les autres. 

Nous nous lèverons à tous les affronts que nous rencontrerons, et je défendrai les affronts qui me sont faits parce qu'ils sont faits à d'autres aussi. Je ne suis pas habitué à descendre dans ce genre de polémiques, ne souhaitant pas vous forger une gloire et des victoires gratuites, en jouant le jeu moi aussi de votre festival d’insultes et d’affronts. Je suis un homme de paix, et j’aime les discussions et les débats lorsque ceux-ci sont fondés sur des preuves et des réalités. Mais tant qu'il y aura des propos comme les vôtres, notre combat continuera. »

hamad-gamal

 

Hamad, 25 février 2020. 

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