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Billet de blog 28 janv. 2020

Ils ne sont pas encore tombés

Par : Hamza M | Que s’est-il passé ces dernières semaines au Soudan ? Dans cet article je reviens sur plusieurs attaques et événements graves survenus récemment dans le pays.

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Non, la situation sécuritaire au Soudan ne s’est pas améliorée. La situation n’est pas encourageante en termes de stabilité et de libertés, après la formation d’un gouvernement de transition dont les principaux décideurs sont parmi ceux qui ont commis les crimes et génocides dans les régions du Darfour, du Nil Bleu et des Monts Nouba. Ces crimes se poursuivent actuellement comme le prouvent les événements récents que je voudrais évoquer ici.

- Le 21/12/2019 : à Haj Youssef (quartier populaire de la banlieue de Khartoum, ndlr), un membre des services de sécurité a lancé une grenade lors d’un mariage, causant plusieurs morts et une quarantaine de blessés. Un conflit entre des membres des services de sécurité et de l’armée serait à l’origine de cette attaque. Dû à l’armement des services de sécurité et leurs récentes manifestations, la situation sécuritaire dans les quartiers pauvres de Khartoum est devenue de plus en plus instable. Plus de cinq-cents personnes ont été blessées depuis juin, la plupart par des tirs. Les services de sécurité conservent leur pouvoir dans les quartiers et sur la population.

- 29 décembre 2019 et les jours suivants : l’attaque de Kerending à l’Ouest du Darfour (Geneina) commise par les Janjawids (Force de Support Rapide) qui a tué plus de 80 personnes, blessé 200 personnes, en causant la destruction quasi-complète de leurs biens et habitations (deux camps ont été entièrement réduits en cendres) ; 8000 familles auraient fui et seraient maintenant déplacées. La situation des survivants est extrêmement compliquée. Le gouvernement soudanais et les médias n’ont pas couvert ou répondu à cet événement, au contraire ils ont évoqué un « conflit tribal » ce qui est bien sûr loin de la réalité, au vu des moyens dont disposaient les assaillants (véhicules Land Cruiser, armement lourd), qui appartenaient aux forces de support rapide. De plus la population visée était Massalit (ethnie non-arabe, ndlr). Les assaillants ont massacré la population en toute impunité. Cette opération a duré pendant trois jours consécutifs sans interruption ; il est difficile d’imaginer la situation des survivants. Les unions et comités darfouris ont dénoncé la continuation du génocide contre les populations non-arabes du Soudan.

- Le 04/01/2020 : des conflits meurtriers à Port-Soudan (Est du Soudan), qui ont tué plus de vingt personnes, dont une majorité de femmes, enfants et personnes âgées, une majorité d’entre elles étant également des déplacés originaires des monts Nuba ; cette région, ainsi que celle d’Al-Gadaref, est régulièrement le théâtre d’intimidation et de violence envers les populations non-arabes ou déplacées 

- Le 14/01/2020 : des échanges de tirs entre les services de sécurité et l’armée qui ont causé la mort de deux enfants et blessé plusieurs autres personnes

- Mi-février : Une attaque sur le village de Rokro dans le centre du Darfour qui a entraîné le déplacement de plus de 400 familles vers les montagnes, sans abri et sans nourriture, maintenant leur situation humanitaire est critique

- Attaque du 23/01/2020 des forces armées soudanaises contre les civils de la région d’Abyei (Kolom), à la frontière entre le Soudan et le Soudan du Sud. L’attaque a fait 23 morts, plusieurs dizaines de blessés, et détruit une vingtaine de maisons. La guerre continue dans de nombreuses régions de l’Ouest et du Sud. Dans ce contexte, les civils sont toujours les principales victimes, sont toujours déplacés, et les assaillants agissent en toute impunité. 

Je voudrais rappeler ici que les camps de déplacés et les camps de réfugiés continuent à être la cible d’attaques des forces de support rapides qui sont lourdement armées. En janvier on compte : une attaque contre des villages et camps de déplacés dans la localité de Jughana au Sud du Darfour, tuant 4 citoyens, et la situation est toujours préoccupante; quelques jours plus tard 8 personnes ont également été tuées dans la même région. Mais aussi, le 03/01/2020, l’attaque de Mornei par des hommes appartenant aux forces de support rapide, a causé la mort de deux personnes et blessé trois autres. 

C’est là une série d’attaques répétées et systématiques contre des civls non armés, et personne ne semble se soucier de cela... Ces événements ne sont pourtant qu’une infime partie des campagnes d’arrestations, menaces, viols et tueries, qui se poursuivent tous les jours aussi bien contre les citoyens, les déplacés, les militants, les étudiants, et le reste de la population. Comme auparavant, le gouvernement et les médias interprètent ces événements comme des « incidents » liés à des conflits familiaux ou tribaux, ce qui est évidemment une opération de communication mensongère. Peut-on vraiment croire à un conflit tribal alors que ces massacres s’inscrivent dans l’histoire d’un génocide organisé et financé par le gouvernement de Khartoum, et que les assaillants s’en prennent à une population particulière (les populations non-arabes du Darfour ou déplacées), disposent d’un armement extrêmement lourd (des véhicules paramilitaires et des armes, ceux des Forces de Support Rapide) et agissent en toute impunité ? 

Le gouvernement n’a pas changé, car c’est un gouvernement qui se résume à des négociations de partis politiques, qui n’a pas de programme pour résoudre les crises du pays. Burhan et Hemetti, ainsi que tous les autres militaires au pouvoir, étaient membres du comité de sécurité du gouvernement d’Al-Bashir. Aujourd’hui Hemetti est au pouvoir, lui-même étant le chef des Janjawids (reconvertis en « force de support rapide »), coupables de crimes de génocide, de massacre et de viols de masse. Il est très difficile d’envisager que la justice soit rendue en leur présence, et tant que ces milices poursuivent leurs exactions. Les dirigeants de l’ancien régime sont aujourd’hui libres de leurs mouvements et libres dans l’exercice de leur pouvoir. De manière certaine, on voit que la situation d’un point de vue humain est catastrophique, et que le changement politique ne s’est pas encore produit. Le gouvernement n’est pas encore tombé (lam tesgut baad). 

Hamza M., militant darfouri en exil (Paris).

Photographies communiquées par l'auteur.

Corps des victimes et deuil après le massacre de Geneina.
Photographie des rescapés et des quelques affaires sauvées, après l'attaque de Geneina.
Photographie des terres brûlées après l'attaque de Mornei.

Des manifestations ont récemment été organisées en France par la diaspora soudanaise en réponse à ces événements. Ces manifestations ont été soutenues par les militants du mouvement de libération d'Abdulwahed Al-Nur. 

Articles et informations à jour (en arabe) : https://www.alhamish.com

Article concernant les attaques de Geneina (en anglais) : https://www.dabangasudan.org/en/all-news/article/west-darfur-attacks-death-toll-rises-to-80-more-than-8-000-families-displaced

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