La BCE doit cesser de sauver les énergies fossiles. Maintenant.

Personne ne sait à quoi ressemblera l'avenir une fois la pandémie du coronavirus terminée mais une chose est sûre : les énergies fossiles n'y ont pas leur place. Malheureusement, la Banque centrale européenne (BCE) ne semble pas être du même avis.

La semaine dernière, la BCE a annoncé une augmentation de 600 milliards d'euros de son plan de relance par l'achat de dettes, soit un total de 1 700 milliards d'euros disponibles pour relancer l’économie suite à la crise du Covid-19. Bien régi, ce plan de soutien pourrait déclencher une révolution industrielle « verte » qui ferait repartir nos économies sur la voie d'une croissance durable et détournerait nos industries des énergies fossiles qui nous conduisent droit au désastre climatique. 

Hélas, jusqu'à 220 milliards d'euros des fonds de la BCE, soit l'équivalent de la totalité du PIB du Portugal, pourraient servir à acheter des actifs d’entreprises polluantes de l'industrie des énergies fossiles, des compagnies aériennes et des fournisseurs d’énergie, sapant ainsi l'ambition de l'Europe d'atteindre la neutralité carbone. 

La BCE rate une occasion unique d'utiliser ce gigantesque plan de relance pour impulser le changement vert durable dont nos économies ont besoin. Elle pourrait fixer des critères environnementaux stricts pour décider dans quelles entreprises investir, contribuant à soutenir une reprise verte. Au lieu de cela, elle achète des actions aux multinationales Shell et Total, qui prévoient toutes les deux d'augmenter leur extraction de combustibles fossiles au cours des dix prochaines années, accélérant encore plus la destruction de notre planète. 

La position de la BCE n’a tout simplement pas de sens. C'est pourquoi, plus de 115 000 membres SumOfUs demandent à la BCE de cesser de déverser ses fonds dans l'industrie polluante des énergies fossiles  

L'Union européenne s'est fixée comme objectif d'atteindre zéro émissions nettes d'ici 2050. Contrairement à la BCE, et suite à une campagne réussie menée par une coalition d'ONG, la Commission européenne (CE) s’est récemment engagée à ce que son propre plan de relance de 750 milliards d'euros post-coronavirus « ne nuise pas » aux objectifs de lutte contre le réchauffement climatique de l’UE. La Commission européenne dégagera ainsi de nouveaux investissements pour les transports écologiques, les industries non-polluantes et la rénovation des logements. Toutes ces mesures sont évidemment à saluer, mais les ambitions de la Commission risquent d'être sapées par la décision de sa propre Banque centrale d’investir dans les entreprises qui détruisent la planète. 

En avril dernier, 45 ONG ont écrit à la présidente de la BCE Christine Lagarde pour lui demander d'aligner les programmes d'achat d'actifs de la Banque centrale avec les objectifs climatiques de l’Accord de Paris. Dans sa réponse, bien que Christine Lagarde ait reconnu l'urgence de lutter contre le réchauffement climatique, elle a tout bonnement exprimé son refus d’agir. 

Il existe toute une série de mesures environnementales que la Banque centrale devrait adopter de toute urgence, qu'il s'agisse de travailler avec le secteur bancaire pour favoriser les prêts bancaires durables et combler le manque d'investissements verts, ou de donner l'exemple en matière d’information et de transparence sur la question climatique.  

Dans son dernier rapport, l'ONG Reclaim Finance a formulé des recommandations claires sur la manière dont la BCE pourrait s'aligner sur les objectifs climatiques européens. Par exemple, la BCE ne s'appuie sur aucun critère éthique, elle achète actuellement des obligations à deux fabricants d'armes (Dassault System et Thalès), ainsi qu’à 38 entreprises du secteur des énergies fossiles. Tout ceci doit changer.

La Banque devrait également abandonner son principe de « neutralité de marché », cette idée que la politique monétaire doit être « neutre » sur le marché, la conduisant à acheter des obligations à n’importe quelle type d’entreprise. La BCE devrait plutôt utiliser sa force de frappe financière une bonne fois pour toutes, en excluant immédiatement les obligations des entreprises qui prévoient d'augmenter leur production de combustibles fossiles et qui n’adoptent pas un plan d’alignement limitant la hausse globale des température à 1.5°C.

Christine Lagarde devrait utiliser la révision stratégique de la politique monétaire de la BCE, annoncée en début d'année, pour intégrer la question du climat dans toutes ses activités. Avec la crise climatique qui émerge, elle doit utiliser de toute urgence toute la puissance financière de la BCE pour aider à transformer l'économie européenne et mener une relance verte. 

Continuer de verser des milliards aux industries des énergies fossiles n'est plus une option valable. 

 

Leyla Larbi - chargée de campagnes chez SumOfUs
Tribune traduite de l'anglais, publiée dans DeSmogUK


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