Equateur: à l'heure où commence l'épidémie, la crise politique s'éternise

Dans le contexte économique et sanitaire actuel, la crise politique du post-corréisme affaiblit à nouveau l'action publique à travers d'intenses campagnes sur les réseaux sociaux, répliquées dans des médias affiliés ou sensationnalistes.

Si l'administration Moreno n'obtient pas suffisamment d'aide économique extérieure, son principal adversaire politique pourrait parvenir à tirer profit d’une sorte de "stratégie du choc" version « socialisme du XXIe siècle ». Comme toujours, pour la diffusion de ses fake-news de type poutiniennes, Correa peut compter sur l’incurie criminelle d’une certaine gauche intellectuelle française. L’heure est grave, alors restons lucides : le principal problème de l'Équateur face au Coronavirus n'est pas tant le système funéraire de Guayaquil que le poids de la «dette éternelle», telle que l’avait baptisée Rafael Correa lorsqu'il prétendait encore pouvoir la répudier. Héritage de son gouvernement (2007-2010), elle s’est perpétuée avec la gestion de son successeur.

Je tiens tout d'abord à exprimer mon soutien à l'Équateur, qui est aujourd'hui l'un des pays les plus touchés d'Amérique latine par l'épidémie et en état d'urgence depuis le 17 mars. En pensant à tous mes amis là-bas, à tant de situations déjà si compliquées, l'imagination me manque pour me faire une idée de comment ils et elles vont bien pouvoir s’en sortir sans trop de dommages. Pourtant, grâce à mon humble expérience des suites du tremblement de terre à Canoa, mes rencontres avec des communautés Shuar menacées par l'exploitation minière à grande échelle, ou encore mon approche des questions de genre, je sais bien que l'Équateur dispose de nombreuses ressources sociales pour faire face à des situations extrêmes. Je n’ai aucune raison de penser que si une aide financière conséquente est apportée au pays et que la partie la plus « professionnelle » du gouvernement actuel se surpasse un peu, l’Équateur ne pourrait pas contrôler la tragédie aussi bien que dans d'autres pays et vraisemblablement mieux qu'au Venezuela ou au Brésil.

 

Résumé de la situation

C’est une femme de 70 ans qui fut la première personne détectée positive pour covid19 le 29 février dernier en Équateur1. Ce premier avril, 2 758 cas avaient été détectés et 98 personnes étaient déjà décédées, selon les autorités. Hier, le 3 avril, il y avait 3 163 cas confirmés, 120 décès et 78 « probablement causés par le Covid19 ». Le 26 mars, un bébé de 7 mois est décédé dans la province amazonienne de Sucumbíos, il s’agit de la victime la plus jeune enregistrée à cette date.

Le canton de Guayaquil est le plus touché (1520 détectés au 3 avril), la province de Guayas a déclaré officiellement 82 morts, mais aucune région n’est complètement épargnée. Des centaines de patients sont hospitalisés dans des conditions graves et le personnel médical est déjà très affecté par la contamination en raison du manque de matériel de protection. Comme dans le reste du monde, le système de santé ordinaire n’est pas adapté à un phénomène de telle nature et de telle ampleur. Le gouvernement aurait effectué plus de 9 000 tests entre le 29 mars et le 1er avril. Il a par ailleurs accordé une aide exceptionnelle de 60 $ pour le mois d'avril à destination des plus pauvres. C’est évidemment mieux que rien, mais il faut savoir que cela ne paie même pas la moitié d'un appartement dans un quartier populaire de Quito2. Bien que sur le plan statistique le taux de mortalité du virus soit plus faible pour les femmes que pour les hommes, elles souffrent plus fortement des conséquences du blocus économique et de l'enfermement à domicile, dans de nombreux cas avec des agresseurs connus ou potentiels.

Le Panama et le Chili (3737 cas, 22 décès au 3 avril) sont encore plus touchés que l'Équateur en proportion de leur population. Mais le taux de mortalité actuel et les insuffisances en termes de collecte de données laissent présager d'un scénario plus problématique qu'au Chili, où le nombre de récupérations augmente plus rapidement que la courbe des nouvelles infections. Dans les pays qui ne fabriquent pas leurs propres tests et où les chiffres seront potentiellement le plus manipulés, seuls le nombre des décès fournit des informations sérieuses sur l'évolution de l'épidémie. Au-delà des statistiques, les projections pour le Brésil et le Venezuela sont assez catastrophiques. En Équateur, comme au Brésil, au Pérou et en Colombie, la population vénézuélienne en exil se trouvait déjà dans une situation de vulnérabilité extrême avant l'arrivée du virus. 

Le blocus du pays a déjà provoqué une crise pour de nombreux ménages, qui ne peuvent pas simultanément respecter les mesures de sécurité et manger à leur faim tous les jours. Cela n’a pas manqué de provoquer des scènes de violence sociale, par exemple au marché de San Roque situé dans un quartier très populaire de Quito, où les produits et le matériel des petits commerçants informels ont été détruits avec de la machinerie lourde3. Plusieurs vidéos de mauvais traitements infligés par des militaires et des policiers lors d’arrestations pour non-respect des restrictions imposées par l'état d'urgence ont été abondamment diffusées en ligne et dénoncées par les organisations locales de défense des droits de l’homme.

Dans certaines régions du pays, la saison des pluies en rajoute à l’urgence sanitaire et socio-économique. En Amazonie, des villages éloignés signalent déjà des difficultés d'approvisionnement de certains produits, tandis que plusieurs communautés indigènes ont subit plusieurs cataclysmes en même temps en raison des fortes pluies qui ont détruit des maisons, des ponts et des routes d'accès à leurs territoires à la veille de l’état d’urgence sanitaire4.

L'économie équatorienne ne cesse d’encaisser les coups depuis 2015 et souffrait toujours des conséquences de la grève nationale et du mouvement d'octobre dernier qui avaient permis d'éviter la hausse soudaine de plus de 100% des prix des hydrocarbures. Les prix du pétrole ont chuté comme jamais auparavant5 et cette fois, les Équatoriens ne pourront sans doute pas compter autant sur le « système D » de protection sociale que représentent les envois intra-familiaux de devises depuis l’étranger. Les migrants équatoriens dans le monde, principalement aux États-Unis, en Espagne et en Italie, doivent faire face à des problématiques similaires au même moment. L'industrie floricole, peu soucieuse des droits du travail et fortement contaminante, a licencié des centaines de personnes presque du jour au lendemain dans la région centrale du pays6. Même les grandes exploitations minières à ciel ouvert ont suspendu leurs opérations7, tandis que la Banque centrale échange son or contre des liquidités8.

  

Que disent les images des corps dans les rues de Guayaquil sur la gravité de la situation ?

L'épidémie à Guayaquil est réelle et dramatique, mais des explications sont nécessaires pour ne pas ajouter la panique des esprits, à l'horreur des images. Je vois beaucoup d'informations "circulaires" et "sensationnalistes" concernant les corps trouvés sur la rue Guayaquil, la plus grande ville d’Équateur (2,3 millions d'habitants), qui est aussi la plus touchée par le Covid-19.

Le 1er avril, avait officiellement été comptabilisé un total de 58 décès du coronavirus à Guayaquil depuis la première personne testée positive un mois auparavant et ce chiffre est passé à 82 ce 3 avril (sur 120), tandis qu'il y a plus de 50 décès par jour en moyenne en temps normal. Certains médias et réseaux sociaux de groupes politiques bien identifiés9 suggèrent que tant de personnes meurent que le système médical et funéraire serait effondré, au point que des cadavres sont "abandonnés" sur les trottoirs de cette ville extrêmement humide et chaude. C'est faux: selon le magazine Plan V, les salons funéraires de Guayaquil ont cessé d'accepter de nouveaux contrats ou fermé boutique au moment même où la mortalité normale commençait à augmenter, à cause du coronavirus.

Le fait que les gens, après jusqu’à trois jours d'attente avec la dépouille de leur proche à domicile, aient fini par les disposer sur les trottoirs de la ville, ne résulte pas directement de l'accumulation de décès à cause du Corona, mais du blocage provoqué dans le système par la peur de la contagion et le manque de préparation. Les gens n'ayant pas de matériel pour se protéger, ils ont décidé de ne pas travailler dans certains services indispensables tels que ceux des salons funéraires commerciaux au moment où le nombre de morts ordinaires commençait tout juste à augmenter. Des membres de la famille du défunt, ou ses proches, pour attirer l'attention des autorités, face au retard des services funéraires ou par crainte d'être contaminés, sortaient les corps dans la rue en signe de protestation.

Il ne s’agit donc pas de dépouilles « abandonnées », ni de personnes décédant dans la rue faute de soins. Les gens ne meurent pas encore par centaines, comme c'est le cas en Espagne, en Italie et aux États-Unis. La ministre de l'Intérieur Maria Paola Romo affirme que Guayaquil a déjà dû gérer des pics de mortalité encore comparables aux chiffres actuels, mais que pour éviter la contagion des employés des funérariums privés et gérer l'augmentation de la mortalité à venir, ces services indispensables allaient être pris en charge par l’État, gratuitement pour les plus démunis. Le gouvernement a donc lancé un programme d'urgence pour enterrer les défunts du Corona et des personnes qui meurent quotidiennement dans la ville de Guayaquil. Pour ne rien enlever à la dramatisation, après avoir demandé des terres à la ville de Guayaquil pour une "fosse commune", le gouvernement a dû démentir et assurer que chacun aurait droit à un enterrement décent dans un véritable cimetière.

Ce type de problèmes, liés à la qualité de l'information majoritairement diffusée - que tous les pays connaissent à leur façon -, apparaît en Équateur d’autant plus effrayant que ce n'est assurément que le début d'un processus voué à s’empirer et à durer. La manière dont la question de l'apparition des cadavres dans la rue est traitée annonce à la fois le rythme et le ton de l'effondrement général vers lequel l'Équateur se dirige si les mesures prises par le gouvernement ne s'accélèrent pas et ne s'améliorent substantiellement pour que tous les travailleurs indispensables puissent œuvrer de façon efficace. De fait, ce n'est pas très différent de la situation en Italie, notamment dans la riche province de Lombardie où les défunts sont restés parfois des jours dans des appartements de ville avant d’être retirés au début du mois de mars.

En Italie le gouvernement a mis deux semaines au moins avant de confier la gestion du système funéraire national à l’armée alors qu’il y avait déjà plus de 3000 décès officiels : le 19 mars, soit 8 jours après le confinement et 15 jours après avoir passé la barre des 100 morts (au total). Depuis Quito, le gouvernement a réagi dès que les alertes ont afflué, alors que le pays décomptait encore moins d’une centaine de morts du Covid19. Mais en Équateur ce genre d’événement et d’images, qui font le jeu des adversaires corréistes du gouvernement, lesquels ont trouvé là un moyen potentiellement efficace de provoquer des désaffiliations en série du parti de Lénin Moreno, pourraient avoir des effets psychologiques et politiques dévastateurs. Ceux qui les ont relayés sans réfléchir, devront assumer leur responsabilité vis-à-vis de cela.

Dire qu'il y a indéniablement des flots intenses de fausses nouvelles irresponsables qui circulent dans le but de déstabiliser le gouvernement, n'empêche cependant pas d'affirmer qu'il existe de nombreuses contradictions entre les sources d'information disponibles. Le nombre de décès quotidiens à Guayaquil, obtenu par exemple avec le Registre des décès officiel publié par la revue Plan V (voir graphiques ci-dessous) 10, donne une autre impression du niveau d'urgence que vit probablement le pays. 

"Registre des décès de la Provinde de Guayas", Revue Plan V, 01.04.2020. "Registre des décès de la Provinde de Guayas", Revue Plan V, 01.04.2020.
 S’il est vrai que c’est le déphasage entre le droit de retrait des salons funéraires privés et le lancement du programme COE (Comité de Operaciones de Emergencia), qui est à l’origine de la situation à Guayaquil, il n’en est pas moins possible que celle-ci soit bien pire que ce que les chiffres officiels reflètent jusqu’à présent. Le gouvernement lui-même ne l'exclut pas, tout en rejetant fermement le chiffre de "700 morts" qui circule, également dans les réseaux que nous avons déjà mentionnés. 

Il me paraît important de clarifier les choses à ce sujet, car dans la gestion de la crise du coronavirus et face aux défaillances gouvernementales, accélérer la gestion pro-active (activités indispensables) et passive (distanciation sociale) des urgences, implique dans tous les cas de ne pas céder à la panique.

La Chine n'a pas réagi du jour au lendemain, a agi en dissimulant beaucoup de choses, en ayant recours à une violence létale. En France le gouvernement vole les masques achetés pour l'Italie et l'Espagne et nous n’avons pas non plus assez de tests, ni de gants ou de lits suffisants dans nos hôpitaux. Alors que les médecins héroïques attendaient des respirateurs, ils ont reçu un camion réfrigéré pour y stocker les corps : cela vaut bien la proposition cynique de «fosse commune» émise dans un premier temps par le gouvernement Moreno. Aux États-Unis, ils ont Donald Trump, au Brésil, Bolsonaro, ...

Tous les gouvernements du monde devront rendre des comptes, mais pour le moment, la priorité est à l’organisation, à la guérison, à l’entraide, aux « systèmes D », sans oublier que la maladie peut toucher tout le monde, pas de la même manière il est vrai, mais à la fois riches et pauvres, habitants de Guayaquil ou de Quito, métis et indigènes, hommes et femmes, personnes âgées, malades et parfois en bonne santé.

L'Équateur est dans une très mauvaise passe, mais les Équatoriens - pas tous - ont beaucoup d’expérience en termes de catastrophes naturelles. Je me souviens de la force et la bonne volonté pendant les temps qui ont suivi le tremblement de terre, je pense aussi à ce que l’on m’a rapporté de la solidarité populaire lors de la grève nationale d'octobre. Une partie de moi garde donc confiance et ne veut pas se laisser emporter par les impressions apocalyptiques que laissent ces images et certains traitements politico-médiatiques irresponsables.

 

La corruption en toile de fond

J'écris volontairement "pas tous les Équatoriens" car contrairement à ce qu'affirme Rafael Correa, je pense que par exemple, Jorge Glas, l’ex-viceprésident actuellement incarcéré, ne peut rien faire de plus pour son pays que de parler depuis sa prison. Expliquer comment une partie de l'argent destiné à la reconstruction de 2016 a pu être détourné. Ou encore comment se fait-il que du projet de la raffinerie du Pacifique qui a coûté plus de 1,2 milliard, il ne reste que cet immense terrain vague sur lequel Correa propose ces jours-ci qu'un hôpital temporaire soit installé. Ce qui était censé constituer un symbole de la "deuxième indépendance bolivarienne", celle de la fin de la dépendance des technologies étrangères dans le commerce des matières premières grâce aux investissements de Chávez, s’est avéré être l’un des plus grands éléphants blancs de la politique économique de la « Révolution Citoyenne », largement sous la responsabilité de Glas en tant que premier échelon de la gouvernance des « secteurs stratégiques de la nation » de 2013 à 2017.

La question de la corruption est sans aucun doute la seule question politique qui ne sera pas complètement escamotée par l'urgence sanitaire : un délit présumé de "détournement de fonds" organisé à l'Institut national de sécurité sociale (IESS) a par exemple déjà été démantelé, concernant un achat irrégulier de masques surfacturés à 12 dollars l’unité11. Un fait déplorable qui demeure loin d’éclipser le processus judiciaire de l'affaire dite des «pots-de-vin» qui se poursuit à l’encontre de Rafael Correa et de la quasi totalité de ses anciens collaborateurs les plus proches entre 2007 et 201712.

Les fantômes des problèmes de financement de l'IESS, l'état de service de la raffinerie du Pacifique, les souvenirs de la gestion du séisme de 2016 et les propres interventions de Correa planent sur la gestion de l’épidémie. Mais de son côté, comme on l’a expliqué, en dépit de la gravité de la situation de l’Équateur et de l’absurdité de la sienne, Correa semble n’avoir rien de plus « utile » à faire pour son pays que d’essayer de faire libérer son ancien complice et d'encourager ses réseaux sociaux sur le Web à décharger un flux continu de nouvelles de très mauvaise qualité dans le but d’accroître la pression sur le gouvernement13. Quand il ne passe pas simplement ses journées à retweeter les messages du Pape.

Une attitude irresponsable qui rappelle tout d’abord ses réactions en octobre 2019, quand il avait appelé à la destitution de Moreno en se présentant simultanément comme candidat à sa succession depuis la Belgique14. Son opportunisme décomplexé avait d’ailleurs facilité la tâche du gouvernement qui eût tôt fait d’étouffer la rébellion populaire au nom d'une prétendue légitime défense contre une « tentative de coup d'État » et au moyen des outils répressifs policiers et judiciaires laissés derrière lui par l'ancien gouvernement - parmi lesquels ceux des renseignements informatiques sont devenus essentiels-. Mais aussi une attitude inconséquente, dans la mesure où elle révèle « en creux », son incapacité à proposer un projet politique alternatif positif pour l’Équateur, y compris dans son propre domaine - Rafael Correa est docteur en économie-, celui de l’économie de la dette.

Comme je l'ai déjà expliqué dans différentes publications15, la dette, après avoir été réduite en 2009 par l’ex-président, avec l'aide de la banque et des services de Mathieu Pigasse, avait de nouveau augmenté considérablement et de façon peu transparente (contrats pétroliers chinois par exemple). Retournées dans le giron du FMI et à la Banque mondiale depuis 2014, les politiques de son gouvernement ont globalement conduit à renforcer la dépendance économique du pays jusqu’en 2017.

 

Le poids de la dette extérieure ou l’enjeu prioritaire de la contention du coronavirus en Équateur

Héritée de la décennie corréiste, creusée par le gouvernement Moreno, sans programme prédéfini et sans ligne idéologique claire, rien n'empêche qu'au-delà de la classe politique équatorienne, dans le contexte immédiat, la dette équatorienne se fait particulièrement « odieuse ». À ce jour, sur la solidarité internationale pèse une énorme responsabilité, celle de s’engager par tous les moyens contre l'attitude des institutions internationales qui continuent de faire payer des intérêts astronomiques à des pays se trouvant dans des situations aussi extrêmes.

En dépit de tout bon sens un tant soit peu humaniste, il y a quelques jours, l'Équateur a en effet dû payer 324 millions de dollars de dette extérieure16. Cette somme me semble plus morbide encore que les corps exposés sur les trottoirs de Guayaquil. De plus, elle correspond à peu de chose près, à la quantité d'or échangée au même moment par la Banque centrale sur les marchés contre des liquidités. J'espère que le gouvernement n'a pris cette décision que pour se « mettre en règle » avec l’ordre international et s’assurer de pouvoir recevoir une aide beaucoup plus importante à l'avenir. C’est exactement ce qu’avait fait Correa en juillet 2016, lorsqu'il a accepté de signer un chèque à la compagnie pétrolière américaine Chevron, en plein marasme économique à cause du tremblement de terre d’avril, afin de pouvoir obtenir des fonds plus importants du FMI. Dans le cas contraire, ce serait simplement criminel de s’acquitter d’une telle dette alors que le pays ne se trouve qu’au début de la crise sanitaire et économique.

Je continuerai à enquêter sur le sujet et à rapporter un peu de mes lectures et conversations quotidiennes avec des gens en Équateur sur ce blog. J’invite enfin ceux que ça intéresse, afin d'élargir éventuellement la réflexion à "l'Amérique Latine face au virus", à s'interroger sur l’importance de l’«intégration manquée»17 au niveau latino-américain autour de l’UNASUR et de l’ALBA, en évaluant le coût actuel de cet échec politique des «gauches du XXIe siècle» en termes de coopération régionale face au coronavirus. Une coopération pour l’instant réduite à des relations bilatérales très diverses entre les pays latino-américains, que je tenterais de décrire dans un prochain article.

 

 

1 Pour suivre  l'évolution du virus en Équateur :

https://en.wikipedia.org/wiki/2020_coronavirus_pandemic_in_Ecuador

2 « Bono de Protección Familiar se entrega cumpliendo protocolos », Redacción Web, El Telégrafo, redacción web, 02.04.2020. https://www.eltelegrafo.com.ec/noticias/sociedad/6/bono-proteccion-familiar-ecuador-coronavirus

3 « Ventas informales de San Roque fueron desalojadas del centro de Quito la madrugada del 24 de marzo del 2020 », El Comercio, 24.03.2020. https://www.elcomercio.com/actualidad/feria-san-roque-desalojo-covid.html

4 « Los ríos Bobonaza, Pastaza y Arajuno se desbordaron por las intensas lluvias en la Amazonía. », El Comercio, 17.03.2020. https://www.elcomercio.com/actualidad/lluvia-amazonia-rio-bobonaza-pastaza.html

5 Le barril de brut équatorien a atteint 15,89$ le 26.03.2020.

6 « 498 denuncias por despidos intempestivos ya recepta Ministerio de Trabajo », El Universo, 31.03.2020. https://www.eluniverso.com/noticias/2020/03/31/nota/7800861/498-denuncias-despidos-intempestivos-ya-recepta-ministerio-trabajo

7« Las actividades mineras en Fruta del Norte se suspenden temporalmente por el covid-19 », El Comercio, 22.03.2020. https://www.elcomercio.com/actualidad/mineria-fruta-norte-suspendida-actividades.html

8« BCE obtuvo $ 300 millones de liquidez en operación con oro », El Universo, 30.03.2020. https://www.eluniverso.com/noticias/2020/03/30/nota/7799433/bce-obtuvo-300-millones-liquidez-operacion-oro

9 Voir par exemple cet article diffusé par Rafael Correa et son ex-Ministro Guillaume Long sur leurs comptes Twitter, qui parle de personnes décédant dans la rue en se basant sur les paroles de la maire très à droite de Guayaquil, Cinthia Viteri, qui explique que les hôpitaux seraient eux-mêmes en train d'abandonner des corps dans les rues. https://www.miamiherald.com/news/nation-world/world/americas/article241716021.html

10 « Morir dos veces en Guayaquil », Susana Moran pour la revue Plan V, 30.03.2020. https://www.planv.com.ec/historias/sociedad/morir-dos-veces-guayaquil

11 «Fiscalía avanza en la investigación por presunto peculado en el IESS », Téléamazonas, 02.04.2020. http://www.teleamazonas.com/2020/04/fiscalia-avanza-en-la-investigacion-por-presunto-peculado-en-el-iess-2/

12 Caso Sobornos: Tribunal de Juzgamiento convoca formalmente a las partes para dar a conocer su resolución, El Universo, 01.04.2020. https://www.eluniverso.com/noticias/2020/04/01/nota/7801671/proximo-martes-se-conocera-decision-tribunal-juzgamiento-caso

13 « Así propaga el corréismo el virus del miedo en redes », Plan V, 30.03.2020. https://www.planv.com.ec/investigacion/investigacion/asi-propaga-el-correismo-el-virus-del-miedo-redes

14 « El expresidente Rafael Correa insta a convocar elecciones anticipadas en Ecuador », France 24, 09.10.2019. https://www.france24.com/es/20191008-rafael-correa-elecciones-ecuador-protestas

15 Sunniva Labarthe, « Quand le jaguar perd ses dents. Image internationale et contestations locales de la Révolution Citoyenne en Équateur », in Thomas Posado (dir.), « Tournant à gauche en Amérique Latine : fin de cycle ? », Recherches Internationales, n° 107, avril-juin 2016. Avec Marc Saint-Upéry, « Leninismo versus correísmo: la «tercera vuelta» en Ecuador », NUSO Nº 272 / NOVIEMBRE - DICIEMBRE 2017

16 « Gobierno anuncia renegociación de pasivos pendientes de deuda externa», El Universo, 26.03.2020. https://www.eluniverso.com/noticias/2020/03/23/nota/7793085/gobierno-anuncia-renegociacion-pasivos-pendientes-deuda-externa.Voir également l'appel de la CONAIE entre autres organisations sociales : https://conaie.org/2020/03/24/la-conaie-pide-al-gobierno-suspender-el-pago-de-la-deuda-externa/

17 Daniele Benzi, ALBA-TCP: Anatomía de la integración que no fue, Ediciones Imago Mundi/Universidad Simón Bolívar, Buenos Aires/Quito, 160 pages. Pour une note de lecture en français : Marc Saint-Upéry, dans Problèmes d'Amérique latine 2017/3-4, (N° 106-107), pages 145 à 149.

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