Emmanuel Macron au Panthéon: les maux de la démagogie

Mais où va Monsieur Macron ? Entre volte-face et atermoiements depuis son accession à la présidence, le chef de l’Etat a ce vendredi 4 septembre rendu un discours d’hommage au Panthéon pour les 150 ans de la IIIème République. L’occasion pour la créature macronienne, sans père et sans histoire, d’ancrer un peu plus sa vision de la France et de ses valeurs...

Si d’aucuns s’attendaient à un discours en grandes pompes, ils ne se sont pas trompés. La solennité dégagée par la cérémonie a été au rendez-vous. Un lieu symbolique, déjà. Le panthéon, temple du républicanisme français, a accueilli ce vendredi 4 septembre élus et citoyens afin de fêter les 150 ans de la IIIème République. « C’était le 4 septembre 1870. Alors que l’empire venait d’être défait à Sedan, un jeune député de 32 ans, Léon Gambetta, répondait à l’appel du peuple de Paris et proclamait la République, depuis le balcon de l’hôtel de ville », introduisait le président. Et une solennité marquée ensuite par le dessein de cette cérémonie : la naturalisation de cinq personnes.

La figure de Gambetta, « fils d’immigré, récent naturalisé, français de sang-mêlé », n’est pas simplement convoquée pour honorer la République. Elle sert avant tout de garante et d’exemple pour ces cinq néo-français. « Je ne parle pas là de façonner vos existences personnelles, vous avez déjà un métier, une famille ici, mais d’endosser pleinement vos habits de citoyen français », n'a pas manqué pas de préciser le chef de l’Etat. Afin d’ancrer ses mots dans une perspective séculaire, historique, Emmanuel Macron a mis à l’honneur moult figures importantes de la République : Marie Curie, Joséphine Baker, Gisèle Halimi, Félix Eboué, etc. « Bien d’autres héros, français par la naissance, nés parfois si loin de la métropole, ont porté si haut nos valeurs et marqués l’édification de notre République. […] Vous êtes aujourd’hui les légataires, car c’est votre tour désormais. Votre tour aux côtés de tous les enfants de la République, par leur naissance et de tant et tant d’autres, par-delà la diversité de vos origines », professait le président.

Ces figures nous renseignent sur le sens qu’entend attribuer M. Macron à ce qu’il nomme l’« éternel français ». De ces quelques exemples historiques, s’en est logiquement suivi de longues tirades censées nous préciser la teneur de cet « être français ». « Devenir français, c’est en effet accepter de devenir plus qu’un individu poursuivant ses intérêts propres. Un citoyen qui concoure au bien commun, qui prend ses responsabilités auprès de ses compatriotes, qui cultive une vertu toute républicaine, énumère Emmanuel Macron avant de reprendre : Des devoirs, et des droits, mais toujours des devoirs d’abord. Devenir Français, c’est avoir ancré en soi-même la conscience que, parce que la République est toujours fragile, toujours précaire, elle doit être un combat de chaque aube, une conquête de chaque jour, un patriotisme républicain de chaque instant. »

En d’autres termes, on peut se prétendre Français lorsque l’on est uni derrière les couleurs du drapeau, derrière les valeurs qu’il véhicule, et derrière les devoirs qu’il sous-tend. Ce qui est à noter dans le verbatim présidentiel et qui fût justement décrypté par la sociologue du CNRS Sarah Mazouz pour Mediapart :  le président ne mentionne qu’une seule et unique manière d’« être français », la sienne. Les rites républicains figent, en récupérant des figures séculaires, les définitions applicables à tout ce qui constitue la nation. En définissant, en affirmant, en bornant le réel, le président tend à l’influencer, à le déformer, à le mystifier.

D’autant qu’il préfère parler de « patriotisme républicain » plus que de « patriotisme constitutionnel », glissement sémantique que la chercheuse du CNRS estime trompeur. Il permet en quelque sorte de recycler de veilles pensées politiques considérées comme désuètes. Derrière cette créature sans père et sans histoire qu’est Emmanuel Macron se cache donc de vieilles antiennes traditionalistes. Lesquelles laissent à penser que son « identité politique » s’inscrit dans une lignée conservatrice, tout du moins davantage qu’il n’a bien voulu le prétendre lors de sa campagne présidentielle de 2017. 

Emmanuel Macron s’était en effet constitué en défenseur d’une laïcité souple, ce qui avait pour but de séduire la frange gauche de son électorat. Une idée qu’il a poursuivi de défendre une fois président, comme ce fût par exemple le cas à la fin de l’année 2017, avec son discours devant les représentants du culte. Tout comme le Bel Ami de Maupassant, Macron n’a que faire des idées, seul le pouvoir importe. L’électorat de la République en Marche évolue ? Ses positions idéologiques aussi. Plutôt que d’attaquer la droite conservatrice sur le terrain économique pour siphonner ses électeurs, il s’agit désormais de la concurrencer sur le plan idéologique. Aux oubliettes la colonisation comme « crime contre l’humanité » et place à la République en lutte contre le « séparatisme », en lutte pour la préservation de l’Histoire de France tout entière. « C’est tout cela entrer en République Française. Aimer nos paysages, notre histoire, notre culture en bloc, toujours. Le sacre de Reims et la Fête de la Fédération, c’est pour cela que la République ne déboulonne pas de statues, ne choisit pas seulement une part de son histoire, car on ne choisit pas une part de France, on choisit la France », affirmait M. Macron.

Afin de mener à bien ce combat pour l’unité nationale – éternel mythe qui n’a aujourd’hui de sens que pour justifier la domination d’une caste élitiste sur l’ensemble des citoyens -, le chef de l’Etat a assuré qu’un projet de loi contre le séparatisme serait présenté devant l’Assemblée Nationale à l’automne.

Emmanuel Macron ferait-il preuve de démagogie ? Le dictionnaire Larousse définit la notion comme « l’action de flatter les aspirations à la facilité et les passions des masses populaires pour obtenir ou conserver le pouvoir ou pour accroître sa popularité ». Si le choix des figures mises à l’honneur lors du discours laissait entrevoir une certaine ouverture politique, la suite du déroulé avait vocation à rassurer son nouvel électorat. Le bateau de la macronie vogue au gré des vents et marées. L’océan turbulent de l’opinion l’a conduit sur les côtes de la thématique identitaire. Car si l’unité républicaine pourrait se renforcer sur le terrain du social, « chaque citoyen, quel que soit le lieu où il vit, le milieu d’où il vient, doit pouvoir construire sa vie par son travail », Emmanuel Macron la pense avant tout sécuritaire. Exit les mesures sociales donc, elles attendront…

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.