Un "nouveau pacte républicain", mais pas à n'importe quel prix

Gilles Le Gendre, président du groupe LREM à l'Assemblée nationale, s'est fait le chantre d'un "nouveau pacte républicain". L'annulation de la réforme des retraites au nom de l'unité nationale a refait surface dans le marécage communicationnel de l'exécutif. Seulement, cette rhétorique, aussi séduisante soit-elle, réside à la frontière du rassemblement communautaire et de la domination morale.

Les appels à l'union nationale sont allés bon train en ce week-end pascal. Encore hier, Gilles Le Gendre, président du groupe LREM à l'Assemblée nationale, s'est fait le chantre d'un "nouveau pacte républicain" dans les colonnes du JDD. Il préconise que "la majorité [fasse] prévaloir le compromis plutôt que l'affrontement".

Exit la réforme des retraites qui constitue l'obstacle principal à ce rassemblement des forces politiques ? C'est en tout cas ce qui semble se dessiner dans les mots de Gilles Le Gendre, qui reprend une idée émise quelques jours plus tôt par Emmanuel Macron ou encore Edouard Philippe. "Entre deux réformes utiles, il faudra toujours choisir celle qui rassemble les Français" explique-t-il.    

Sur la forme, rien de surprenant en ces temps de crise sanitaire. Plus largement, rien d'étonnant non plus dans la stratégie de communication du parti LREM. Un parti qui depuis ses débuts mise sur cet "en même temps", sur l'idée qu'une convergence est possible entre les mouvances de droite et de gauche. Mais sur le fond, quelques points restent tout de même à éclaircir.

Car ce "nouveau pacte républicain" tel qu'il pourrait être envisagé par la majorité interpelle. La notion de pacte qui, on le rappelle, correspond à un accord solennel entre deux ou plusieurs parties implique qu'il y ait au préalable définition mutuelle des termes du contrat. Seulement, l'exercice jupitérien du pouvoir d'Emmanuel Macron montre que l'horizontalité n'est pas son maître-mot. Après tout, Jupiter est le père des Dieux, donc il décide.  

Quelques questions se posent dès lors. L'abandon de la réforme des retraites ne relève-t-il pas de la conjoncture économique ? Est-ce un véritable effort du gouvernement pour écouter et se conformer aux oppositions ? Au regard du contexte actuel, la réforme est-elle applicable ? L'exécutif ne recule-t-il pas aujourd'hui pour mieux sauter demain ? 

L'ambivalence de la rhétorique unitaire 

C'est sur ces points qu'il est nécessaire d'être attentif. Car les nombreuses oppositions à la réforme des retraites n'ont pas fait bouger d'un iota la majorité. Une majorité qui n'a d'ailleurs pas tergiversé au moment d'utiliser le très controversé article 49.3, alors même que la crise sanitaire avait déjà commencé.

À contexte exceptionnel, mesures exceptionnelles pourra-t-on rétorquer. Il est vrai. Mais les termes de l'unité nationale et du "nouveau pacte républicain" ne peuvent être déterminés unilatéralement. L'enjeu est évidemment d'effacer nos subjectivités individuelles pour sublimer notre objectivité collective. Et cela ne doit pas se faire à n'importe quel prix. Le problème de la rhétorique unitaire mêlée au verbatim guerrier du président de la République est qu'ils produisent une dichotomisation des conduites possibles : le ralliement à l'unité ou l'assimilation à l'adversité.

Le danger démocratique dort précisément dans cette dichotomie. Les dissonances d'idées ne doivent pas être considérées comme des adversités, mais comme des solutions alternatives qui méritent de l'attention. Les dissonances d'idées doivent être entendues et mobilisées dans ce moment où plus que jamais nous avons besoin de nous réunir, de nous comprendre et de nous entraider. Les dissonances d'idées doivent justement fonder ce "nouveau pacte républicain" dans le respect des espérances individuelles et collectives. 

 

 

 

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