«Combien gagnent les autres ?» Tour d'horizon des inégalités économiques en France

L'inégalité est au cœur du débat public. Comment la richesse nationale est-elle répartie ? Les impôts réduisent-ils les inégalités ? La mobilité sociale est-elle vraiment possible ? Autant de sujets fondamentaux qui méritent d'être débattus en s'appuyant sur des faits précis, et pour lesquels cet article s'efforce de poser des bases.

Certains ont l'impression de gagner toujours moins que le voisin. D'autres se réjouissent de rejoindre la "classe moyenne" dès qu'ils décollent un tant soit peu du SMIC. D'autres, enfin, vivent un sentiment de déclassement car leur revenu stagne à "seulement" huit mille euros par mois. Ce qui se dégage surtout de l'empilement du point de vue des uns et des autres sur l'inégalité, c'est l'absence d'informations fiables qui permettraient à chacun de se situer correctement dans la hiérarchie des richesses.

De fait, il y a quelques années de cela, les données statistiques à ce sujet étaient très limitées : c'est désormais grâce au patient travail réalisé par Thomas Piketty, Camille Landais et d'autres chercheurs, que nous pouvons y voir plus clair quant à la réalité des inégalités. Leurs résultats de recherche ont été rendus accessibles au public via le site de la World Income Database. Une part importante des chiffres présentés dans cet article est issue de cette base de données.

Pour entrer de plain-pied dans le sujet, nous pouvons d'ores et déjà présenter le revenu moyen des différentes parties de la populations : combien gagnent, par mois, les 10 % de Français les plus aisés ? Les 50 % les plus modestes ? Les 40 % du milieu ? Le graphique suivant [1] permettra à chacun de se faire une idée des écarts réels qui existent entre le pouvoir d'achat des différentes classes sociales.

 

Revenu mensuel net par adulte, en euros (France, 2014) (source des données : WID) Revenu mensuel net par adulte, en euros (France, 2014) (source des données : WID)

 

Essayons de déterminer des fourchettes de revenu [2] afin que le lecteur puisse mieux se situer dans ce paysage : si vous gagnez moins de 1 300 € par mois, vous faites partie des 50 % les plus modestes. Si vous gagnez plus de 3 000 € par mois, vous faites partie des 10 % les plus aisés. Entre les deux, vous appartenez à ce que l'on peut appeler la classe moyenne.

Si l'on raisonne en termes de répartition, on constate que les 10 % d'individus les plus aisés touchent, ensemble, 35 % de tous les revenus perçus en France. La moitié la plus humble de la population, elle, se contente d'un petit 23 %. Cinq fois plus nombreux, ils perçoivent au total 1,5 fois moins... le "gâteau" de la richesse nationale paraît donc réparti de manière très inégalitaire.

A noter qu'il existe également de vastes écarts au sein même de la catégorie la plus fortunée : les 1 % les plus riches perçoivent un revenu mensuel moyen de presque 20 000 €, tandis que les 9% suivants ne touchent "que" 5000 € par mois. Il existe donc véritablement plusieurs strates économiques au sein de notre société, et cette réalité est encore nettement plus marquée lorsque l'on s'intéresse à la propriété du capital.

En effet le revenu correspond à un flux de richesse, tandis que le patrimoine est un stock constitué de tout ce qui peut être possédé dans une économie capitaliste : appartements, parts d'entreprises, objets précieux, actions en bourse, liquidités déposées sur des comptes bancaires, terrains, etc. Le patrimoine a ceci de particulier qu'il est généralement distribué de manière extrêmement inégalitaire, dans tous les pays et à toutes les époques. Le graphique suivant donne un aperçu de la situation dans la France d'aujourd'hui.

 

Capital possédé par adulte, en euros (France, 2014) (source des données : WID) Capital possédé par adulte, en euros (France, 2014) (source des données : WID)

 

Les écarts de richesse sont ici d'une échelle supérieure à celle que nous avons observée au sujet des revenus. Les 50 % les plus pauvres possèdent chacun en moyenne 23 000 €... [3] une somme 42 fois inférieure au patrimoine moyen des 10 % les plus riches (supérieur à un million d'euros). Présenté autrement : cinq fois plus nombreux dans la population, les plus humbles détiennent ensemble un montant huit fois inférieur à celui possédé par le groupe dominant.

Plus encore que sur le plan du revenu, le "1 %" constitue ici un monde à part. Chaque adulte membre de ce groupe social (une personne sur cent) possède en moyenne 4 250 000 €. A noter que plus les individus sont fortunés, plus leur patrimoine tend à être constitué de titres financiers (actions en bourse et parts de sociétés). Les classes moyennes ne possèdent souvent que leur logement, avec parfois une résidence secondaire ou un appartement qu'ils louent afin de s'assurer un complément de revenu. Quant à la moitié la plus modeste de la population, elle se trouve généralement limitée à quelques milliers d'euros déposés sur un compte en banque... quand elle n'est pas criblée de dettes [4].

Quel est l'intérêt de posséder un patrimoine ? Deux réponses sont possibles : 1) Pour la plupart des gens, le fait de posséder son propre logement permet simplement de ne plus payer de loyer. C'est donc une lourde dépense mensuelle qui est évitée, permettant ainsi à l'individu d'accroître son niveau de vie. 2) Les personnes qui possèdent un capital important peuvent commencer à le faire fructifier : ils vont investir dans l'immobilier ou dans des entreprises, obtenant ainsi un revenu supplémentaire. De nos jours il n'existe plus beaucoup de rentiers, mais les plus aisés jouissent toujours d'un complément de revenu conséquent grâce au rendement de leur capital [5].

Nous allons maintenant nous pencher sur un puissant amplificateur d'inégalités, qui est le caractère exponentiel du rendement du capital. Expliquons : en moyenne, le capital rapporte un peu plus de 4 % de sa valeur chaque année. C'est à dire que pour un capital de un million d'euros, son propriétaire recevra 40 000 € (un peu plus de 3 300 € par mois, moins les impôts). Le rendement du patrimoine immobilier se situe généralement autour de cette moyenne. Par contre, les personnes les plus riches peuvent employer des professionnels de l'investissement qui sauront dénicher des placements judicieux afin d'obtenir le meilleur rendement possible... jusqu'à doubler ou tripler les sommes d'argent obtenues chaque année.

On a ainsi pu constater que les fonds d'investissement des universités américaines les plus dotées en capital parviennent à décrocher des rendements qui dépassent 10 % par an ! [6] Parmi les personnalités célèbres, Bill Gates et Liliane Bettencour ont vu leur fortune croître à des taux encore supérieurs. [7] Pour rappel : l'un est un entrepreneur talentueux, l'autre une héritière n'ayant jamais travaillé de sa vie. C'est que l'argent fait boule de neige : une fois obtenu, il se reproduit de manière presque mécanique. L'existence d'un vaste capital permet aux gestionnaires de fortune de s'orienter vers des placements incertains mais potentiellement très rentables, en diversifiant les risques de manière à ce que les gains excèdent toujours très largement les pertes. Une fois dépassé un certain seuil de richesse, il s'agit juste de ne pas commettre d'erreur monumentale qui conduirait à dilapider toute sa fortune.

Ce mécanisme par lequel "l'argent appelle l'argent" est encore renforcé par les comportements d'épargne : plus un individu est riche, moins il consomme en pourcentage de son revenu. C'est qu'il faudrait beaucoup d'imagination pour trouver comment dépenser plusieurs milliers d'euros par jour ! Les plus fortunés économisent ainsi plus de la moitié de leur revenu, qui vient grossir leur patrimoine... et rapporte chaque année de nouveaux intérêts, lesquels seront épargnés à leur tour. Ainsi opère la spirale de l'inégalité, qui creuse sans cesse les écarts de fortune entre les différentes strates de la population.

On pourrait penser que les impôts interviennent pour corriger le tir, et soumettent les plus riches à de si lourds prélèvements que cela permet de compenser la tendance spontanée du capitalisme à l'accroissement des inégalités. En théorie, une telle intervention est possible – tout dépend du niveau auquel sont fixés les impôts et de la manière dont ils sont calculés. En pratique, pourtant, on constate que la fiscalité française actuelle ne permet pas de réduire les inégalités. Pour comprendre cet état de fait, il faut considérer l'ensemble des prélèvements obligatoires auxquels chaque habitant de notre pays est soumis : cotisations sociales, impôts sur le revenu (IRPP [8] et CSG), taxes sur la consommation (TVA, TIPP, etc.) et impôts sur le capital (Impôt de Solidarité sur la Fortune, Taxe Foncière, Impôt sur les Sociétés). Lorsqu'on prend en compte tout cela, on peut calculer le taux global d'imposition qui s'applique à chaque classe sociale.

 

Taux global d'imposition, présentation simplifiée (source des données : revolution-fiscale.fr, 2011) Taux global d'imposition, présentation simplifiée (source des données : revolution-fiscale.fr, 2011)

 

 

On voit dans ce graphique [9] que, si les plus humbles bénéficient d'un taux d'imposition légèrement inférieur à celui qui vise les classes moyennes, les riches bénéficient d'un taux encore moins élevé. Cela est dû à deux facteurs principaux : d'une part, la plus faible propension des riches à consommer. Comme on l'a vu plus haut, ceux-ci ne dépensent qu'une faible part de leur revenu, et ils échappent ainsi en partie aux impôts sur la consommation. D'autre part, les ménages aisés bénéficient de la faible taxation des revenus du capital. Comme on l'a vu plus haut, leur revenu est en effet constitué en grande partie du rendement dégagé par leur patrimoine – qui échappe complètement aux cotisations sociales et se trouve peu soumis aux impôts tels que la CSG ou l'IRPP du fait des nombreuses exemptions décidées par les gouvernements successifs.

De telles inégalités pourraient être perçues comme plus acceptables si la mobilité sociale et les opportunités économiques laissaient à chacun, au cours de sa vie, la possibilité de s'élever dans la hiérarchie des revenus et de rejoindre les rangs des plus aisés. Or, "la concentration des patrimoines est en réalité presque aussi forte à l'intérieur de chaque groupe d'âge que pour la population prise dans son ensemble" explique Thomas Piketty [10]. Ici, la statistique confirme l'évidence : nous ne devenons pas chacun à notre tour chirurgien-dentiste ou cadre supérieur, et la progression de carrière comme les augmentations de salaire dues à l'ancienneté ne permettent pas de compenser les écarts de richesse qui séparent les différents groupes sociaux.

Là où le bât blesse, c'est que même la mobilité sociale entre les générations laisse à désirer. Les moins fortunés pourraient peut-être s’accommoder de leur situation, s'ils vivaient avec l'espoir que leurs enfants s'élèvent plus haut qu'eux-mêmes... mais les vertus de l'école comme ascenseur social paraissent bien limitées lorsque l'on considère le poids de l'origine dans la trajectoire professionnelle des uns et des autres : « dans la France d’aujourd’hui, sept enfants de cadres sur dix exercent un emploi d’encadrement quelques années après la fin de leurs études. À l’inverse, sept enfants d’ouvriers sur dix demeurent cantonnés à des emplois d’exécution », pointe le sociologue Camille Peugny.

A la fin de l'adolescence, cette pesanteur sociologique a déjà pleinement produit ses effets : un enfant d'ouvrier a ainsi une probabilité d'obtenir le Bac général deux fois inférieure à un enfant de cadre. Pour comprendre cela il faut avoir en tête que la France dépense, pour ses écoles primaires (par élève et par an) 16 % de moins que la moyenne de l'OCDE. Et les résultats s'en ressentent, puisque notre pays est l'un de ceux où l'origine sociale pèse le plus sur les résultats scolaires. Dès le CE2, on peut constater des probabilités d'échec très variables selon la catégorie socio-professionnelle (CSP) à laquelle appartiennent les parents :

 

Source : Observatoire des Inégalités Source : Observatoire des Inégalités

 

Ce lien entre la situation des parents et le devenir des enfants passe par plusieurs canaux : d'abord, la difficulté à aider ses enfants dans leurs devoirs et à leur transmettre un rapport positif au monde de l'école, lorsque l'on a soi-même été en échec au cours de sa scolarité. Ensuite, un problème évident est le manque de ressources financières pour offrir à ses enfants le soutien et les opportunités d'épanouissement dont ils auraient besoin : cours privés, loisirs artistiques ou intellectuels, etc. Enfin, les enfants des milieux modestes peuvent aussi être impactés par leur environnement large (le quartier et l'école, lorsqu'ils concentrent la pauvreté et les problèmes sociaux) et les conditions matérielles dans lesquelles ils grandissent (appartements trop petits, bruyants, pas d'endroit où faire ses devoirs en toute tranquillité).

Ce poids de l'origine sociale devrait pousser les pouvoirs publics à investir des moyens supplémentaires auprès des populations défavorisées pour aboutir à une véritable égalité des chances, par exemple en réduisant considérablement le nombre d'enfants par classe dans les quartiers pauvres. Elle appelle aussi à mélanger autant que possible les élèves de toutes origines afin de ne pas déboucher sur la création de "ghettos scolaires". Les gouvernements qui se sont succédé jusqu'à présent ont pourtant choisi de ne mettre en œuvre aucune de ces solutions, si ce n'est de manière trop timide pour qu'elles soient véritablement efficaces [11]. En bout de scolarité, ils ont même maintenu un regrettable clivage entre des grandes écoles élitistes et sur-financées, face à des universités sous-dotées qui accueillent la masse des étudiants sans leur offrir la perspective de réels débouchés [12].

A ce tableau déjà peu reluisant, se rajoute la persistance des inégalités de genre : les femmes subissent sur le marché du travail des conditions défavorables par rapport à leurs homologues masculins. Dans le montant des salaires, déjà : à travail égal, une femme touche une rémunération 10 % plus basse que celle des hommes. Mais l'inégalité s'exerce aussi en amont, car les femmes ont une moindre probabilité d'intégrer les filières et les emplois les mieux rémunérés : ainsi, malgré que le niveau d'études de la population féminine ait dépassé celui de la population masculine, les salaires perçus par les femmes restent en moyenne inférieurs de 25 %. Parmi les travailleurs les moins diplômés, les femmes sont plus souvent contraintes d'accepter des emplois à temps partiel (caissière, auxiliaire de vie, etc.) avec le très faible revenu qui en découle. Les trois quarts des travailleurs à temps partiel sont des femmes, et un tiers d'entre elles voudraient travailler plus.

Ce tour d'horizon des inégalités ne serait pas complet sans un aperçu de la discrimination économique subie par les personnes d'origine étrangère. Pour un profil professionnel équivalent, un "Soufiane Aazouz" a trois fois moins de chances de décrocher un entretien d'embauche qu'un "Thomas Lecomte"... c'est ce que montre une étude de l'université d'Evry, basé sur l'envoi de plus de deux mille candidatures fictives à des offres d'emplois qualifiés et peu qualifiés [13]. L'accès au crédit bancaire peut également s'avérer problématique, et représenter une vexation supplémentaire qui réduit les perspectives de réussite de ces populations [14].

Une telle marginalisation économique, doublée bien souvent d'une marginalisation géographique (habiter en banlieue) se révèle particulièrement humiliante pour ceux qui la subissent. Elle exige de la part de ces derniers une certaine force de caractère pour ne pas rejeter en bloc la population majoritaire et ne céder ni à la haine, ni au découragement. Les individus les moins dotés en ressources de tous ordres (notamment psychologiques et familiales) ont tendance à se replier vers les voies de la délinquance, de l'économie illicite ou du communautarisme. Ce faisant, ils renforcent les stéréotypes négatifs déjà installés dans la population majoritaire : ainsi se referme le cercle vicieux de la haine raciale, cette plaie à vif qui met en tension l'ensemble de la société.

 

---------

 

Notre tour d'horizon est à présent terminé, et il nous conduit à une série d'interrogations : quel degré d'inégalité sommes-nous prêts à accepter dans notre société ? Peut-on réduire profondément et durablement les inégalités ? Si oui, par quels moyens ? Ces différentes voies de réflexion seront creusées dans les articles à paraître sur ce blog au cours des prochains mois.

 

A venir :

  • Effort, mérite et inégalité

  • "L'inégalité, c'est bon pour tout le monde"

  • Impôt sur le revenu : l'arbre qui cache la forêt

 

 

 

[1] Les revenus bruts sont tirés de la WID. Le revenu net ne peut pas être calculé précisément tant il diffère selon l'origine des sommes (salaires du secteur privé, salaires du secteur public, revenus immobiliers, loyers fictifs, plus-values financières, etc.) mais une réduction de 20 % a été appliquée sur les sommes brutes afin de donner une estimation du revenu net, plus "parlant" pour chacun d'entre nous que le revenu brut. De ce fait, la valeur indiquée dans ce graphique pour le revenu des classes supérieures est sous-évaluée (à cause d'une moindre taxation, voir explications plus loin dans l'article).

[2] Grâce à l'outil interactif du site revolution-fiscale.fr , auquel j'ai appliqué la même réduction de 20 % pour obtenir le revenu net.

[3] Pour un patrimoine moyen de toute la population évalué à 182 000 €.

[4] Il s'agit alors d'un patrimoine négatif.

[5] Pour les 1 % les plus riches (une personne sur cent, donc) les revenus du capital constituent la moitié de leur revenu total. Pour les 9 % suivants, cette proportion tombe à 1/4. Pour les 90 % restants, soit l'essentiel de la population, les revenus du capital ne représentent généralement qu'un revenu d'appoint.

[6] En moyenne, sur la période 1980-2010. Voir Thomas Piketty, Le Capital au XXIème siècle, 2013, aux éditions du Seuil, p. 714 et suivantes.

[7] A comparer avec le rendement d'un livret A, qui offre actuellement un taux de 0,75 %.

[8] Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques : c'est celui qu'on appelle communément "l'impôt sur le revenu", mais qui n'est en fait que l'un des deux impôts sur le revenu existant en France. L'autre étant la Contribution Sociale Généralisée (CSG), instaurée en 1991 pour contribuer au financement de la Sécurité Sociale.

[9] Les données utilisées pour ce graphique ne concernent que la population des 18-65 ans travaillant à au moins 80 % du plein-temps. Pour la population totale, les calculs donnent des résultats similaires. Voir C. Landais, T. Piketty et E. Saez, Pour une révolution fiscale, 2011, aux éditions du Seuil.

[10] Le capital au XXIème siècle, p. 388. Voir supra.

[11] Par la création des Zones d'Education Prioritaire (ZEP) et l'utilisation de la carte scolaire.

[12] A noter que les moyens alloués par étudiant à l'université sont en baisse constante depuis 2010.

[13] Une autre recherche, menée par Marie-Anne Valfort, a mis en lumière la discrimination extrêmement lourde subie dans leur recherche d'emploi par les hommes dont le nom a une consonance musulmane. A noter que les quelques études de qualité dont nous disposons portent uniquement sur les difficultés rencontrées par les personnes originaires du monde arabo-musulman. Il serait enseignant de les compléter avec des études concernant d'autres populations, par exemple celles issues de l'immigration asiatique ou d'Europe de l'Est.

[14] Bien entendu (et c'est heureux) les facteurs sociologiques ne déterminent pas inflexiblement la destinée des individus, et de nombreux exemples de réussite montrent qu'il est possible de dépasser les difficultés liées à l'origine sociale. De telles "success-story" sont précieuses et utiles dans le sens où elles peuvent entretenir l'espoir et encourager les jeunes issus des classes populaires dans leurs efforts d'ascension sociale. Mais elles peuvent aussi produire des effets pervers lorsqu'elles sont instrumentalisées dans le but de nier les réalités sociologiques, et ainsi de justifier l'absence de volonté politique dans la mise en œuvre de solutions. Ces discours consistent généralement à exalter les thèmes de la volonté et de la responsabilité individuelle : "Quand on veut, on peut. Moi je connais un fils d'ouvriers immigrés qui...".

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.