Blanquer: le ministre qui bugue !

Ça devait se régler en un clic, finalement, c'est un couac qui mériterait des claques. Un gros hic dans l'enseignement numérique. Face au bis repetita du big bug, retour des blagues à gober d'un Blanquer qui va commencer à gamberger.

« Il y a eu des problèmes de tuyaux l’année dernière […] mais c’est totalement anti-patriotique que de nier ce qu’il s’est passé de positif à ce moment-là ». JM BLANQUER, Sénat, 07/04/2021*

Non ! Pas possible ! Pas maintenant ! C'est trop vrai pour être beau. Mardi 6 avril 2021, le matin même du retour de l'enseignement à distance, de la rediffusion de l'École à la maison, de la saison 2 de la continuité pédagogique, la plupart des serveurs numériques étaient défaillants, voire carrément inaccessibles aux nombreux élèves, professeurs et parents venus s'y connecter.

Déjà l'an dernier, pareille mésaventure était survenue, contredisant les déclarations ministérielles comme quoi tout avait été anticipé, notamment un tel afflux. A Poitiers dans les locaux du CNED, JM BLANQUER parlait déjà le 12 mars 2020 d'une marge de manœuvre suffisante pour travailler avec "plusieurs millions de connexions". Et puis patatras. Encore un de ces trucs qui fonctionnent bien tant qu'on ne s'en sert pas. Il faut dire que dans la même interview, il expliquait "Nous n'envisageons pas qu'un jour tous les établissements soient fermés en même temps". Un jour, non, mais le soir même oui, à 20 heures dans l'allocution d'Emmanuel MACRON !

Alors ce matin, aussitôt pris en flagrant délit de récidive, le ministre omnipotent a trouvé quelques vertus à la décentralisation et à la sous-traitance. Qu'on ne s'y trompe pas. Lui n'y est absolument pour rien. Il n'est que Ministre de l'Éducation nationale et seulement depuis quatre ans.

En déplacement dans le XIVe (l'arrondissement parisien, pas le siècle), Jean-Michel BLANQUER a désigné à la vindicte populaire les vrais coupables : « De fait, les collectivités territoriales et les opérateurs n’ont pas su faire face à l’afflux, j’espère qu’ils vont trouver une solution dans la journée ».

Comme si ça ne suffisait pas, le ministre nous apprenait que le CNED était victime d'une cyberattaque, « une opération malveillante […] apparemment venue de l'étranger ». L'histoire bégaie puisque l'an dernier déjà, à la même époque, JM Blanquer se plaignait des hackers russes (Challenges, 29/03/2020). Bizarrement, ni les islamo-gauchistes, ni les réunions non-mixtes ni même les mairies écolos ne semblent dans le coup. Mais l'enquête ne fait que commencer.

En attendant, pour avoir idée de l'insurmontable vague de connexions qui a submergé les serveurs, il faut savoir, nous dit le ministre, que 500.000 élèves et professeurs étaient connectés aux plates-formes à 10h. Sans doute pense-t-il impressionner le gogo avec ce nombre à six chiffres. Comme aime le faire le ministre quand il s'agit de mesurer la propagation de la Covid à l'École, ramenons ça en pourcentage. 500.000 connexions pour 12.352.200 élèves, ça fait tout juste 4 % des connexions potentielles. Heureusement que 96 % des élèves, professeurs et familles avaient prévu de s'en passer.

Avant ce bug à la noix, tout allait pourtant bien pour le ministre qui marche sur l'eau. Dimanche 4 avril, invité sur France Inter, nul n'avait souhaité revenir sur la flagornerie de l'année, celle de JM BLANQUER prêtant au Président de la République les compétences d'un épidémiologiste. Pas de retour non plus sur la question des menus sans viande dans les cantines lyonnaises. Le tribunal administratif de Lyon ayant rejeté les requêtes attaquant ce choix municipal, il a dû sembler évident à tous qu'on n'allait pas commenter une décision de justice.

Dans un esprit de communion auquel seuls les mauvais esprits seraient insensibles, JM BLANQUER avait alors pu expliquer tranquillement que les vaccinations pour les enseignants allaient démarrer à la mi-avril. La tête déjà au gigot d'agneau, pas un seul des quatre journalistes présents ne lui a fait remarquer qu'il avait déjà jugé nécessaire le 3 janvier 2021 (BFMTV), d'effectuer cette vaccination « au mois de mars au plus tard », ajoutant que « le faire avant, ce serait bien ». A Pâques, on cherche des œufs dans le jardin, pas des poux dans la tête de l'invité.

Dès le lendemain, Olivier VÉRAN annonçait sur TF1 que la vaccination des premiers enseignants se ferait d'ici la fin du mois d'avril. Et donc rien de rien pendant les trois semaines de fermeture des établissements. Mais on évitera de trop relever cet énième camouflet infligé à JM BLANQUER, en tout cas pas avec la même énergie que quand il s'agissait de faire du profbashing au printemps dernier.

A ce propos, et pour finir, aujourd'hui recommençait également dans nos écoles l'accueil des enfants de parents prioritaires selon leur profession. Entre l'annonce présidentielle du mercredi soir et la coupure pour trois semaines vendredi soir, il a fallu recenser les besoins (sans même connaître la liste des métiers concernés), choisir quelles écoles allaient servir de centres d'accueil, trouver les enseignants volontaires (cela concerne la semaine de classe à distance, mais aussi les deux semaines de vacances, week-ends compris), transmettre les listes précises (identité, niveau, provenance).

Soudain, des élèves venus de plein d'écoles différentes sont mélangés, sans masques pour les enfants de maternelle, pile au lendemain du week-end de Pâques qui aura souvent été l'occasion de se voir en famille.

Il se trouve pourtant des enseignants volontaires, qui pour beaucoup n'avaient rien vu de la prime promise l'an dernier. Comme tous leurs collègues, ils devaient devenir, d'après le ministre, les professeurs les mieux payés d'Europe. Ces femmes et ces hommes, généralement non-vaccinés, vont donc en toute discrétion remonter au front, en sachant que dans quelques semaines redémarreront les débats en studio et plateau pour savoir s'il n'y aurait pas eu, quand même, quelques profs décrocheurs.

Des sujets autrement plus accrocheurs et racoleurs que d'aller voir concrètement ce qui a été fait depuis un an pour anticiper cette situation (rien !), ou de rappeler que même pendant cette pandémie, la politique de suppression de postes et de fermeture de classes se poursuit. Et pour ce coup bas, malheureusement, aucun bug en vue. 

Sylvain GRANDSERRE
Maître d'école
Auteur de "Un instit ne devrait pas avoir à dire ça !" (coédition ESF / La Classe)

* citation ajoutée le 08/04/2021, comme quoi on peut péter un câble à propos de tuyaux...

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