Quand une réfugiée territoriale est ciblée par les services sociaux

Volontairement laissée en état de précarité par les services sociaux, une réfugiée territoriale est aujourd'hui menacée du placement de son fils par une décision du tribunal pour enfant, alors qu'un médecin atteste qu'il serait très néfaste pour lui de le séparer de sa mère.

 

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En avril 2009, Layla arrive en France, dans la région lyonnaise. Elle est avec son fils, Piétric, qui a tout juste 8 ans, et sa sœur. Ils ont fui la guerre, en Tchétchénie, dans laquelle Layla a perdu son mari. Ils ont l’espoir de trouver, sur notre territoire, une terre d’accueil favorable, sur laquelle ils puissent tenter, malgré le drame et les traumatismes qu’ils ont traversé, de reprendre une vie meilleure et surtout, de pouvoir guérir leurs blessures à l’abri du chaos. La guerre, les bombardements, la mort, la famine et le froid leur semblaient soudain si loin…

Rapidement pourtant, Pietric est pris en grippe par son instituteur, auxquels ses difficultés d’adaptation à la langue française déplaisent fortement. Ses camarades, à l’école, reprennent ce mauvais exemple à leur compte et Piétric se sent mal accepté dans son nouvel environnement scolaire. À la maison, il n’en parle pas. Il trouve du réconfort auprès de sa mère et de sa sœur. Pour rompre leur isolement grandissant, Layla décide d’ailleurs de se rapprocher de Paris, où vivent des membres de leur famille. La situation est difficile, car il faut aux enfants changer d’école aussi souvent que d’hôtel social. Piétric est marginalisé d’une année sur l’autre. Il est toujours le petit nouveau, l’étranger, le solitaire. L’encadrement par les enseignants ne vaut guère mieux que les sarcasmes dont il est l’objet par les autres élèves.

Le prix de la précarité, et de l’immigration, qui vont si souvent de pair à notre époque. Layla sollicite de l’aide, afin que l’on permette à son fils de s’intégrer, mais personne ne réagit et ses demandes sont systématiquement évacuées, jusqu’à ce que les services sociaux, et leur volonté de placer Piétric, s’affichent au grand jour. Une assistante sociale envoie sans plus attendre Layla et son fils dans un CMP (centre médico-psychologique, souvent antichambre d’un placement abusif), en arguant qu’il s’agit de la « procédure habituelle en France ». De là, Piétric est rapidement envoyé à l’hôpital et sa mère se retrouve, du jour au lendemain, sans aucun contact avec lui pendant un mois et dans l’impossibilité de le ramener à la maison. « La procédure habituelle… » L’expression est tout à fait adaptée, c’est celle qui convient lorsqu’on essaie de voler illégalement un enfant à sa mère. Il était finalement assez facile de manipuler une pauvre réfugiée territoriale, peinant à s’exprimer dans notre langue et comprenant mal ce qu’on essayait de lui dire, surtout lorsque cela n’avait aucun sens.

À sa sortie de l’hôpital, Piétric, abruti par les médicaments qui lui ont été prescrit durant son séjour, là encore une constante, est envoyé dans une classe-relais. Le médecin du CMP à l’origine de la manoeuvre se montre désormais agressif et provocateur avec Layla et son fils. Il tente de la faire craquer nerveusement pour obtenir son internement et pouvoir justifier du placement de Pietric. Mais s’il est un garçon solitaire, ce dernier n’est pas pour autant un idiot. Il obtient d’excellents résultats scolaires et son bulletin atteste même qu’il progresse vite. Ce n’est pas pour plaire au médecin, qui orchestre un signalement au motif que Piétric ne s’est pas rendu à l’un de ses rendez-vous fixé sciemment pendant qu’il était en vacances, et demande un placement en urgence pour l’isoler de sa mère. Le tribunal pour enfant s’est bien entendu empressé d’ordonner le placement pour deux ans en violant tous les droits de Piétric et toutes les règles du procès, à commencer par le principe du contradictoire. Piétric est pourtant très attaché à sa mère, comme en atteste un autre médecin qui l’a suivi, et ne se trouve confronté à aucun motif de danger légitime. Ce médecin indique même qu’il serait très néfaste pour lui de le séparer de sa mère. Et pourtant, c’est bien ce que la « justice » a décidé.

Cette affaire, révoltante, est emblématique du ciblage d’un parent par les services sociaux : on a volontairement entretenu Layla pendant quelques temps dans un état de précarité destiné à l’empêcher de s’intégrer, et refusé ses demandes d’assistance jusqu’au moment où elles ont été, avec toute la perversité du système que nous connaissons aujourd’hui, retournées contre elle afin de justifier un placement illégal et illégitime. En tant que réfugiée territoriale, Layla aurait dû bénéficier d’un soutien sans faille des services sociaux et d’un accompagnement suffisant pour lui permettre de trouver sa place et celle de sa famille dans notre société. Tout cela aurait coûté bien moins cher qu’un placement abusif aux contribuables, et rendue à une famille déjà durement éprouvée par la vie un peu de sa dignité, et ce soupçon d’espoir auquel chacun a droit.

Au-delà de l’histoire personnelle de Layla et de ses enfants, voici donc l’image que les complices et les orchestrateurs du placement abusif donnent de la France : celui d’un pays où une réfugiée territoriale fuyant la guerre avec ses enfants, veuve de surcroit, se les fait voler par des services sociaux avides et sans scrupules, avec l’assentiment d’un tribunal complice.

Il y a des jours où le mot honte est largement insuffisant.

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