SYLVAIN MORAILLON
Président de la Ligue française des droits de l'enfant, président de l'Adua, vice-président de Violette Justice
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Billet de blog 7 févr. 2017

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Macron, c'est Giscard version 2017

Nous avons tué Dieu. Nous avons tué l’utopie. Nous avons capitulé face au monde. Et renié la quête d’un sens ou d’un idéal. L’acceptation de tout et du pire a entrainé le renoncement aux lendemains qui chantent, et personne ne chante plus. Ce fatalisme assassin a ouvert la porte à toutes les concussions et tous les dévoiements que l’imagination humaine est capable de produire.

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Dans une époque où, plus que jamais, les peuples ont besoin de retrouver des repères, Emmanuel Macron, lui, a pourtant décidé d’entretenir la confusion des genres et des esprits en se positionnant hors du « champ politique traditionnel ». L’expression en elle-même ne veut rien dire. Le champ politique est toujours traditionnel, composé de milles tendances, souvent opposés, parfois complémentaires, toujours différentes. On ne peut pas prétendre faire de la politique, aspirer aux plus hautes fonctions, et s’afficher en dehors d’un système dont nous sommes par essence même le produit. Le ni de droite ni de gauche n’est rien d’autre qu’un populisme inodore dans lequel s’engouffre le candidat d’une droite qui ne s’assume pas, et ne promet rien sinon le triomphe définitif de la haute finance sur le peuple de France. Le peuple, cet autre gros mot de la gauche, qui nous rappelle quelquefois qu’il y a des classes moyennes, des ouvriers, des artistes, des intellectuels, et même des fonctionnaires dévoués à la bonne marche de nos services publics. Et des jeunes !

L’enfumage ne s’arrête pas là. Emmanuel Macron refuse toujours de publier la liste de ses donateurs. Pourquoi une telle réticence à afficher ses soutiens ? Sans doute parce qu’ils démontreraient sans aucune ambiguité leur proximité idéologique avec ceux de François Fillon, autre candidat anti-système, autre candidat de la rupture, nourri par les mêmes oligarchies et l’argent public, abondamment, et qui ne sont, elles, ni de gauche ni de gauche.

L’absence de repères, la perte de valeurs, la défiance envers l’aspiration républicaine et politique, entrainent de facto les populismes, les communautarismes, le repli sur soi, et donc les extrémismes. On peut évidemment comprendre que chacun ait une ambition, mais alors, lorsqu’on veut prendre la place du chef, les intentions doivent être déclarées.

Si c’est flou, c’est qu’il y a un loup.

L’ancien de Rothschild est l’ami de la finance et des grands patrons, de droite comme de gauche d’ailleurs - tant que l’argent est là, tout va. Mais c’est justement ce « système » que les français rejettent aujourd’hui, et la raison pour laquelle ils se déportent dangereusement vers les extrêmes. Les rois du marketing et de la communication ont senti le vent tourné avant les candidats : la thématique anti système est porteuse, il faut surfer dessus. Et d’un seul coup l’inversion des valeurs atteint son paroxysme : ceux qui en sont les plus emblématiques s’érigent désormais en contre-pouvoir du système, prêts à nous faire croire, la main sur le coeur, pour prendre la place, qu’une aspiration altermondialiste a soudain envahi leur réflexion. C’est évidemment une imposture.

Après avoir trahi la gauche et l’avoir divisée, Macron fait aujourd’hui le jeu de Marine Le Pen, car c’est à elle que profite la mascarade. Si Fillon est le candidat de la droite et du centre, Macron, lui, est le candidat de la droite centriste pour laquelle le concept de social-démocratie se résume à enrichir davantage encore ceux qui n’ont plus besoin de l’être au détriment de ceux qui parviennent de moins en moins à tirer bénéfice de leur travail, ou plus radicalement, à travailler.  Macron, c’est Giscard, version 2017.

La France d’aujourd’hui a besoin de savoir où elle va, mais surtout, avec qui. Les trois premiers candidats actuellement favoris des sondages sont en délicatesse avec les affaires d’argent : Marine Le Pen est l’objet d’une saisie sur salaire par le Parlement européen parce qu’elle a rémunéré des cadres du Front national avec son enveloppe de députée et refusé de rembourser, François Fillon parce qu’il a grassement rémunéré les membres de sa famille avec la sienne tout en exigeant des années durant des français qu’ils fassent encore de nombreux sacrifices, Emmanuel Macron parce qu’il est rattrapé par le fisc pour fraude fiscale. Rien d’étonnant, du reste, pour quelqu’un qui souhaite supprimer l’ISF.

S’il y a un seul sujet à l’heure actuelle qui soit au-delà des partis et des préférences politiques partisanes, c’est celui de la transparence. Les électeurs ne veulent plus ni mensonges ni hypocrisie. La vieille politique, celle de l’entre-soi et des compromissions, a fait son temps. L’argent public doit servir l’intérêt général, et chaque citoyen est sensible à l’utilisation qui en est faite dans un contexte socio-économique asphyxié par la main-mise d’une poignée de privilégiés sur les richesses globales.

« Un bulletin de vote est plus fort qu’une balle de fusil », a dit Abraham Lincoln. Peut-être. Le seul problème, c’est qu’il faut viser juste.

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