SYLVAIN MORAILLON
Président de la Ligue française des droits de l'enfant, président de l'Adua, vice-président de Violette Justice
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Billet de blog 23 févr. 2017

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FINANCER LE REVENU UNIVERSEL

Impossible ? Pas si l’on veut !

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

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Les citoyens sont encore nombreux à croire que le revenu universel relève de l’utopie, et qu’il n’est pas finançable. Rien n’est moins vrai. Et c’est justement parce qu’il est possible à mettre en œuvre qu’il soulève tant d’oppositions. Cette nouvelle protection sociale implique en effet de nombreux changements dans la gestion des affaires et des deniers publics, et surtout, oblige à opérer une refonte globale dans notre système de redistributions des richesses, dont la défaillance est aujourd’hui incontestable. 

Le revenu universel s’accompagne ainsi de multiples mesures, parallèles, corollaires, indispensables, et qui répondent aux aspirations collectives, celles du plus grand nombre, ceux qui, justement, font la richesse d’une nation, et qui souffrent depuis trop longtemps de nos politiques d’austérité parfaitement stériles et suicidaires. Parmi les nombreuses pistes de financement déjà explorées, certaines paraissent évidentes, incontournables, comme le levier fiscal. Il est à noter que l’injection dans l’économie réelle du revenu universel permet, pour une partie non négligeable, son autofinancement à travers la TVA et la CSG, mais également, par incidence directe, les impôts sur le revenu.

La lutte contre la fraude fiscale, aujourd’hui estimée à 80 milliards d’euros en France, devient dès lors une priorité des politiques publiques. De même, la lutte contre la fraude institutionnelle, dont le coût est considérable mais n’a jamais été chiffré réellement, est une source d’apport qu’il faut prendre en compte. Ainsi, les milliards d’euros détournés dans le cadre des placements abusifs permettraient également de participer au financement. À l’évidence, la démarche impose de lutter efficacement contre la corruption, qu’elle soit d’ordre privée ou institutionnelle. Ce faisant, les sommes colossales récupérées et réinjectées dans le circuit par les dépenses des particuliers augmenteraient d’autant la capacité d’autofinancement du revenu universel. D’autres leviers fiscaux existent, plus complexes mais non moins efficaces : plafonnement ou réallocation de certaines niches fiscales, augmentation des impôts sur le patrimoine (pincipale source d'injustice), fiscalité écologique (encore à inventer), réduction du taux marginal d’imposition sur les bas salaires, individualisation totale de l’impôt sur le revenu (que, définitivement, ceux qui gagnent plus, paient plus, sans pouvoir échapper systématiquement par des stratagèmes plus ou moins légaux à l'impôt)…

Dans tous les cas de figure, la mise en place du revenu universel s’accompagne d’une nouvelle éthique républicaine mettant fin à la fraude fiscale et au détournement d’argent public. Elle oblige dans le même temps à faire la chasse au gaspillage financier dans les politiques publiques, tant à l’échelle des départements que des régions, ou du développement international.

Naturellement, une augmentation sensible de la taxe sur les transactions financières et une véritable taxe sur les revenus de la spéculation boursière constituent un socle massif. Là encore, seule la volonté politique peut faire la différence, face aux diktats de la mondialisation sauvage.

Enfin, une taxe « au clic » imposée aux GAFA, même minime, dégagerait aussitôt des sommes telles que toute discussion sur les possibilités de financement du revenu universel deviendrait caduque. Il est en exactement de même de l’idée d’une taxation des robots, portée par Benoit Hamon et soutenue, notamment, par Bill Gates.

Ce n’est donc pas une question d’argent, car ce dernier coule à flots : jamais la masse monétaire n’a été aussi importante qu’à notre époque. Il ne profite pourtant qu’à une poignée de privilégiés, hermétiques à toute idée de redistribution et s’efforçant de bloquer toute initiative en ce sens. Mais le revenu universel est aujourd’hui une nécessité sociale, comme le reconnaît le FMI lui-même.

Le financer relève d’un changement de modèle social et politique, pas de moyens financiers. Il suffit de prendre l’argent là où il est.

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