SYLVAIN MORAILLON
Président de la Ligue française des droits de l'enfant, président de l'Adua, vice-président de Violette Justice
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Billet de blog 27 févr. 2015

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LES ENFOIRÉS, DES ENFANTS DE COEUR

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Le problème des Restos du cœur, c’est qu’ils sont devenus une institution.
Et comme toutes les institutions, ils s’exposent aux critiques, aux dérives, aux aléas d’un amour médiatique purement dicté par la volonté populaire. Une ancienne histoire de détournement de fonds par l’un des responsables, la défection de Yannick Noah, choqué par le traitement de stars coûteux accordés aux membres de la troupe,  et celle de Renaud, déçu par ce « grand cirque » sans doute très différent de ce que Coluche imaginait.

L’une des rançons du succès, c’est justement qu’une affaire de cœur et d’humanité doive se transformer, système oblige, en une société capitaliste hybride, contrainte d’engranger toujours plus d’argent pour continuer à faire tourner la machine. Certains ne manquent pas, d’ailleurs, de dénoncer la lutte à mort entre les artistes eux-mêmes pour savoir qui participera, ou ne participera pas, à la prochaine tournée. Mais quand bien même les Enfoirés ne seraient pas des enfants de chœur, ce qu’il faut prendre en compte, c’est ce que les Restos continuent, malgré l’évolution de la société et celle de leur propre association, d’apporter aux pauvres gens. Car c’est bien d’eux qu’il s’agit, les pauvres gens.

Autrefois, il y avait la soupe populaire, aujourd’hui, il y a les Restos.

Un million de personnes accueillies, 130 000 000 de repas distribués, 40 000 bébés pris en charge. Ateliers d’insertion, logements, contrats aidés, microcrédits, premiers départs en vacances, la liste des actions, concrètes, réelles, est longue. Avec des chiffres aussi vertigineux, on peut comprendre que l’organisation doive désormais être régie comme une entreprise. Mais c’est une entreprise sociale, celle de l’humanité partagée. À l’évidence, Jean-Jacques Goldman était mieux inspiré dans les années 80 : « Aujourd’hui, on n’a plus le droit, ni d’avoir faim ni d’avoir froid… » À l’évidence, « Toute une vie » est un texte maladroit, aux intentions mal comprises. Mais c’est dans le plus pur style de Goldman, qui a, toute sa carrière durant, écrit quelques chansons qui auraient nécessité certaines explications de textes pour être réellement bien comprises. Pour autant, on ne peut douter de la sincérité de son engagement auprès des Restos. La réaction des jeunes générations est quant à elle tout aussi compréhensible : violente, à chaud, irréfléchie et révoltée, ce qui est le propre de la jeunesse. En ce sens, parler de « malentendu », plutôt que de maladresse, serait plus approprié, surtout au sujet d’une chanson.

Il serait tragique, pour tous ces pauvres gens, que "Toute une vie" porte préjudice à l’image des Restos et rendent les nouvelles générations réticentes à donner. Sans tous ces dons, des centaines de milliers de gens ne pourraient plus manger, ni se loger, ni trouver cette chaleur humaine qu’on leur réserve, bénévolement, dans les lieux d’accueil. Et rendons hommage à tous les artistes qui leur permettent encore d’exister. Les Restos du cœur ne sont pas qu’un album, ou un single. Ce sont des vies humaines, et des enfants dont les yeux s’illuminent lorsque pour la première fois de leur vie, grâce à eux, ils peuvent partir en vacances. Ce sont aussi des artistes qui, quoiqu'on en dise, s'engagent. Et tout ça, c'est un sacré coup de poing dans la gueule du chacun pour soi. 

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