SYLVAIN MORAILLON
Président de la Ligue française des droits de l'enfant, président de l'Adua, vice-président de Violette Justice
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Billet de blog 27 avr. 2017

SYLVAIN MORAILLON
Président de la Ligue française des droits de l'enfant, président de l'Adua, vice-président de Violette Justice
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CESSONS DE DONNER DES VOIX AU FRONT NATIONAL !

Chaque fois que nous abandonnons un centimètre carré du terrain républicain, nous donnons des voix au Front National.

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Illustration 1

 Chaque fois que nous sacrifions nos services publics au nom de la réduction des dépenses publiques,

Chaque fois que nous réduisons la qualité de notre éducation, de nos établissements et de nos programmes scolaires,

Chaque fois que nous réduisons le pouvoir d’achat, les feuilles de paie, les prestations sociales, l’accès au soin et à la culture,

Chaque fois que nous appauvrissons et délaissons les territoires ruraux, les paysans, les chômeurs, les classes moyennes, les artistes,

Chaque fois que nous sommes incapables d’expliquer l’Europe,

Chaque fois que nous méprisons les couches les plus défavorisées de notre population en les ignorant, et en les maltraitant institutionnellement,

Chaque fois que nous détournons les yeux pour ne pas voir qu’un profond dégoût s’empare des hommes et des femmes de ce pays face à l’étalement indécent des richesses d’une poignée de privilégiés cyniques et sans scrupules,

Chaque fois que nous faisons preuve d’un laxisme intolérable face à la corruption endémique qui gangrène la France en appauvrissant toujours davantage tous ceux qui n’appartiennent à aucun cercle de pouvoir, culturel, politique ou financier,

Chaque fois que nous refusons l’asile à un lanceur d’alerte ou que tous les moyens sont mis en œuvre pour le détruire socialement et psychologiquement,

Chaque fois que nous permettons à un juge de violer la loi, ou à un policier de commettre un abus, sans que jamais aucune sanction n’intervienne,

Chaque fois que nous laissons violer les droits des citoyens par ceux qui sont censés les faire respecter ou appliquer,

Chaque fois que nous nions les droits de nos propres enfants,

Chaque fois que nous laissons un pédophile notoire exercer des responsabilités,

Chaque fois que nous laissons l’aide sociale à l’enfance détruire les familles, les parents, les enfants, sans rétablir une situation pourtant barbare ni mettre un terme aux placements abusifs,

Chaque fois que nous condamnons un père ou une mère à ne plus voir ses enfants,

Chaque fois que nous refusons d’entendre la gronde, la souffrance, les rancœurs, les doléances et les aspirations de nos concitoyens,

Chaque fois que nous n’écoutons pas le désespoir,

Chaque fois que nous nous abstenons de répondre aux questions dérangeantes qui interrogent les français,

Chaque fois que nous laissons l’omerta s’installer sur les sujets cruciaux,

Chaque fois que nous étouffons les affaires au lieu de condamner les responsables, 

Chaque fois que nous protégeons les coupables en condamnant les victimes,

Chaque fois que nous désinformons,

Chaque fois que nous laissons l’impunité sévir,

Chaque fois que nous instrumentalisons la justice,

Chaque fois que nous laissons se commettre une injustice,

Chaque fois que nous abandonnons aux réseaux parallèles le terrain de la République et de la démocratie,

Chaque fois que nous alimentons la peur de l’autre, en dévoyant la laïcité, en brandissant les communautarismes, en déblatérant sur l’immigration,

Chaque fois que nous confondons la colère avec le racisme, le dégoût avec le fascisme, la misère avec l’idéologie,

Chaque fois que nous réfutons la démocratie en décidant à la place du peuple et sans le consulter, ni lui laisser le choix,

Chaque fois que nous abrutissons les masses, par la télévision, la presse à scandale, le cinéma,

Chaque fois que nous mentons à la République,

Chaque fois, nous donnons des voix au Front national.

Oui, nous sommes responsables. De n’avoir pas écouté, pendant des décennies. D’avoir entretenu la confusion dans les discours politiques. De n’avoir pas pris les bonnes décisions dans l’intérêt des français. De n’avoir pas su, pas voulu, ni écouter, ni entendre, ni agir.

Le paradoxe effrayant auquel nous renvoie ce manque de clairvoyance est pourtant redoutablement limpide : car le Front national au pouvoir érigerait officiellement en système tout ce qui conduit ses électeurs à se détourner des autres politiques. Tout ce qu’ils rejettent, tout ce qui les écœure, le spectacle désolant d’une démocratie de façade agonisante, aux mains d’une aristocratie décadente et dans l’entre soi, toute cette tragédie, pathétique et burlesque, deviendrait leur quotidien, en leur ôtant jusqu’au droit à la contestation.

Cessons de donner des voix au Front national : c’est si simple, il suffit de refaire de la politique !

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

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