SYLVAIN MORAILLON
Président de la Ligue française des droits de l'enfant, président de l'Adua, vice-président de Violette Justice
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Billet de blog 29 mars 2017

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DU VOTE UTILE ET DE L’ENFUMAGE

Pourquoi voter Emmanuel Macron est un suicide républicain.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Illustration 1

La vieille aristocratie politique qui s’accroche au pouvoir tente de persuader nos concitoyens que le vote utile serait le vote en faveur d’E. Macron, ceci au prétexte qu’il serait le seul à pouvoir empêcher une victoire du Front National.

Rien n’est plus faux, plus mensonger, plus hypocrite. Rien n’est plus dangereux, car bien au contraire, le résultat sera exactement l’inverse, pour plusieurs raisons.

La première, c’est que tous ceux qui, aujourd’hui, rallient le candidat de la droite qui ne s’avoue pas franchement ou refuse, par stratégie populiste, de se reconnaître comme tel, sont également ceux qui ont favorisé durablement l’ascension de Marine Le Pen et de son parti dans le paysage politique français, en niant les aspirations citoyennes et les revendications populaires. Les mêmes ont ainsi défendu les postulats néolibéraux qui nous ont conduit  aux multiples souffrances de l’austérité, du chômage, de la désespérance et, pour les mieux lotis, du travail subi. Qu’ils soient de droite, ou prétendument de gauche, les ralliés n’ont guère d’autres valeurs à défendre que leurs propres carrières, leurs fauteuils, leurs amis du Medef, lobbistes et consorts. C’est bien sûr une honte républicaine, que le choix des urnes soient à ce point méprisé, que le citoyen, se dressant contre la loi travail, soit rabroué à coup de 49.3 ; c’est aussi un mépris total pour toute la gauche, élus, militants ou sympathisants, dont le sentiment de trahison, face à l’attitude indigne de Manuel Valls, atteint son apogée.

La seconde raison, tout aussi évidente, c’est que l’expression citoyenne a, massivement, rejeté la politique de François Hollande, qui, lui au moins, a eu la hauteur de vue de se retirer de l’échiquier à un moment critique de notre histoire. Quel que soit le bilan que l’on puisse tirer de son quinquennat et ses réussites, masquées par des trahisons trop nombreuses, le mécontentement a pris des proportions inégalées dans la Vème République agonisante. Certaines approches de la société, comme la loi travail ou la déchéance de nationalité, ont heurté les français dans leurs convictions profondes. C’est toute une nation qui s’est sentie reniée, ignorée, manipulée. N’en déplaise à tous ces réactionnaires d’un autre âge, notre système reste fondé sur le principe démocratique et personne ne peut, décemment, balayer d'un revers de main la volonté de l’expression populaire à ce point sans faire le lit des extrêmes et des populismes de tous bords.

Or, Emmanuel Macron, à l’évidence, ne fera que poursuivre, en plus accentuée, la politique de François Hollande. Ce faisant, il créera, dans les années à venir,  s’il est élu, encore plus de défiance vis-à-vis de la politique, encore plus d’insatisfaction, encore plus de colère dans les couches populaires. Cet homme, à l’origine de la loi travail si violemment rejetée par les français et la gauche elle-même, pense d’ailleurs qu’il faut aller plus loin dans la déconstruction du code du travail et la dérégulation des marchés. C’est le triomphe du néolibéralisme et de la finance, toujours plus de précarité, toujours plus de pauvreté, toujours plus de travail subi. Ce serait un nouveau pouvoir giscardien offert aux oligarques qui nous ont imposé l’austérité et conduit à l’échec, aux patrons des trusts médiatico-culturels, aux banquiers. L’argent à ceux qui l’ont déjà, les miettes empoisonnées pour les autres. Cette politique qui fait que, aujourd’hui, en France, le Front national est devenu la première force politique d'un pays à la dérive.

Alors, oui, au bout de 5 ans, après Macron, Marine Le Pen s’installera à la présidence de la République : lorsque rien ne change, tout s'aggrave. 

La théorie du vote utile est un enfumage, extrêmement dangereux, porté par les réflexions à court terme d’une poignée d’arrivistes pédants dont la seule question est la place qu’ils occuperont au sein du futur gouvernement au lendemain du 7 mai.  Et qui se soucient peu de leurs concitoyens, de leurs enfants, et de la France.

Que les électeurs ne se laissent pas berner : le seul vote utile dans cette élection, c’est le vote de conviction.

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