SYLVAIN MORAILLON
Président de la Ligue française des droits de l'enfant, président de l'Adua, vice-président de Violette Justice
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Billet de blog 31 déc. 2016

Le revenu universel, une révolution sociale et pacifique

Benoit Hamon, député PS des Yvelines, défend dans sa campagne pour les primaires citoyennes le revenu universel. De plus en plus populaire, le projet semble susciter encore quelques incompréhensions. Pourtant, il est aujourd’hui la seule réponse crédible et cohérente aux profondes mutations dont souffre aujourd’hui notre modèle social.

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Le revenu universel est un droit associé à la personne, sans condition de ressources ni obligation relative à l’exercice d’une quelconque activité professionnelle. En d’autres termes, tout citoyen y a droit par le simple fait de sa naissance, et selon les modalités déterminées pour sa mise en place, à sa majorité. Il est parfois appelé « revenu de base », et son principe d’application a déjà été ou est actuellement testé dans différents pays, au Canada, en Inde, en Alaska ou encore, plus récemment, en Finlande.  Il se cumule avec les autres ressources issues du travail de chacun.

Ce n’est pas une simple utopie, mais une véritable révolution sociale, humaniste et pacifique, qui change radicalement notre façon de voir le monde et d’y participer.

Nous sommes depuis toujours bercé dans l’illusion que le droit à une vie décente, et à la vie tout court, in fine, dépendrait de notre seule capacité à travailler dur, et d’arrache-pied, afin de mériter une réussite exemplaire. Nos talents et nos compétences détermineraient ainsi nos futures conditions d’existence, laissant sur le carreau tous ceux qui, par défaut d’intelligence, manque de connaissances ou simple fainéantise, ne parviendraient pas à se hisser à la hauteur des cadres ou des ingénieurs, des chefs d’entreprise ou des grandes fortunes bâties par les génies de l’ambition. Cette conception, pour réductrice qu’elle soit, est pourtant celle qui a fondé notre système depuis l’aube des temps, réduisant le pauvre à l’état d’esclave du riche, puis soumettant le travailleur à la toute-puissance de son patron. Au cours du dernier siècle, les acquis du droit du travail, qui sont principalement l’œuvre de la gauche, ont certes changé la donne en protégeant les actifs de l’arbitraire et en multipliant les avantages liés au salariat. Malheureusement, et au-delà même du difficile combat pour tenter de maintenir, peu ou prou, la protection sociale et les droits des salariés, cette dernière décennie a fait vaciller le monde tel que nous le connaissions, en plongeant dans une nouvelle forme de misère des centaines de millions d’individus à travers la planète. C’est l’échec d’un modèle, par trop soumis aux puissances de l’argent et de la finance, capables d’infléchir les politiques économiques et sociales des plus grandes nations. Un monde où la raréfaction du travail, créée ex nihilo par les souverains du capitalisme qui pouvaient l'offrir pour réduire ses coûts, l’a transformé en privilège au bénéfice de ceux qui en accepteraient jusqu’aux contraintes les plus humiliantes. Travailler toujours plus pour gagner toujours moins et se taire malgré les abus, les régressions, l’inacceptable. La société des loisirs, à laquelle on aurait pu aspirer à la fin des années 80, est morte avant d’être née. La suite ne fut qu’une succession d’autoritarisme financier et de politiques d’austérités conduites par les lobbies, les places boursières et naturellement les banques, qui se sont emparés d’un pouvoir total sur le monde actuel, certaines n’hésitant pas à provoquer des conflits pour créer de l’endettement, et donc de l’argent, de l’argent à n’en plus finir, bien caché, et sans rien redistribuer. Le cynisme a triomphé du XXième siècle. Après la disparition de la pensée unique, artefact démodé, le mépris oligarchique des couches populaires et des classes moyennes a pris une telle ampleur qu’il a exacerbé les divisions entre les unes et les autres.

La pauvreté s’étend aujourd’hui dans presque tous les pays occidentaux, générant une remontée des extrêmes particulièrement angoissante. Au bord de la révolution, de nombreux peuples, victimes d’injustice, de renoncement et d’austérité depuis trop longtemps, fourbissent leurs armes ou s’apprêtent à sombrer dans les fascismes ancestraux dont on connaît les  obsessions et le bilan historique.

Qu’en est-il donc de notre droit à la vie ? Où est-il écrit qu’il faille mourir de faim, ou de froid, ou d’une maladie quelconque, parce que l’on n’a pas d’argent pour se nourrir, se loger, se soigner ? Quel principe intangible guide ainsi nos sociétés depuis tant de ces siècles ratés ? L’idée qu’il faille de l’argent pour vivre est-elle, une fois pour toute, moralement acceptable ?

À défaut de réponse, le pragmatisme politique implique d’instaurer le revenu universel comme outil de redéfinition du contrat social. Que chacun soit enfin libre de vivre sa vie comme il l’entend. Comme l’écrit Jacques Marseille, c’est« un pari sur l'intérêt et la nature humaine pour tous ceux qui pensent au contraire qu'un individu préférera toujours cumuler ce revenu à un autre salaire, surtout quand ce salaire correspondra à un travail qu'il aura librement choisi ». La proposition de Benoit Hamon modifie notre rapport au travail. Si nos moyens d’existence n’en dépendent plus en totalité, alors nous pouvons réfléchir à ce que vous voulons vraiment faire, à ce que nous aimons vraiment faire. Et pouvoir réfléchir,  c’est déjà tout changer, sur un nouveau chemin, plus prometteur. Nous pouvons construire un projet de vie qui exprime ce que nous sommes en réalité, et par conséquent, être bien plus utiles à tous. Le candidat aux primaires citoyennes, qui en a pour l’instant fixé le seuil à 750 €, définit lui-même le revenu universel comme un "outil d'émancipation individuelle", "distribué à chaque citoyen majeur sur une base individuelle, sans contrôle des ressources ni contrepartie".

C’est aussi une manière de revaloriser les activités bénévoles, associatives, humanitaires, de millions de citoyens qui s’impliquent, sans aucune reconnaissance dans la société civile, et parfois au prix d’incroyables sacrifices, pour aider leurs semblables. C’est également ne plus dépendre totalement d’un contexte socio-économique fluctuant et incertain pour assurer ses besoins essentiels. En  somme, le revenu universel est un outil de libération des énergies et de redynamisation de la société. D’une société rénovée sur la base de ce qui doit avant tout la composer, son humanité, et qui réintègre tant et tant de gens qui en sont exclus alors qu’ils la servent parfois : de nombreux citoyens ne peuvent ainsi même pas prétendre au RSA, ou sont exclus de tout système de droits pour de vagues raisons administratives, plus ou moins justifiables.  

L’idée est très ancienne. Selon Eduardo Suplicy, sénateur brésilien, elle remonterait au moins à Thomas More et a déjà une longue histoire intellectuelle. De nombreux prix Nobel – d’économie - s’y sont montrés favorables : M. Allais, J. Tobin, H. Simon, R. Solow … De nombreuses et très sérieuses pistes de financement existent, et n’exigent pour l’essentiel qu’une redistribution des ressources enfin plus équitable dans l’intérêt de tous, à travers la fiscalité par exemple, mais aussi la lutte contre l’évasion fiscale, à laquelle il serait sans doute nécessaire d’ajouter la fraude institutionnelle.

Le député PS résume parfaitement son projet et la vision de société qui en découle : « La valeur d'un individu et son droit à la dignité ne seraient plus indexés sur sa contribution au PIB. » L’idée fait son chemin, rapidement, mais elle aura besoin d’un soutien populaire massif pour vaincre les oppositions de ceux qui considèrent l’égalité et la justice sociale comme une vulgaire atteinte à leurs privilèges.

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