COVID-19 - Vexation Physiologique?

Quand finalement il sortit de sa petite maison sous un magnifique soleil de printemps, il comprit qu’il fallait protéger la planète et les animaux avec le plus grand soin ; qu’il fallait lâcher prise et accepter de ne pas tout contrôler, et enfin qu’il resterait mortel pendant encore longtemps et que c’était bien ainsi.

Dans un court article écrit à la fin de l’année 1916, Une Difficulté de la Psychanalyse, Sigmund Freud introduisit « les trois atteintes portées au narcissisme humain ».

En premier lieu et par ordre chronologique, la Vexation Cosmique, qui selon lui apparût lorsque l’homme comprit (grâce ou à cause de Copernic) que « son lieu de résidence », la terre, n’était pas située au centre de l’univers et qu’elle n’avait donc pas le rôle central qui « s’accordait avec son penchant à se ressentir comme le maître du monde ». Inutile de rappeler le traumatisme que provoqua cette nouvelle vérité.

Puis une Vexation Biologique, lorsque Darwin énonça que l’homme n’était ni plus ni moins qu’un animal comme les autres, alors qu’il se considérait jusqu’alors comme un être « à part ».

Enfin une Vexation Psychologique lorsque la théorie psychanalytique expliqua aux êtres humains que leur psyché ne correspondait que partiellement avec ce dont ils « étaient conscients », que des forces invisibles agissaient en concordance ou en opposition avec leur « moi conscient », en d’autres termes que leur « moi n’était pas maître à bord dans sa propre maison ».

Triplement blessé dans son amour propre, l’homme eu recours de manière exagérée à la technique, au feu sacré offert par Prométhée, essayant de démontrer au passage qu’il restait un animal à part, celui qui possédait la technique. Il se berça alors au cours du 19ième et du 20ième siècle avec l’illusion qu’il pouvait grâce à la médecine, aux vaccins, aux antibiotiques, aux chimiothérapies, aux radiothérapies…dominer le fonctionnement interne de ses organes. Reconnaissons qu’il obtint des résultats probants.

Chemin faisant, et grâce à l’intelligence artificielle, à la cybernétique, aux réseaux neuronaux, aux ordinateurs quantiques et toutes autres inventions extraordinaires, des voix s’élevèrent pour prédire que l’homme deviendrait bientôt immortel. Un homme en route vers une enveloppe corporelle inorganique l’autorisant à s’émanciper de son destin funeste. Restait à régler quelques détails comme le téléchargement de l’esprit (mind uploading) une technique en devenir permettant de transférer un esprit et sa mémoire d'un cerveau à un ordinateur, en l'ayant numérisé au préalable. Mais globalement l’affaire étaient entendue. Une date avait même été avancée, on parlait de 2045.

Et puis COVID-19 est arrivé, sans s'presser, sans son cheval et sans son grand chapeau. La médecine n’y put rien, ni l’intelligence artificielle. Alors une nouvelle fois l’ego meurtrie, l’homme se recroquevilla sans sa petite coquille, il se confina pendant des semaines et des semaines. On aurait dit qu’il boudait, tel un petit garçon capricieux à qui on avait refusé quelque chose. Il était en proie à une quatrième vexation, que nous pourrions nommer Physiologique. Ses rêves d’immortalité s’ébranlèrent. Il comprit que la mort ne s’était pas éteinte. Il avait essayé de la cacher, de la dissimuler ; de la faire « disparaître socialement » comme le décrit Philippe Ariès dans son essais sur l’histoire de la mort en occident ; mais elle étaient encore là, bien vivante.

Quand finalement il sortit de sa petite maison sous un magnifique soleil de printemps, il comprit qu’il fallait protéger la planète et les animaux avec le plus grand soin ; qu’il fallait lâcher prise et accepter de ne pas tout contrôler, et enfin qu’il resterait mortel pendant encore longtemps et que c’était bien ainsi.  

On a le droit de rêver, non ?

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