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Billet de blog 16 déc. 2021

Olympe de Gouges par Béatrice Daël, éditrice de ses oeuvres complètes

Féministe, dramaturge, philosophe et pamphlétaire, Olympe de Gouges refuse de quitter l'arène politique quand les plus à gauche des Révolutionnaires en chassent les femmes. Autodidacte, elle commence à écrire à 35 ans environ. Son œuvre est loin de se limiter à la fameuse Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, rappelle son éditrice, et son premier engagement fut contre l'esclavage.

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Portrait d'Olympe de Gouges d'après Alexandre Kucharski (1741-1819), collection particulière, droits réservés

Olympe de Gouges 1748-1793, une œuvre, un destin

Personne mieux qu’Olympe de Gouges ne mérite qu’on se penche sur son œuvre, son art du langage, sa philosophie politique et morale, sa conception novatrice du théâtre, la qualité de ses interventions de pamphlétaire.

À son époque, le mot anti-féminisme n’existait pas plus que celui de féminisme. Il définit pourtant exactement le mal dont souffrait la moitié de l’humanité, en particulier certaines personnalités exceptionnelles, Olympe de Gouges au premier chef.

Née à Montauban au milieu du XVIIIe siècle, Olympe de Gouges est pour l’état civil la fille d’un boucher de la rue Fraîche ; mais elle se sait la fille d’un des principaux personnages de la ville, gloire nationale, le poète Lefranc de Pompignan, qui l’accueillit chez lui jusqu’à l’âge de cinq ou six ans, avant de la rejeter sous la pression familiale. Cela détermine son choix de consacrer sa vie à lutter contre ce qu’elle nomme souvent dans ses textes : « le préjugé ». Mariée contre son gré à dix-sept ans, elle se retrouve veuve à dix-neuf, et ne tarde pas à rejoindre sa sœur à Paris, en compagnie de son fils, qu’elle éduquera avec passion. Elle pénètre dans les milieux littéraires et commence à écrire vers 1783.

Elle se consacre intégralement à l’écriture : théâtre, romans, essais, pamphlets. Sa fulgurante production se développe au rythme de la Révolution.

Elle aborde de front les problèmes de société les plus fondamentaux, avec un courage qui nous étonne encore. Son premier engagement sera, dès 1783, contre l’esclavage. Elle propose à la Comédie française sa pièce L’esclavage des Noirs ou l’heureux naufrage. Les comédiens avaient accepté de la jouer, mais une cabale menée par les négriers met fin aux représentations. D’autres pièces suivront.

Le premier tome de ses œuvres complètes regroupe celles de ses pièces qui ont été retrouvées. Elle fut une dramaturge inspirée, qui fit la liaison entre le théâtre du XVIIIe siècle (Beaumarchais) et le théâtre romantique (Musset). Œuvre charnière qui ouvre les perspectives théâtrales du XIXe siècle, et aussi du XXe. On a pu y reconnaître les prémisses de la dramaturgie brechtienne. Plus encore, à côté de pièces à l’intrigue savamment construite, elle a su aussi créer un théâtre sans intrigue, tel celui d'auteurs et autrices d'aujourd'hui.

Philosophe, elle s’interroge sur la nature du pouvoir, sur la structure d’une nation, sur la souveraineté des citoyen·nes. C’est le sens des essais et récits du deuxième volume de ses œuvres complètes, et notamment de son grand roman, Le prince philosophe

Elle est célèbre par ses prises de position, et surtout par sa Déclaration des droits de la Femme et de la Citoyenne, qui en fait l’une des premières féministes françaises engagées dans l’action politique. Ce texte reste d’une parfaite actualité : elle y réclame pour les femmes les mêmes droits que ceux qui sont accordés aux hommes, tous, y compris politiques et militaires.

Il y a déjà dans sa pensée la notion de parité. Elle a d’ailleurs consacré à ce thème une de ses plus belle comédies, Le philosophe corrigé, dans lequel elle s’en prend subtilement à la philosophie de son temps : la philosophie des Lumières, par trop unilatérale, sur laquelle s’est fondée la République une et indivisible. Elle plaide pour un dialogue des sexes, condition de toute véritable morale, de tout art de vivre, de toute société.

Les pamphlets qu’elle placardait sur les murs de Paris ont perdu leur actualité immédiate, mais leur intérêt subsiste grâce à l’éclat et l’énergie d’un style déjà romantique. Sa passion pour la politique et son engagement s’affirment sous sa plume.

Il est temps d’en finir avec les calomnies dont elle a été accablée. La misogynie révolutionnaire s’est perpétuée deux siècles durant contre celle qui était digne du plus grand respect, et dont la destinée flamboyante est pleine d’enseignements.

Elle doit être replacée dans la lignée des plus illustres écrivaines : avant elle Christine de Pizan, Louise Labbé, Madame de Sévigné, Madame de la Lafayette, et après elle Madame de Staël, George Sand, Colette, Simone de Beauvoir... Son art, sa pensée et son action en font une prophétesse de légende, mais plus encore un être de fraternité, de gaieté et d’une rigueur exemplaire.

Voilà plusieurs décennies que les textes d’Olympe de Gouges m’accompagnent et j’aimerais vous faire partager les joies que m’a procurées sa fréquentation.

Les quatre volumes de ses œuvres complètes sont disponibles sur le site de notre association. Vous pouvez les y commander.

Ne manquez pas cette rencontre avec cette femme singulière qui s’est engagée contre toutes les injustices et l’a payé de sa vie.

À nous de la faire connaître et reconnaître.

Béatrice Daël

Présidente de l’association des éditions Cocagne

https://www.cocagne-editions.fr/

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