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Billet de blog 10 déc. 2011

Deux nouvelles (d'Egypte)

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Eh oui, la bonne, et la mauvaise !

Je me dépêche d'annoncer la bonne, qui a été noyée dans un fatras d'informations mondiales, plus désolantes les unes que les autres. Elle mérite pourtant qu'on s'y attarde quelque peu. Le deuxième tour des élections législatives qui vient de s'achever, certes pour seulement le tiers des gouvernorats d'Egypte, a été marqué par un échec cuisant pour les salafistes, au Caire notamment. Certes, les bureaux de vote situés dans les pays du Golfe ont atténué l'effet... Certes, c'est souvent au profit des Frères musulmans que le report s'est produit (80 sièges obtenus sur les 168 en jeu au total). Mais ne boudons pas notre plaisir.

L'entre deux tours a été marqué par des déclarations tonitruantes et il faut bien l'avouer effrayantes des salafistes, notamment de proches et de candidats du parti "el-Nour" (le si-bien-nommé parti de "la lumière") : dénigrement de l'oeuvre de Naguib Marfouz, qui inciterait à la débauche et la prostitution, mise en cause de la mixité dans les lieux publics, demande d'interdiction de la vente d'alcool, de libéralisation du port du voile, mise en cause de la notion même de démocratie, j'en passe et des meilleures. A tel point "décomplexées",- comme dirait Nicolas-, ces déclarations, que les responsables de ce lumineux parti ont enjoint à se taire de toute urgence ces porte-paroles un peu trop spontanés.

C'est un peu comme si en France, Marine Le Pen, forte de

ses 20%, annonçait entre les deux tours qu'elle allait interdire l'avortement, rétablir la peine de mort, reconduire à la frontière tous ceux qui n'ont pas 4 grands parents franco-français et supprimer l'enseignement de la Shoah des manuels d'Histoire. L'effet a été immédiat, et il montre que le peuple égyptien a quelques ressorts que l'analyse globalisante (et donc, fausse) d'un raz de marée "islamiste" ne permet pas de mesurer.

Les conséquences des déclarations, notamment celles de Hazem Abu Ismaïl, prêcheur salafiste devant l'Eternel, et de Abdel Monem Al-Chahhat, candidat officiel, ont obligé les Frères à se démarquer de ce qu'il faut bien appeler de l'obscurantisme (pour rester poli) ; d'autant que les deux partis se retrouvaient en opposition dans plusieurs circonscriptions. Dans de nombreux endroits, des alliances avec des libéraux, voire même avec des coptes, ont permis aux Frères de remporter la mise.

La démocratie, la vraie, c'est à dire d'abord le débat d'idées, faisait peu à peu son effet.

Et patatras, la mauvaise nouvelle la voilà : Le Scaf annonce une modification de la règle du jeu en cours de jeu. Le conseil consultatif chargé de rédiger la prochaine constitution, qui devait émaner de la nouvelle assemblée, sera finalement constitué de personnalités choisies par le Scaf himself. L'idée en soi, de faire un conseil représentatif de la diversité de la société n'est pas mauvaise. L'annoncer maintenant, une fois les résultats sortis des urnes, s'apparente à un coup de force qui n'est pas sans faire penser au scénario algérien.

Bien évidemment, les partis islamistes

reconstruisent ipso facto une unité de fer, pour s'opposer à ce déni de démocratie. Bien évidemment, la décision du Scaf apparaît comme largement téléphonée depuis outre-atlantique. A ce titre, elle est capable de mettre tous les égyptiens dans la rue pour soutenir d'une seule main... les composantes islamistes mises à l'écart, au nom de la démocratie bafouée. On avance, on avance.

Bravo le Scaf. Merci Obama. C'est rigolo de s'amuser comme ça avec le sort des peuples.

On avait déjà reçu les gaz de combats dans les poumons. Cinq dockers du port de Suez ont été arrêtés il y a deux semaines pour avoir bloqué une cargaison supplémentaire en provenance des US.

Une autre odeur va commencer à se répandre, sauf si, malgré son enfoncement dans une crise économique sévère, le peuple égyptien arrive à désamorcer ces nouvelles cartouches. Faudra qu'il soit vraiment balaise.

Les photos de graffitis qui illustrent ce papier ont été prises ces derniers jours, sur la place Tahrir, au pied du Mogamma, le hideux bâtiment administratif qui ferme son côté Sud. La place est depuis la fin des événements de novembre fermée à la circulation, alors qu'elle ne rassemble qu'une poignée de gens divers et variés ... Un pourrissement organisé ?

Post-scriptum

Abou el-Kacem Chebbi, éternel jeune poète tunisien mort en 1934, a écrit une adresse Aux tyrans du monde. Un extrait est en incipit du passionnant ouvrage "Dictateurs en sursis", livre d'entretien de Vincent Geisser avec Moncef Marzouki (le probable futur président tunisien), réédité depuis peu aux éditions de l'Atelier (idée cadeau pour les fêtes).

Doucement ! Que ne te trompent pas le printemps

La clarté de l'air et la lumière du jour

Dans l'horizon vaste, il y a l'horreur de la nuit

Le grondement du tonnerre et les rafales du vent

Attention ! Sous la cendre, il y a des flammes

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