Egypte : jour 3

Dans les journaux égyptiens du jeudi 27 janvier 2011. Ce matin les journaux indépendants titrent largement sur les événements d'hier. Al-Shurûq (en bas à droite de la photo) dénonce la «violence aveugle et la cruauté excessive des forces de sécurité en ce deuxième des jours de la colère». L'expression en dit long sur la conviction partagée que nous n'en sommes qu'au début d'un mouvement qui ne s'arrêtera pas.

revue de presseDans les journaux égyptiens du jeudi 27 janvier 2011. Ce matin les journaux indépendants titrent largement sur les événements d'hier. Al-Shurûq (en bas à droite de la photo) dénonce la «violence aveugle et la cruauté excessive des forces de sécurité en ce deuxième des jours de la colère». L'expression en dit long sur la conviction partagée que nous n'en sommes qu'au début d'un mouvement qui ne s'arrêtera pas.

Le journal met à la Une la photo de la charge d'hier rue Ramses (vue de l'autre côté de la rue par rapport à mon film d'hier) et annonce quant à lui plus de mille arrestations, l'utilisation de balles en caoutchouc lors des poursuites de manifestants. Une remarque à propos des chiffres de 500 arrestations et de deux morts que reprennent les medias français : ce sont ceux de la police et personne n'est en mesure, à l'heure actuelle, de donner des chiffres précis étant donné le déroulement de ces manifestations : rassemblements, dissolutions, poursuites dans les petites rues, et ceci dans de nombreux quartiers et de nombreuses villes....

27 nav4Le Dustur évoque, comme tous ces journaux, les événements d'Alexandrie et surtout de Suez où 4 morts parmi les civils sont à déplorer. Il signale aussi 90 arrestations parmi les journalistes du Caire dont 5 parmi ceux du Dustur et même un tir à balle de caoutchouc visant directement l'un d'entre eux, Mohamed Fayssal. En page 2 Suez est comparée à Sidi Bouzid en raison de la violence des affrontements qui ont eu lieu. Il y aurait des dizaines de blessés.

El-Farg a illustré sa Une par une émouvante photo : celle d'un gosse des rues porté par des adultes, un drapeau égyptien à la main. Le journal fait aussi toute une page sur "les femmes de la révolution" en évoquant le rôle de celles-ci dans les révoltes qui émaillent actuellement le monde islamique, de l'Iran au Maroc en passant par Tunis et l'Egypte. Il est effectivement frappant ici depuis trois jours, de voir le nombre de jeunes femmes présentes dans les rassemblements y compris lorsque les contacts avec la police sont musclés, et qui prennent la parole, comme sur Taharir le premier soir.

Le Masry-el-Youm fait une double page (en haut de la photo) sur ces violences qui ont émaillé toute la journée, et rappelle que le chiffre de 500 arrestations est celui du Ministère de l'Intérieur. De nombreuses images de leur reportage montrent des policiers s'acharnant sur des jeunes qui sont déjà à terre et inanimés. Le quotidien a fait le décompte des moyens mis en oeuvre pour empêcher tout nouveau rassemblement rien que sur la place centrale de Taharir hier : 200 véhicules blindés, 50 autobus et 13 mille membres des forces anti-émeutes et de la Sécurité centrale.

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C'est effectivement une jeune femme (voilée) qui donnait encore de la voix ce matin vers dix heures, devant le syndicat des avocats. Avec une trentaine de jeunes, ils ont passé la nuit à l'abri de ce local qui est l'objet de toutes les attentions de la police (photo ci-dessus). Ils annoncent qu'ils ne sortiront pas tant que le régime ne sera pas tombé. Le texte de la banderole qu'ils ont accroché au dessus de l'entrée n'a rien d'un slogan d'état-major. Il dit quelque chose comme : "Où sont les héros et les soldats de la nation (al-ard) ? Emprisonnés sous la terre (al-ard) !", faisant allusion aux geôles de la sécurité intérieure qui sont toutes enterrées.

 

Syndicat des avocats, rue Ramses, 27 janvier, 10h du matin


Syndicat des avocats, rue Ramses, 27 janvier, 10h du matin

A l'heure (13h) où je boucle ce papier, les échos d'un nouveau rassemblement rue Ramses me parviennent. La détermination et le courage des égyptiennes et des égyptiens méritent toute notre admiration.

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