Syndicat de la magistrature
Abonné·e de Mediapart

13 Billets

0 Édition

Billet de blog 24 oct. 2019

Pourquoi nous, magistrats et citoyens, adhérons à Anticor

À la suite de l’ouverture d’une procédure administrative décidée par la ministre de la Justice contre Éric Alt, Vice President d’Anticor et premier Vice President adjoint au tribunal de Paris, plus de 50 collègues ont décidé d’adhérer à Anticor afin de dénoncer cette attaque contre la liberté d’expression et d’engagement des magistrats.

Syndicat de la magistrature
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Nous, magistrats et citoyens, avons décidé de devenir membres d’Anticor.

Parce que nous dénonçons l’instrumentalisation de la procédure disciplinaire lancée par la ministre de la Justice contre Eric Alt, magistrat et vice-président d’Anticor.

Parce que, sous de fallacieux prétextes juridiques, il s’agit, en réalité, de dissuader les magistrats de s’exprimer de manière critique et de faire partie d’une association qui questionne l’emprise du pouvoir sur la justice.

Parce que nous soutenons l’action de cette association, dont l’objet est de lutter contre la corruption et de promouvoir l’éthique dans la vie publique, et que le pouvoir exécutif cherche aujourd’hui à atteindre par le biais de cette procédure lancée contre son vice- président.

La justice ne peut être enfermée dans une bulle. Elle entretient avec la société des liens multiples. Depuis 50 ans, la magistrature s’est libérée de sa tour d’ivoire, elle a ouvert des fenêtres sur le monde. L’engagement du magistrat dans la vie associative est une richesse pour l’Institution.

Plus encore : comme le rappelle la Cour européenne des droits de l’homme, il n'est pas de société démocratique sans que le pluralisme, la tolérance et l'ouverture d'esprit se traduisent effectivement dans son régime constitutionnel, que celui-ci soit soumis au principe de la prééminence du droit, qu'il comporte essentiellement un contrôle efficace de l'exécutif exercé, sans préjudice du contrôle parlementaire, par un pouvoir judiciaire indépendant.

Les conditions de nomination des procureurs de la République, qui mettent leur carrière dans la main d’un pouvoir exécutif assumant qu’ils soient « en ligne et à l’aise » avec lui, ne garantissent pas suffisamment l’indépendance de la justice et l’égalité de tous devant la loi. Dans l’attente d’une réforme ambitieuse du statut des magistrats, le législateur a su adopter des dispositions plus modestes, permettant à certaines associations de saisir un juge d’instruction dans des affaires de corruption.

En adhérant à l’une de ces associations, notre objectif est de la soutenir face à des attaques de plus en plus nombreuses et précises des responsables politiques qui visent à discréditer l’action menée contre la culture d’impunité des puissants. Il est de rappeler avec vigueur que le magistrat ne saurait acquiescer aux conformismes qui tendent à faire de la justice une auxiliaire de l’ordre établi. Il est de revendiquer notre droit de nous exprimer, d’agir et de lutter comme magistrats et citoyens.

Car la justice n’est pas seulement une institution. C’est aussi une valeur. Et nous considérons que la légitimité d’un magistrat se construit par une défense exigeante, en toutes circonstances, de l’Etat de droit.

Le préambule de la Déclaration des droits de l'homme de 1789 proclame que "l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de l'homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements". L'égalité devant la loi, la liberté d'expression, le droit pour les citoyens de demander compte aux agents publics de leur administration, la séparation des pouvoirs sont autant d'obstacles aux abus de pouvoir et à la corruption. Aujourd’hui, ces principes sont devenus vulnérables.

C’est pourquoi nous adhérons à Anticor, considérant que c’est notre rôle et notre devoir, comme magistrats et citoyens, de rendre pleinement effectifs les principes qui fondent la République.

1. Allain Hervé
2. Assaad Caroline
3. Audugé Patrick
4. Baffet-LozanoVirginie
5. Barral Odile
6. Barthe-BougenauxDominique
7. Beaugendre Charles
8. Borrel Sylvie
9. Boucher Jean-Pierre
10.Calais Pierre-Yves
11. Castex Patrick
12.Chambert Floriane
13.De Maillard Jean
14.Delpeuch Daniel
15.Fallot Daniel
16.Fèbvre Marianne
17.Franco Hélène
18.Gaboriau Patrick
19.Gaboriau Simone
20.Gauchotte-Mayaud Valentine
21.Gauvin Mathilde
22.Gilbert Bénédicte
23.Gonlé-Lhuillier Roselyne
24.Hedrich Marc
25.Heinisch François
26.Hoefler Jasmine
27.Jacqmin Côme
28.Lasserre Quitterie
29.Le Berre Véronique
30.Leroy Marie-Christine
31.Lumbroso Sonia
32.Marand-Michon Marie-José
33. Monnini Michel Anne
34.Mora Elise
35.Nauleau Bérangère
36.Nicod Jean-Claude
37. Nicolay Alexandra
38.Obrego Nicole
39.Paris Frédéric
40.Pelay Pascale
41.Rieu Pablo
42.Robin Bénédicte
43.Rodriguez Daniel
44.Sainati Gilles
45.Schaffauser Dominique
46.Schalchli Ulrich
47.Sire Marin Evelyne
48.Taron Clarisse
49.Vandermaesen Benoist
50.Vannier Catherine
51.Vaulot-Pfister Jean-Christian
52.Xuereb Didier
53. Zissmann Agnès
54.Zylberberg Mathilde

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Exécutif
Emmanuel Macron remanie dans le déni
La composition du nouveau gouvernement d’Élisabeth Borne donne à voir toutes les faiblesses du second quinquennat Macron. Deux semaines après une défaite électorale cuisante, et à rebours des promesses d’ouverture, le chef de l’État a étoffé sans élargir. Visé par une enquête pour tentative de viol, Damien Abad est débarqué.
par Ilyes Ramdani
Journal
Les nouveaux visages du gouvernement Borne II
Seize nouvelles personnes, n’ayant jamais occupé de fonction ministérielle jusqu’ici, font leur entrée au gouvernement. Aucune ne constitue une surprise ou un ralliement politique.
par La rédaction de Mediapart
Journal — Violences sexuelles
Une nouvelle femme met en cause Damien Abad
Une nouvelle femme a raconté à BFMTV avoir eu des « vertiges » après avoir pris un verre avec l’élu en 2013, puis s’être réveillée « complètement dévêtue ». Fraîchement débarqué du gouvernement, le député dénonce des « calomnies ignobles ».
par Antton Rouget
Journal — Société
Maltraitances en crèche : le bras de fer d’une lanceuse d’alerte avec la Ville de Paris 
Eugénie a récemment raconté à un juge d’instruction le « harcèlement moral » qu’elle estime avoir subi, pendant des années, quand elle était directrice de crèche municipale et qu’elle rapportait, auprès de sa hiérarchie, des négligences ou maltraitances subies par les tout-petits.
par Fanny Marlier

La sélection du Club

Billet de blog
Abd el Kader au Mucem : une vision coloniale de l'Émir
La grande exposition de l'été du Mucem est consacrée à Abd el Kader, grand résistant algérien à l’invasion coloniale. On pourrait y voir le signe d'une avancée dans la reconnaissance du caractère illégitime de l'entreprise coloniale. Il n'en est rien. Derrière une beauté formelle se dissimule la même vision coloniale du « bon » rebelle Algérien, à l'opposé des « mauvais fellaghas » de 1954.
par Pierre Daum
Billet de blog
Glorification de la colonisation de l’Algérie et révisionnisme historique : le scandale continue… à Perpignan !
[Rediffusion] Louis Aliot, dirigeant bien connu du Rassemblement national et maire de Perpignan, a décidé de soutenir politiquement et financièrement la 43ème réunion hexagonale du Cercle algérianiste qui se tiendra au Palais des congrès de cette ville, du 24 au 26 juin 2022. Au menu : apologie de la colonisation, révisionnisme historique et glorification des généraux qui, pour défendre l’Algérie française, ont pris les armes contre la République, le 21 avril 1961.
par O. Le Cour Grandmaison
Billet d’édition
60 ans d’indépendance : nécessité d’un devoir d’inventaire avec la France
L’année 2022 marque les 60 ans de l’indépendance de l’Algérie. Soixante ans d’indépendance, un bail ! « Lorsqu'on voit ce que l'occupation allemande a fait comme ravage en quatre ans dans l'esprit français, on peut deviner ce que l'occupation française a pu faire en cent trente ans.» Jean Daniel  Le temps qui reste, éditions Plon, 1973.
par Semcheddine
Billet d’édition
La révolution, le martyr et l’avenir
Comme toute chose périssable, une Révolution peut-elle vieillir ? Au rendez-vous des célébrations décennales, elle est convoquée au gré des humeurs présentes. La Révolution se met à la table des incertitudes du moment, quand elle n’est pas mobilisée en morphine mémorielle afin d’endormir les espérances d’émancipation encore vivaces.
par Amine K.