NDDL, pêche électrique : des non-défaites en attendant les victoires

Après le vote de l'interdiction du recours à la pêche électrique, Edouard Philippe vient d'annoncer, ce mercredi, l'abandon du projet aéroportuaire de Notre-Dame-des-Landes. Ces deux nouvelles en l'espace d'une même semaine résonnent comme des victoires, ou plus raisonnablement comme des non-défaites...

Après le vote de l'interdiction du recours à la pêche électrique par les parlementaires européens en début de semaine, Edouard Philippe vient d'annoncer, ce mercredi, l'abandon du projet aéroportuaire de Notre-Dame-des-Landes après de longues années de résistance.

Alors que l'actualité (récente) nous avez habitué à de biens mauvaises nouvelles sur le plan environnemental (ré-autorisation du glyphosate, déception des Etats généraux de l’alimentation, loi en demi-teinte sur les hydrocarbures, suppression des aides aux producteurs bios... etc.), ces deux nouvelles en l'espace d'une même semaine résonnent comme des victoires. De plateaux de télévisions en twit, le même vocable est repris.

 © Le Télégramme © Le Télégramme
Si l'écologiste que je suis ne peut que se réjouir de telles nouvelles, le qualificatif de "victoires" me paraît néanmoins excessif. Parlons plutôt de non-défaites. Qu'il s'agisse de l'usage d'une nouvelle méthode de pêche inédite par sa nocivité environnementale (agressive pour les poissons, destructrice des fonds marins...) - même si ses (opportunistes) promoteurs mettront en évidence la réduction des consommations d'énergie associée à un accroissement de l'efficacité - ou de la mise en oeuvre d'un grand projet inutile et imposé conduisant à l'accroissement des nuisances, à la destructions de terres fertiles et à la promotion du mode de transport le plus polluant, tout autre décision qu'un rejet aurait constituée un recul écologique.

S'il ne s'agit pas de remettre en question la force et l'efficacité des mobilisations contre les "Grands projets inutiles et imposés" - dont le film documentaire "L'intérêt général et Moi" (Sophie Metrich et Julien Milanesi, 2016) dresse avec force le portrait - et, en particulier, l'accomplissement que cela constitue pour les acteurs de la première heure, force est de constater que ce que nous qualifions de "victoires" aujourd'hui ne sont rien d'autre que des oppositions, certes victorieuses, à des propositions régressives. 

Si la marche de la régression régresse - encore que les forces régressives n'ont pas dit leurs derniers mots - , tout l'enjeu est de se projeter vers le progrès, entendu comme l' "évolution régulière de l'humanité, de la civilisation vers un but idéal", celui d'un nouvel humanisme. De quels qualificatifs userons-nous lorsque nos enfants auront accès à une alimentation locale et biologique dans leurs cantines ? Lorsque notre pays s'engagera de façon ambitieuse pour promouvoir les énergies renouvelables ? Lorsque l'obsolescence programmée, la fabrication consciente de pesticides mortels seront fermement condamnés et que la condamnation de terrorisme environnemental en punira les auteurs ? Lorsque cesserons l'exploitation des animaux (non humains) ? Ou encore lorsque les conséquences sociales et environnementales (ce que les économistes appellent les externalités négatives) seront enfin prises en compte dans les produits que nous consommons ? 

Aussi peu exhaustive qu'elle soit, cette liste nous rappelle qu'il nous faudrait bien conserver un peu de vocabulaire qu'en viendra réellement le temps des progrès sociaux et environnementaux auxquels une société nouvelle, consciente de sa place et de ses interrelations dans la biosphère, doit aspirer.

 


Voir aussi : Glyphosate, réinvestir le champ (idéologique)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.