Le rire de Woody Woodpecker

Arrêt sur image. Poète maudit, présidents auréolés. Palais de Carthage, midi, mercredi. Le mieux dire de Picasso :"Tu es de ceux qui font d'une simple tâche jaune un soleil, alors que d'autres font du soleil une simple tâche jaune ».

Taoufik Ben Brik avec le nouveau président Kais Saied Taoufik Ben Brik avec le nouveau président Kais Saied
On oublie les coups fourrés, le sale temps, la poisse, le flamenco qui s'en va, le bled qui suinte la guigne, la famille qui s'éparpille, les mots qui n'arrivent pas à dire n'importe quoi, n'importe qui, n'importe. Saligaud à plein temps, jamais enfoiré. La tralala d'Habiba.

L'ancien m'arrête : «  La musique doit avoir une bonne raison pour rompre le silence ». Je vis avec un Sloughi, très classe. On sort, la nuit, lorsque ses babines baignent dans le ragoût qui empeste le reflux gras et acide.
                Des glaçons, un bourbon, un cigare Malouf, du pain, des haricots toute la semaine, trin...trin, la roublardise de Sayda, ma terrible aide-ménagère, la couardise des autres, le vacarme des voisins. Une femme pourrait sucrer mes heures. Il y en a. A la pelle. Mais une femme écrite et décrite, y en a point.  Un pays quelconque, misérable.

Léo, le poète, me toise : « Vous marchez droit, certes, très droit, mais j'ai le regret de vous assurer que vous rampez ». Limace.             

J’ai vu un homme bander sur une bourrique moribonde. J’ai vu un cafard traire une araignée.

  • Ma missive au crapaud : « Je te love. Je te bise. Pourquoi ce silence assassin ? »
  • Je te savonne, mon cœur. Arrête de me courser. Stop. Evacue mon cirage. Faut-il plus de cent ans pour venir à bout d’un siècle ? Ne m’en veux pas. Je suis comme ça, minaude le crapaud.
  • Tu me boudes. Daigne me parler. Parle-moi.

Bang Bang la chanson.

Kais Saied, Rached Ghannouchi et Habib Jomli rendent gorge.

Sur le podium de la cavalcade mes preux médaillés. Béji le conducteur d’engin, Chafiq Jarraya le convoyeur, Borhène Bsaies le resquilleur.

Hey, hey matelot astique ton pont. Ça cale.

Ce trio chevauche ma caboche et obstrue ma meurtrière. Je rate mon coup à tous les coups.

Je n’ai pas le droit à la faute. Vise, précise Boum…Boum. « La mèche est courte connard ».

Touf…Touf…Touf…Touf, la locomotive toussote, les wagons déversent leurs chenilles.

            - Renâcle tes entrailles.  A genoux fils de ma mère.

            - Cousin, café demain matin, midi moins vingt ?

            - Non. Plus tard. Ou jamais.

            - Va au diable, si tu te perds en chemin.

Le trio bloque l’issue de la nuit de la destinée. Ramadhan frémit, le 27ème jour me fuit. Ô, mon dieu.

Sur le pilori, la tête d’un oiseau volubile croasse : « Couac…Couac…je suis l’esprit Bouzizi. »

Là-haut, sur le Mont-plaisir, au bal des maraudeurs, soudoyeurs, proxénètes, faussaires, pique-assiettes, se lèchent les babines. Olè…Olè…Olè…

Sous le chapiteau, les pitres sont lâchés. Pourquoi les clowns sont-ils  si sidérés ? « Tous impairs », rechignent-ils.

L’hurluberlu invoque le règne de la balourdise. Tous premiers, d’aucuns divisibles. Hors-partie, les scarabées. Eliminé, le feu follet, un brin de folie et tous les mardis. (Mardi juste pour rimer). Sus à la paille. L’aiguille niche dans ta botte. Les heures claquent les volets. Rideau.

Apprivoiser la pierraille, dompter les idées, supprimer l’échec. Echec au Roi. Couillon et moussaillon se dament le pion. Rouille, pet, merde, bonne chance les fifilles en guise d’ « exquise-moi ». J’implore le mutant de déambuler.

  • Je suis con, mais pas assez pour voyager. Où ?

Partout la géographie de l’hécatombe, la géologie morbide, l’histoire prend fin. Hic et nunc, ici et maintenant, ça ne rate jamais. La menace se suffit à elle-même. Jubilé de la cruauté.

Ricane, Ô désastre.

 

Taoufik Ben Brik

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