Quand Ben Brik racontait à Mediapart l'affaire qui lui vaut d'être écroué en Tunisie

Le journaliste et opposant tunisien Taoufik Ben Brik a été arrêté, jeudi 29 octobre, alors qu’il était convoqué à 10h pour une «prétendue agression, selon les informations recueillies par Reporters Sans Frontières. RSF précise que le journaliste «a été transféré au centre de détention de Bouchoucha à Tunis [et] devrait être présenté demain devant un juge»

Le journaliste et opposant tunisien Taoufik Ben Brik a été arrêté, jeudi 29 octobre, alors qu’il était convoqué à 10h pour une «prétendue agression, selon les informations recueillies par Reporters Sans Frontières. RSF précise que le journaliste «a été transféré au centre de détention de Bouchoucha à Tunis [et] devrait être présenté demain devant un juge», et évoque «une affaire montée de toutes pièces pour inquiéter le journaliste.»

Quelques jours avant de répondre à la convocation de la police tunisienne, Taoufik Ben Brik nous racontait le détail de son affaire, et comment on intimide les opposants sous le régime de fer de Ben Ali :

Comment déjouer les pièges tendus par un régime tordu ? Un régime qui avance affublé d'un faux-nez. Un régime sans honneur, qui ne respecte pas la parole donnée.

 

En allant chercher ma fille, Khadija, 10 ans, de l'école, à 16 heures 45, j'ai eu affaire à la police secrète. Avant même de démarrer, une R 19 verte garée juste derrière moi me rentre dedans. Je descends, je remarque qu'il n'y a pas de dégâts, de part et d'autre. Seulement la dame qui était au volant de la R 19 verte m'interpelle :

 

  • vous ne pouvez pas faire attention !
  • - Je lui réponds : « mais c'est vous la fautive. Je n'ai même pas mis la clé de contact. »

Et sans crier gare, elle crie : vous m'insultez... vous me mordez...Et elle m'agrippe. Elle déchire ma surchemise, mon pull, et mon tricot de corps.

 

J'ai commencé alors à appeler à l'aide, en criant : « elle est de la police »... Des gens se sont interposés entre nous et m'ont permis de monter dans ma voiture. J'ai verrouillé toutes les portes. Mais elle s'est jetée devant en me disant : « vous ne bougez pas d'ici avant l'arrivée de la police. Et tout d'un coup, un policier en civil, débarque de je ne sais où, commence à tapoter avec violence le capot de ma voiture, en m'intimant l'ordre de descendre. Alors, j'ai démarré et pris la poudre d'escampette. Parce que si je les avais suivis, je ne sortirai jamais de leur geôle.Je m'attendais à ce qu'ils réagissent mais pas de cette manière. Vu lamasse d'article que j'ai écrit sur les élections de 2009, il faut êtresaint d'esprit pour croire que Ben Ali va passer l'éponge.

 

D'ailleurs, ces jours-ci, on n'arrête pas de coller des procès de droits communs aux militants tunisiens. Hamma Hammami est recherché par la brigade criminelle parce qu'on l'accuse d'avoir tabassé un inconnu. Hier, il ya deux ans, on a lâché contre Moncef Marzouki une femme qui s'est mise à crier : au violeur.

 

En 1995 pour se débarrasser du chef de bureau de l'AFP à Tunis, NABIL Jumbert, les autorités tunisiennes n'ont pas hésité à lui tendre un piège. « Dans un parking, en plein jour, une fille s'affale devant lui et hurle de douleur. Comme il se précipite pour lui venir en aide, la Tunisienne se met à crier au viol. Une plainte est déposée au commissariat de police ; il faudra une intervention de l'ambassade de France pour « exfiltrer « le malheureux journaliste » écrit-on dans Notre ami Ben Ali.

 

Leplus déplaisant dans l'affaire, c'est ce film de série B déroulé devantma fille. Apeurée, elle m'accuse d'être incapable. Incapable de la protéger. Ils t'enlèvent jusqu'au premier devoir d'un père : protéger ses enfants. Pardon Khadija d'avoir failli. Mon ennemi n'est pas plus fort. Il est sournois.

 

 

 

Taoufik Ben Brik

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.