Une semaine après Valls 2 : que reste-t-il de la gauche?

Le coming-out libéral du gouvernement socialiste a fait l'effet d'une bombe dont on peine encore à discerner les conséquences. Soufflés que nous sommes face à cette fausse gauche décomplexée qui nous parle d'économie de marché et de réalisme, et pour laquelle une seule voie de gouvernement est possible. Le changement, c'est maintenant !

PHO7bd93a12-32a0-11e4-93c8-571a7513bfed-805x453.jpgLe coming-out libéral du gouvernement socialiste a fait l'effet d'une bombe dont on peine encore à discerner les conséquences. Soufflés que nous sommes face à cette fausse gauche décomplexée qui nous parle d'économie de marché et de réalisme, et pour laquelle une seule voie de gouvernement est possible. Le changement, c'est maintenant !

Un banquier d'affaires aux manettes de notre économie qui ricane à longueur de journées sur les anachronismes supposés d'une gauche fidèle à ses valeurs. Quiconque ne parle pas réduction des déficits et impératifs budgétaires semble être pour Emmanuel Macron un dangereux blochevik! Seuls les naïfs (qui se trouvent avoir voté pour François Hollande, faut-il le rappeler ?) peuvent encore imaginer d'autres politiques économiques que celles de l'ultra-libéralisme (qu'ils soit de droite ou supposément de gauche).

Mais le numéro de transformisme du gouvernement ne s'arrête pas là. Que dire d'un premier ministre socialiste qui clame son amour aux entreprises au point de recevoir une standing-ovation du Medef ! Qui pousse le caporalisme jusqu'à menacer une majorité réticente (on la comprend... il faut se mettre à la place des députés qui doivent expliquer dans leur circoscription que leurs électeurs se sont bien fait plumés) de gouverner par ordonnances, voire d'insinuer une possible dissolution.

Le chantage permanent qui représente la marque de fabrique de la politique Made in Valls masque difficilement le fait que son gouvernement a fait le choix d'une politique largement contraire aux orientations proposées lors des campagnes présidentielles et législatives de 2012. Que rien n'indique que sa majorité soit toujours majoritaire à l'Assemblée nationale... Et quand bien même elle le serait, combien de temps le restera-t-elle ?

Dernier coup de canif porté ces derniers jours à l'électorat de gauche : les sorties de François Rebsamen sur le contrôle des chômeurs et de Bernard Cazeneuve sur l'immigration. Deux prises de position qui ne peuvent pas être le fruit du hasard et qui démontrent à ceux qui en doutaient encore que le gouvernement Valls a choisi de marcher dans les pas du sarkozysme jusque dans la terminologie.

Faire des immigrés et des chômeurs les bouc-émissaires d'une politique de dérive ulra-libérale n'est hélas pas nouveau dans la vie politique française, mais c'était jusque là un plaisir réservé à l'aile la plus conservatrice de la droite française. Entendre deux ministres "de gauche" tenir ce genre de discours sans même déclencher l'ire de qui que ce soit est révélateur de l'état du parti socialiste et de la gauche française.

Un courant politique qui, dans sa dimension purement politicienne pour le moins, a été explosé, mort et enterré en moins d'une semaine. S'il ne parvient toujours pas à faire reculer le chomage, François Hollande aura en tout cas réussi le tour de force de s'être débarrassé de la voix des "sans-dents" qui jusqu'ici donnait au moins mauvaise conscience aux socialistes.

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