Si vous ne connaissez pas Jackson Hole, petite bourgade du Wyoming perchée dans les Rocheuses, c'est que vous ne faites pas partie du gratin qui s'y retrouve tous les ans pour décider de l'avenir financier de la planète. Cent cinquante invités triés sur le volet, parmi lesquels les principaux gouverneurs de banques centrales du monde, qui se réunissent en conclave à l'écart du petit peuple.
Il est des anecdotes qui en disent long sur l'état d'esprit des gens qui nous gouvernent. Pourquoi les plus grands banquiers du monde se retrouvent au milieu du mois d'août au fin fond du Wyoming ? L'histoire remonte à 1982 et à la naissance de ce rendez-vous ultra-select. Les organisateurs de l'évènement cherchent à attirer Paul Volcker, alors président de la Fed américaine.
Outre être l'un des grand gourous de la dérégulation boursière des années 1980 (dont on saisit aujourd'hui tous les bienfaits), Paul Volcker est un amateur inconditionnel de pêche. Et il aime tout particulière taquiner de la truite de rivière. Qu'à cela ne tienne. Les organisateurs de la petite sauterie des banques centrales cherche le lieu idéal pour pêcher la truite au mois d'août... Et c'est Jackson Hole qui sera choisie.
Car Paul Volcker décidera du coup d'accepter l'invitation et les autres patrons des banques centrales suivront l'exemple du plus puissant d'entre eux... Et la tradition se perpétue jusqu'à aujourd'hui. Janet Yellen, la nouvelle wonderwoman du libéralisme yankee est particulièrement attendue cette année pour un discours dont personne ne doute de la teneur.
Car les successeurs de Paul Volcker ont pris pour habitude d'annoncer certaines de leurs mesures-phares au cours de cette rencontre faussement informelle.
Une fois seulement quelqu'un a eu l'outre-cuidance de gacher la fête. C'était en 2005 quand Raghuram Rajan, professeur de l’université de Chicago, avait expliqué à une audience goguenarde que le système financier mondial était en train d'absorber des risques très dangereux et qu'un krach était imminent. Des prévisions qui avaient fait sourire... mais qui se sont montrées étrangement prophétiques.