Faut-il s'excuser d'être de gauche ?

"Faudra-t-il que nous nous excusions d'être de gauche ?" Cette phrase qui conclut la lettre ouverte d'Aurélie Filippetti à François Hollande et Manuel Valls résume à elle seule la crise politique, sociale et morale que vit le pays.

1410585_3_8a2c_la-deputee-aurelie-filippetti-a_87edf4b3c268a36d643eea02e6fb84cb.jpg"Faudra-t-il que nous nous excusions d'être de gauche ?" Cette phrase qui conclut la lettre ouverte d'Aurélie Filippetti à François Hollande et Manuel Valls résume à elle seule la crise politique, sociale et morale que vit le pays. Non seulement ces derniers jours ou depuis l'élection de François Hollande, mais depuis que la gauche "de gouvernement" a renoncé à penser d'autres possibles.

Derrière le coup d'éclat d'Arnaud Montebourg, les stratégies croisées de communication et l'autoritarisme de Manuel Valls, le remaniement en cours met pour la première fois depuis longtemps la gauche devant ses responsabilités : un candidat socialiste est-il élu pour mener grosso modo la même politique que son prédecesseur de droite ?

Les conseillers du Premier ministre peuvent bien se répandre sur le nécessaire "pragmatisme" ou "réalisme". Mais ces mot ne sont que les cache-misères de la résignation à la doxa libérale qui a depuis bien longtemps contaminé les principales têtes pensantes du parti socialiste. Des éléphants qui préfèrent faire avaler des couleuvres à leur électorat au nom d'une "orthodoxie budgétaire" inspirée des néo-conservateurs américains héritiers de Reagan.

Oui, il faut aujourd'hui s'excuser d'être de gauche quand on veut prétendre aux responsabilités. Il faut s'excuser de penser que la rigueur n'est pas la voie unique mais qu'il s'agit au contraire de méthodes brutales et contre-productives pour relancer l'économie européenne. Il faut s'excuser de ne pas partager les orientations économiques d'Angela Merkel et baisser les yeux aux injonctions de Bruxelles et de Berlin.

Mais François Hollande et Manuel Valls ont-ils jamais été de gauche. Obsédés par l'Europe et ses diktats, ils en oublient les voix qui se sont portées sur le candidat socialiste en 2012. Aurélie Filippetti, elle, vient de s'en souvenir et l'a fait savoir avec un certain panache. Comme d'autres (on pense notamment à Christiane Taubira), elle aurait pu se faire discrète le temps que passe une tempête dans laquelle elle n'était pas engagée.

Mais après deux ans et demi d'amnésies, l'élue de Lorraine s'est souvenue de ses extractions ouvrières. Elle s'est rappellée que la réforme du statut des intermittents qu'on l'a sommé de mener était une trahison des promesses de campagne de François Hollande. Elle a donc choisi de prendre ses cliques et ses claques pour retrouver, loin des ors de la République, les raisons qui ont motivé son engagement en politique.

C'est suffisamment courageux et rare pour être salué.

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