Lecture du "Devoir d'hospitalité" d'Edwy Plenel

Que faire face à la situation actuelle des migrants en France ? Edwy Plenel augmente un article déjà publié sur le journal numérique Médiapart, dont il est cofondateur et président, pour en faire un petit livre : « Le devoir d’hospitalité » sous-titré « l’humanité n’est pas assignée à résidence ».

Que faire face à la situation actuelle des migrants en France ? Edwy Plenel augmente un article déjà publié sur le journal numérique  Médiapart, dont il est cofondateur et  président, pour en faire un petit livre : « Le devoir d’hospitalité » sous-titré « l’humanité n’est  pas assignée à résidence ». L’auteur ouvre son manifeste sur une citation de Fanon pour afficher son admiration pour ce philosophe universel qui a éclairé l’humanité par ses actions et réflexions relatives à la condition humaine : « Il ne faut pas essayer de fixer l’homme, puisque son destin est d’être lâché »

L’auteur montre son indignation dès la première page en affirmant  cette thèse : la criminalisation de la solidarité en France.   « Un jour, on se souviendra avec honte, qu’en France, au début du XXI siècle, une démocratie, son Etat, ses gouvernements et ses juges, ont criminalisé  ce geste élémentaire d’humanité : la solidarité. » (p9). Il avance par la suite une kyrielle d’arguments et de faits pour étayer son jugement.

D’abord, il rapporte l’indignation de Francis Vallat, président de SOS Méditerranée France. Celui-ci, face au calvaire des migrants en mer, crie que « le sauvetage ne se discute pas » (p10)

Il rappelle ensuite  l’affaire de Cédric Herrou, l’agriculteur condamné pour avoir aidé des migrants. Une affaire qui, pour l’auteur,  illustre le divorce entre les gouvernants  qui  renoncent aux principes de la République, et ces individus qui s’efforcent de sauver   les migrants.

Plenel précise par ailleurs que l’Etat a instauré, par ses interventions, une politique  anti-migrants. Il illustre cet argument en décrivant l’enfer  qu’endurent les migrants et réfugiés à Calais, livrés au dénuement, à l’humiliation, et à la  déchéance. Cette politique montre qu’il y a un  fossé abyssal qui sépare la France de ses principes républicains dont la Fraternité qui est une composante de  sa devise, qu’elle tourne le dos à la Déclaration des droits de l’Homme et aux valeurs universelles, qu’elle affaiblit les militants pour les empêcher de sauver les migrants, et qu’elle laisser cultiver sur son territoire  le fantasme d’une invasion étrangère. Pour Plenel, « (...) Un peuple qui, aujourd’hui, ne sera pas au rendez-vous des solidarités élémentaires avec l’étranger en quête d’asile ne saura plus, demain, les défendre pour lui-même. » (p16).

En plus, l’auteur de « Dire nous» insiste sur le droit de tout homme à l’accueil et à l’hospitalité. Pour cela, il rappelle quelques articles de la Déclaration des Droits de l’Homme (1948). Il affirme : «  l’être humain n’est pas assigné à résidence. Il a le droit fondamental de se déplacer en quête de justice, de bouger à la recherche du bonheur, de cheminer par souci de dignité, bref, de faire mouvement pour mieux  vivre » (p17). 

Il ajoute en outre  que l’Union Européenne est complice de cette politique migratoire tant qu’elle se bouche les oreilles face aux appels d’urgence des défenseurs des droits de l’Homme, et laisse l’Italie criminaliser à son tour le secours des migrants en Méditerranée.

Finalement, pour mieux appuyer sa thèse, Edwy Plenel recourt à des analyses de certains philosophes et penseurs. Il cite ainsi Jacques Derrida pour qui « l’éthique est hospitalité » ;  François Gemenne, auteur de « Ouvrir les frontières, une question de souveraineté »,  qui affirme que « c’est bien la fermeture des frontières qui tue des hommes et des femmes sur le chemin de l’exil » (p29) ; Jean-Pierre Vernant,  qui précise philosophiquement que « demeurer enclos dans son identité, c’est se perdre et cesser d’être.(…) Entre les rives du même et de l’autre, l’homme est un pont » (p 32) ;  et enfin René Schérer, auteur de « Zeus hospitalier ; éloge de l’hospitalité »  qui montre que l’hospitalité habite même la mythologie.

En somme, dans ce manifeste centré sur la question migratoire en France, Edwy Plenel  fustige la politique de l’Etat qui  a criminalisé la solidarité et qui cultive une philosophie de l’égoïsme et de l’indifférence à l’égard des migrants. Il affirme que cette politique reflète le divorce entre la France et ses principes républicains. L’auteur salue le réalisme des divers militants, associations et individus, qui sauvent des migrants au moment où l’Etat fuit son devoir d’hospitalité en tournant le dos aux valeurs universelles.  Pour lui la situation est grave parce qu’elle a été déshumanisée, réduite en  flux et chiffres, et pour l’affronter pragmatiquement il faut la politiser et l’humaniser. Autrement dit, le migrant est un humain non un chiffre.  Il fait aussi l’éloge de l’hospitalité en insistant sur le droit élémentaire de tout humain à l’accueil et au secours.  Invité récemment dans l’émission « C l’hebdo » de France 5 sur la même question, il déclare qu’« Emmanuel Macron ne fait que continuer, en l’aggravant, une politique qui était la pire des politiques ». Il poursuit : « ce n’est pas une crise de migrants, c’est une crise de l’accueil ».  Enfin, ce manifeste est une lettre ouverte  à l’humanité pour accomplir   un devoir élémentaire : l’hospitalité.

Né en 1952, Edwy Plenel est journaliste et écrivain français. Ancien journaliste au Monde, il est cofondateur et président  du site d’information  Médiapart qui révéla le secret de  plusieurs affaires dont Cahuzac, Bettencourt, et Sarkozy-Kadhafi. Parmi ses célèbres ouvrages : « Dire nous », « Le droit de savoir », «Pour les musulmans ».

Edwy PLENEL, « Le devoir d’hospitalité», Ed Bayard, 2017.

Texte déjà publié dans le Quotidien d'Oran. 

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