LAISSONS LES MORTS ENTERRER LES MORTS : OUBLIONS l’HOLOCAUSTE

Traduction complète d'un article de Gideon Lévy ( Aujourd'hui "mémorial de l'Holocauste" en Israël . ) Mes commentaires sont sur ma page Facebook

LAISSONS LES MORTS ENTERRER LES MORTS : OUBLIONS l’HOLOCAUSTE
La meilleure chose à faire sur le Jour du Souvenir de l’Holocauste serait de revisiter la contribution inoubliable écrite par Yehuda Elkana dans Haaretz au printemps 1988, appelée « Le besoin d’oublier » . Au lieu de mille Marches des Vivants, cet article devrait être étudié dans chaque école ; au lieu d’une masse de cérémonies , on devrait mettre en place un débat public au sujet de cet essai .
Elkana , brillant intellectuel qui survécut à Auschwitz , dit alors qu’il n’y avait pas de plus grand risque pour l’avenir de l’Etat d’Israël , que l’instillation à marche forcée du souvenir de l’Holocauste . « Que sont supposés faire les enfants de cette expérience ? Se souvenir pour quel objectif ? « Se souvenir » peut s’interpréter comme un appel aveugle à une haine continue …Pour notre part nous devons apprendre à oublier . Je ne vois pas tâche plus importante , politique aussi bien qu’éducative pour les dirigeants de cette nation que de prendre le parti de la vie, de nous concentrer sur la construction de l’avenir et non d’être préoccupés nuit et jour avec des symboles , des cérémonies er des leçons de l’Holocauste » .
Elkana fut prophétique ; comme il l’avait prévu et averti , la mémoire de l’Holocauste s’est transformée en incitation à la haine . Des dizaines de milliers d’adolescents et de soldats se sont depuis rendus à Auschwitz et revinrent remplis de haine . Ils haïssent le monde , les Polonais , les Allemands, les Arabes et les étrangers ; ils s’aiment eux-mêmes , se vautrent dans leur désastre et ne croient qu’en leur propre pouvoir . C’est « le souvenir » et c’est ce que nous devons oublier .
Dans cet essai , Elkana énonça que la démocratie est soumise à un risque lorsque la mémoire des victimes participe activement au processus démocratique . Trente et un ans plus tard , l’Holocauste fleuret dans le processus démocratique , dont les fissures s’élargissent depuis que l’aile droite se l’est approprié pour ses besoins et sa propagande .D’abord ils ont rendu le drapeau national et l’hymne propriété de la droite , et l’Holocauste y a été annexé.
Dans notre enfance ,nous ne voulions rien entendre de l’Holocauste par ce qu’ils nous expliquaient que nous devions en être rendus mal à l’aise ; maintenant ses leçons distordues aliènent quiconque ne veut pas vive dans un état militariste haineux . Se souvenir de l’Holocauste est de nos jours uniquement pour nationalistes . Il n’y a pas de conclusion universelle ni de leçon morale. Ça n’avait aucune raison d’évoluer comme ça.
Il me reste à entendre un seul adolescent revenant d’Auschwitz qui dirait que nous ne devons pas en maltraiter d’autres de la façon dont nous l’avons été . Il reste à voir une seule école dont les élèves reviendraient de Birkenau et se rendraient directement à la frontière avec Gaza , verraient les barbelés et diraient « Jamais plus ça ! ». Le message est toujours à l’antipode . Gaza est permis à cause d’Auschwitz .
La conclusion est que Elkana était encore davantage dans le vrai qu’à l’époque : nous devons oublier et permettre à d’autres d’oublier autant que possible . Le temps est venu de laisser les morts enterrer les morts. Nous ne devons pas effacer mais mettre la chose dans son contexte ; c’est derrière nous . Cela ne peut en rien nous servir de guide ultime pour le présent et l’avenir, encore moins dans la façon dont c’est aujourd’hui présenté, qui n’est qu’escroquerie .
L’héritage de l’Holocauste a causé à Israël un dommage fatal ; il a solidifié le nationalisme , validé le militarisme au lieu de contribuer à l’humanisme , à la justice , la moralité et le respect de la loi internationale, toutes choses qui en Israël 2019 sont considérées comme de la trahison et de la faiblesse . Elkana était convaincu que la mémoire de l’Holocauste était la source d’une angoisse existentielle et que c’est là que surgirait la haine des Arabes .
En ce sens il se trompait , je pense . Ce n’est pas la crainte qui crée la haine et le racisme vis-à-vis des Arabes , mais l’exact opposé , l’autovictimisation . Après l’Holocauste ,tout nous est permis , et évidemment , seulement par la force .
Pendant le hurlement de la siréne du Mémorial de Jeudi , je vais à nouveau imaginer que je vois un immense incendie , une conflagration. Depuis ma jeunesse j’ai vu la siréne comme un feu consumant les êtres humains . Je vais penser à Sofie et Hugo , mes grands- parents dont les noms sont cités sur un mur d’une Synagogue de Prague parmi ceux d’autres victimes et je vais les voir brûler .
Je ne penserais pas au bataillon de parachutistes que j’ai rencontré trois semaines avant lorsqu’ils étaient en manœuvre avec l’armée Allemande dans une forêt de Bavière prés de Nuremberg , qui tous déclarèrent à quel point il importait qu’Israël soit fort . Si telle est la leçon , oublions là .

 

 

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