UN MOT AVANT LE VOTE GREC

UN MOT AVANT LE VOTE GREC

« it’s reasonable to fear the consequences of a “no” vote, because nobody knows what would come next. But you should be even more afraid of the consequences of a “yes,” because in that case we do know what comes next — more austerity, more disasters and eventually a crisis much worse than anything we’ve seen so far.”

 

Il est raisonnable, dit Paul Krugman dans le NYT de ce jour 3/07 /2015 , d’être inquiet des conséquences d’un « NON » parce que personne ne connaît la suite . Mais vous devriez être encore plus effrayé des conséquences d’un « Oui » car dans ce cas NOUS CONNAISSONS la suite – plus d’austérité, plus de désastres et éventuellement une crise bien pire que tout ce que nous avons vu jusqu’à présent ……….

Paul Krugman n’est pas un excité du bocal et pas spécialement un partisan d’une Grèce soviétique, que l’on sache ; il s’est prononcé pour le Non, sans hésitation, comme le seul vote possible et avec des raisons.

Tout a été dit sur ce plan ; ici notre propos est simplement de revenir sur ceux des aboyeurs qui ont déferlé ces jours-ci dans nos médias.

  1. « le référendum » n’est pas « aux normes » : il aurait dû disposer de 15 jours paraît-il  …Si ça n’était pas une tragédie, ce serait à mourir de rire. On ne va pas imaginer que ce délai vise à intensifier la propagande éhontée qui déferle sur le peuple grec pour le détourner du seul verdict possible ; Qui peut imaginer que les « esthètes en démocratie » puissent vouloir troubler le jeu normal ?

    Examinons alors la conséquence de cette observation « esthétique » : si le vote du peuple grec est « Oui » - ce qui après tout n’est pas exclu- ces esthètes exigeront ils l’annulation du vote pour cause d’inconformité avec les normes ?  

  2. Ces mêmes esthètes en démocratie – on ne les changera pas : l’Histoire est censée prendre leur avis avant de s’écrire , tout le reste est dérapage …- déclarent que la question posée l’est d’une façon bureaucratique et peu claire ; il eût fallu selon eux demander clairement «  Êtes-vous pour le maintien de la Grèce dans l’union européenne » par exemple ; il se trouve que G Tsipras dans une inspiration éblouissante a décidé de demander au peuple grec s’il approuve ou non les termes de l’accord que veut lui infliger la Troïka rebaptisée « institutions » , accord qui de plus n’évoque pas le rééchelonnement ni a fortiori la renégociation de la dette grecque , par ailleurs odieuse et illégitime . Le peuple grec consulté sur les termes d’un accord qu’on veut lui imposer ? Vous n’y pensez pas. A-t-on jamais vu audace semblable ? Le peuple tchèque fût-il consulté à Munich ?  

  3. Jeudi, le quotidien « Le Monde » offre deux pleines pages à Mr. Sarkozy pour qu’il donne son opinion sur tout cela ; il la donne : Mr Tsipras est un « irresponsable ». Le quotidien « le Monde » a-t-il oublié qui, au juste, est Mr Sarkozy ? Et qui donc est-il sinon un chef de bande organisée ? Rajouter des détails à ce scandale de presse supposée objective ne ferait que l’amoindrir. Mr Sarkozy a un seul droit : celui de se taire.

  4. Ensuite « personne ne comprend ce que veut Mr Tsipras » ; un jour il envoie de nouvelles propositions après avoir claqué la porte, où il semble céder à certaines demandes, tout en maintenant le référendum   , puis il appelle le peuple grec à voter « Non » ; le moins qu’on puisse dire est que c’est le signe d’un homme politique qui ne sait pas ce qu’il veut.

Mais il se trouve que G Tsipras sait parfaitement ce qu’il veut et ce qu’il ne veut pas :

Il veut un accord européen qui permette à la Grèce de sortir du cercle infernal que lui a imposé la Troïka, les mémorandums  successifs et il veut négocier cet accord ; il veut négocier cet accord en admettant des concessions partielles où la dimension temporelle est centrale, à condition que la question de la dette soit l’objet aussi de cet accord ; et il ne veut pas trahir le mandat qui lui a été confié. C’est simple. Tout le reste est littérature.

L’histoire dira que le 5 Juillet 2015 le peuple grec s’est trouvé confronté à la totalité du capital financier organisé en Europe et qu’il a dû décider de son avenir sous une pression politique et économique sans égale depuis la dernière guerre : Souhaitons pour lui, comme pour nous, que le « NON » vienne remplir les urnes grecques. Je ne veux pas évoquer une autre hypothèse: le peuple Grec et G Tsipras méritent qu'on les honorent , qu'on salue leur courage , pas qu'on spécule sur leur défaite .   

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