REFLEXIONS CRITIQUES SUR LE TEXTE DE CLAUDE MAZAURIC ( OLIVIER GEBUHRER)

On discute ici des thèses de Claude Mazauric

REFLEXIONS CRITIQUES SUR LE TEXTE DE CLAUDE MAZAURIC ( OLIVIER GEBUHRER)

Cela semblera insensé. Un esprit minuscule qui songe à critiquer un écrit de Claude Mazauric est une tentative absurde. Claude est pour moi une connaissance ancienne dont j’ai lu , je crois, tous les livres avec passion . Le connaissant et parfois, rarement il est vrai , conversant par courriel , avec lui , je ne suis pas vraiment surpris de son positionnement . J’ai lu sa contribution avec toute l’attention et le respect imaginables. Le texte qui a sa préférence m’a paru d’une extrême indigence- je l’ai écrit - et ce n’est pas sa présentation à l’Université d’été qui m’aura convaincu du contraire.
Commençons cet exercice dont je mesure le caractère absurde par une remarque : Claude ne s’agenouille pas devant ce texte dont il dit lui-même qu’il est amendable de part en part ; que n’en dit-il autant du texte adopté par le CN qui est un Projet à ce stade si j’ai bien compris ? Outre cela, il faut semble-t-il répéter que ledit texte qui a sa faveur n’est pas une Contribution ce qui en aurait changé radicalement le statut mais un texte soumis au vote des Communistes se présentant comme potentiellement alternatif au Projet de Base Commune.
Il serait encore plus absurde de chercher dans la contribution de Claude Mazauric chaque propos , chaque paragraphe qui pourrait éventuellement être critiqué . A cet égard , ma propre « étude » si j’ose appeler les choses ainsi , parcourt le texte à prétention alternative avec citations à l’appui . Je ne chercherais pas à rien faire de tel ici .
A)Le texte de Claude Mazauric est avant tout centré sur un « bilan » qu’il estime calamiteux de la Direction Nationale actuelle. Ce jugement est en effet central dans le texte qu’il soutient.
Je ne suis pas surpris des reconstitutions auxquelles le texte en question se livre. Je le suis davantage de l’exposé de Claude Mazauric ; en somme, si on le suit, tout était faux . Une démarche titubante , incapable de trouver sa boussole . « C’est ainsi que d’alliances aléatoires de sommet en mobilisations manquées, de retournements incompris soldés par de modestes bénéfices électoraux et accompagnés de raidissements doctrinaux inintelligibles, souvent qualifiés de résistance au « populisme de gauche » comme on a commencé à l’écrire, le Parti en est venu à ses dernières « palinodies » : d’abord se démarquer de Mélenchon (JLM), ensuite (fin 2015 !) aller jusqu’à envisager une « primaire à gauche », dans un premier temps avec n’importe qui, puis simplement « sans Hollande », enfin prétextant mezzo voce du fond caché des intentions supposées de JLM pour tenter d’éviter d’avoir à le soutenir, pour finir par rallier in extremis (automne 2016) sa candidature à la présidentielle de 2017 ! »
Claude Mazauric écrit « Terrible épisode, suivi, comme on devait s’y attendre des conséquences que chacun(e) est désormais en mesure de constater et d’encaisser chaque jour qui passe : pouvait-on faire plus mal ? »
Certes, c’est moi qui souligne mais cette chute crédite je pense mon résumé sans tordre la pensée de Claude Mazauric . Le probléme avec ce descriptif n’est pas seulement que je n’y reconnais rien de ma propre expérience minuscule mais en outre et c’est bien là l’essentiel , on n’y retrouve à aucun moment la stratégie adoptée à 94% par les communistes à la Conférence Nationale , indépendamment du choix relatif au Vote lui-même lequel, comme on sait, fut divers . Or , mais là-dessus j’ai beau scruter les prises de position, on ne voit jamais le moindre rappel fût-il succinct. J’ai écrit et je maintiens : on ne peut pas critiquer une partie d’échecs à partir des règles du jeu de go . La Direction Nationale du PCF était comptable de CETTE stratégie ; on peut évidemment considérer d’une part qu’elle était fausse , d’autre part qu’une stratégie ne s’applique pas comme un théorème ; ce serait trop commode ; il demeure que Stratégie il y avait et que c’est d’elle qu’il faut partir si on veut faire un procès tel qu’il résulte du « Pouvait-on faire plus mal ? » . Si on voulait bien confronter les écrits de Claude Mazauric avec ces deux questions simples , peut -être pourrait on ne pas nous en tenir au « pouvait-on faire plus mal ?» ….
Ces questions simples sont les suivantes :
1) La décision permet t-elle un progrés même millimétrique pour les populations concernées ?
2) La décision favorise t-elle le rassemblement populaire à gauche avec une visée majoritaire ?
J’ose prétendre que ces deux questions furent constamment centrales dans les orientations prises par la Direction Nationale du PCF et qu’en outre elles permettent de s’orienter à chaque instant dans un paysage politique préparant un tsunami. Il en fut ainsi évidemment de la décision prise aux Municipales parisiennes. Municipales dont l’épisode complexe est décrit par Claude Mazauric comme le sommet du bateau ivre. Il ne fait aucun doute que les deux questions précédentes n’orientèrent pas partout et en tout lieu les campagnes communistes ; c’est s’égarer que de confondre des positionnements marqués ici et là par des habitudes discutables et les réponses à apporter aux questions sus -mentionnées . Mais il est profondément contraire à toute vérité de ne pas voir que dès ce moment , Jean-Luc Mélenchon était décidé à « faire payer cher »ce qu’il appela et d’autres avec lui une stratégie à géométrie variable , brouillonne et essentiellement destinée à préserver coûte que coûte la présence d’un PS dont les orientations , connues de tous , devaient selon d’aucuns signer une fois pour toutes le glas d’alliances politiques « contre nature » . Au demeurant il le clama haut et fort. De la stratégie de Jean-Luc Mélenchon, qui s’affirma au cours du temps on ne trouve rien si ce n’est une soi -disant anticipation de l’ « effondrement social-démocrate » . La Phrase « Je ne veux pas dépasser le PS, je veux le remplacer » n’est même pas mentionnée .J’ajoute ici que si telle était l’ambition , le mouvement populaire n’en avait vraiment nul besoin , l’original étant largement suffisant .
Mais si on ne trouve aucune mention de ladite stratégie , il est patent que c’est au nom de celle-ci qu’est critiquée celle que la Direction du PCF entendit suivre . J’ai déjà dit ce que je pensais de cette façon de voir dont il semble que trop rares sont celles et ceux qui  voient qu’il s’agit d’une supercherie intellectuelle .
B) L’homme du « Vous êtes la mort et le néant » adressé à Pierre Laurent en pleine campagne a droit chez Claude Mazauric à une défense en régle s’appuyant sur des positionnements relatifs d’une part à la Chine , d’autre part à la célébration en Russie de la Victoire sur le nazisme et enfin sur l’Allemagne . Ce n’est pas qu’il n’y ait rien à en dire mais chez Claude Mazauric , ces positionnements soulignent que avec Jean-Luc Mélenchon on avait un compagnonnage plus respectable que les habituels issus de la Rue Solférino , perdus dans les méandres des « accommodements » .
Pourtant , en dehors de cette symbolique , il ne manquait pas de sujets fondamentaux .
1) Nos compatriotes découvrirent avec l’aide du fameux procédé virtuel la révolution citoyenne à la Mode Jean-Luc Mélenchon . On apprit ainsi que dès l’installation d’un gouvernement censé s’attaquer aux questions fondamentales issues des politiques austéritaires menées tant par Sarkozy que par Hollande , un conclave se réunirait pour décider d’une nouvelle Constitution …. Le processus eût peut-être mérité quelques détails mais avant tout la méthode était l’antipode absolu de ce qu’on pouvait attendre légitimement en matière de « révolution citoyenne » ; celle-ci au vrai était là aussi virtuelle . Bien évidemment le PCF est favorable à une VI° république et a produit à cet égard des textes majeurs mais ce n’est pas le sujet : un spécialiste de la Révolution Française sait que la mise en mouvement populaire est un vaste processus et que c’est dans la libération de « l’initiative créatrice des masses » que réside l’éventuel succés d’une révolution démocratique . On pourrait écrire des pages entières mais en tout cas nos compatriotes réellement attachés à des changements profonds ne pouvaient là rien attendre . L’immense majorité d’entre elles et eux , sans doute confusément , auraient voulu être coauteurs et coacteurs . Il n’y avait pas trace de cette exigence montante dans ce que Jean-Luc Mélenchon décrivait. Qui diable pouvait penser que les changements profonds nécessaires seraient entrepris alors qu’au même moment un conclave s’agiterait pour décider d’une nouvelle Constitution ? C’était au mieux flou , il y avait un loup et s’ensuivit au mieux du scepticisme ; au demeurant, il devint patent que les charnières du changement politique n’était pas là .
2) Le Nucléaire : là les formules étaient sans équivoque ; on fermerait à bras raccourcis ; le nucléaire militaire n’étant même pas mentionné ….Mais encore plus important fut cette stupéfiante description des changements auxquels les travailleurs de ce secteur fondamental seraient « conviés » ; du travail consistant à assurer le maintien et le fonctionnement éventuellement renouvelé du parc de centrales , ils et elles passeraient sans coup férir à leur démantèlement ; faire et défaire c’est toujours travailler …. Belle révolution citoyenne en vrai . On peut ne pas être un « adepte du nucléaire » , comme si c’était là la question, mais imaginer
qu’on pouvait de cette façon faire l’impasse sur des questions aussi complexes et assurer l’avenir énergétique du pays est simplement une supercherie politique . Les représentations idéologiques jouant leur rôle – et il n’était pas mince , il ne l’est toujours pas – c’est hélas dans cette projection que Jean-Luc Mélenchon trouva sa première audience . Tout ce que je pourrais écrire ferait croire que la question est « nucléaire ou pas » ; outre le fait , que les énergies renouvelables qui peuvent être d’utiles compléments à condition de ne pas être sous la domination d’un capitalisme vert au dents longues , ne peuvent aucunement prétendre assurer l’avenir énergétique , il existait une infinité de questions à résoudre dont la propriété publique est l’une des poutres maîtresses, mais aussi les progrès scientifiques et technologiques dont Jean-Luc Mélenchon n’avait cure . Pourquoi cet acharnement ? Le motif réel était bien caché quoique explicite dans le « mouvement écologiste » ; celui-ci évoque un changement civilisationnel et comportemental ; on passerait ainsi d’une société décrite comme « sur- consommationniste » à une autre sobre , respectueuse de l’environnement ; le fond de l’affaire étant « l’effet prix » bien connu . Une austérité verte en quelque sorte. Jean-Luc Mélenchon inventa un mantra qu’il rappela à toute occasion « la Régle Verte » : « ne pas soustraire à la terre plus qu’elle ne peut produire » ; si ,qui que ce soit, peut m’en expliquer le mode d’emploi je suis preneur . Mais il est sur qu’avec une formule aussi mystérieuse que mystique on s’attirait les sympathies de toutes celles et ceux pour qui le capitalisme n’était pas le souci principal mais son « productivisme » . Comme toujours , les choses ne sont pas en noir et blanc ; il y a du productivisme dans le capitalisme actuel mais cela ne le caractérise pas . La « surconsommation » populaire est une vue de l’esprit ; on conçoit que des esprits venant à la politique , inexpérimentés et de surcroît peut-être rêvant d’un « mode de vie » proche de « l’homme de nature » vaguement rousseauiste mais avant tout anticommunistes ce qu’on souligne rarement , puissent trouver là une expression politique qui leur convienne ; mais la masse de nos compatriotes ne pouvait qu’être sceptique et le fut .
3) L’Europe : Plan A , Plan B ; rataplan . On méprisa et insulta le Gouvernement grec , qui sous la direction de Alexis Tsipras menait une bataille de titans ; le scénario de Jean-Luc Mélenchon ne tenait pas debout ; nos compatriotes n’en furent pas dupes ; tordre le bras à Merkel s’était révélé autrement plus sérieux qu’imaginé ; du coup , comme le dit Francis Wurtz dans un exposé remarquable , le Plan A n’était rien d’autre que le cache sexe du Plan B dont nos compatriotes ne voulaient à aucun prix comme en Grèce . Il faut redire que, semble t-il Alexis Tsipras SAIT ce qu’est la Lutte des classes et que Jean-Luc Mélenchon en ignore tout ; il n’est pas dans mon esprit de lui en faire reproche mais alors le sens de la formule « remplacer le PS » prend une singulière coloration.
De tout ce qui précède, on ne trouve pas un mot chez Claude Mazauric .C’est bien étrange . Peut-être s’agit -il de « détails » ?
C) On pourrait à loisir revenir sur les péripéties imprévisibles de la campagne présidentielle mais cela nous écarterait de l’essentiel ( on se demande en quoi l’idée de participer et soutenir l’idée d’une primaire DE GAUCHE qui n’émanait pas du PCF , était en soi un crime …Rien n’excluait que Jean-Luc Mélenchon en sorte vainqueur ; il fit la moue , une partie du PCF poussa des cris d’orfraie et la chose alla au caniveau ) . De la crise actuelle le texte présenté par la majorité du CN tire l’idée centrale que le capitalisme a épuisé ses ressources historiques et de révolutionnaire qu’il fut il n’est plus en mesure d’assurer un avenir quelconque à l’Humanité et à la planète ; pour cette seule raison ce texte me semble devoir être soutenu majoritairement ; le texte soutenu par Claude Mazauric, comme on le vit à l’Université d’été se concentre lui sur la crise des communismes ; la crise du capitalisme n’y a aucune place ; certes Claude Mazauric reconnaît dans le texte proposé par la majorité du CN quelques mérites mais c’est pour lui reprocher de parler du communisme sans dire ce que c’est . Si c’est là la seule critique sérieuse , il y aurait ample matière à discuter ; il se trouve qu’en proclamant la construction d’une société communiste en tant que tâche politique majeure de la période historique , le texte issu du CN produit un acte fondamental à mes yeux et la conception qu’il en décline, certes à grands traits , indique qu’on ne peut pas trouver la chose chez Mac Do .
D) Il reste à parler du rassemblement populaire à construire sans lequel toute parole est vaine ; Claude Mazauric écrit : « En se détachant de lui dès 2013 après l’avoir soutenu efficacement en 2012, le Pcf (donc sa direction nationale recomposée) lui a permis de réaliser sa prévision et d’incarner la figure de premier opposant au pouvoir macronien qu’il est incontestablement devenu aujourd’hui. » ;
On ne cherchera pas à discuter les « incontestables » de Claude Mazauric ; ce passage qui conduit à ses conclusions est un hors pistes absolu . Quels rassemblements voulons nous construire ? On peut considérer que le texte issu du CN est sur ce point, comme éventuellement sur d’autres susceptibles d’enrichissements divers mais au moins en fait-il une question cruciale , celle qui doit normalement être une boussole pour le PCF , et son activité tous terrains ; de cela pas un mot .
Si on suit Claude Mazauric et le texte qu’il soutient est explicite , les palinodies successives du PCF lui interdisent dorénavant d’être autre chose qu’un supplétif de « l’incontestable figure de premier opposant au pouvoir macronien » . Nous n’en sommes pas là . Ce sera ma conclusion .

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