Stéphane Delpeyrat n’est pas n’importe qui au PS ; il en est Secrétaire National ; il vient d’écrire un Billet de Blog sur Médiapart Intitulé « Changer tout : pour un Nouveau Parti Socialiste » ; quelle mouche le pique ?
Le pays gronde et il y a de quoi ; de la Rue de Solférino , rien ne sort . Encéphalogramme plat . Souci . Le parcours que nous fait du PS le Secrétaire National n’est pas joyeux .
Stéphane Delpeyrat veut donc « tout » changer ; tout ? N’oublions tout de même pas ce que le PS a apporté à notre pays ; Stéphane n’y va pas de main morte « l'alternance enfin possible sous la Véme République, l'extension des libertés publiques, la décentralisation et de grandes réformes sociales ( retraite à soixante ans, cinquième semaine de congés payés, 35 heures, CMU, RMI etc..). Et ses plus virulents opposants de gauche ne se rendent souvent plus compte que leur programme actuel reste bien en deçà de ce que fut le projet de transformation du PS en 1981..Il serait d'ailleurs aussi stupide qu'injuste de nier que nous bénéficions tous encore aujourd'hui de bien des réformes mises en œuvre avec François Mitterrand puis Lionel Jospin. »
Quelques omissions jalonnent ce parcours miraculeux. Le « tournant » de 1983, une peccadille ; Lionel Jospin qui déclare au moment de son accès au pouvoir (gouvernement de gauche plurielle) « l’Etat ne peut pas tout ». Mitterrand à ses ministres lors de la première crise sidérurgique lorraine « Soyez cruels ! » . L’héritage a la vie dure ……..
Que pense Stéphane de la façon singulière dont Jacques Attali célèbre dans le Figaro la mémoire de Pierre Mauroy ? Il dit en gros ( je n’ai plus le texte sous les yeux ) : « les communistes posaient un probléme car de plusieurs sources il nous revenait des velléités de faire peser sur la France une influence étrangère ……… nous décidâmes de les faire entrer au gouvernement mais sans pouvoir . Ca a parfaitement fonctionné ; le PCF s’est montré parfaitement loyal et alors qu’il était un problème quand il entra au gouvernement , lorsqu’il le quitta , ce n’en était plus un et il ne s’en est pas relevé »
On ne saura pas . mais tout son billet montre qu’il s’agit une fois de plus de tout changer pour que tout demeure ………….
Au fond , les affaires internes du PS ne me concernent pas ; c’est l’affaire de ce parti . Et avant de poursuivre, je souligne que , à mes yeux , il n’y aura pas de changement à gauche qui fasse l’impasse sur le PS ou le considère comme quantité négligeable . Mais surement pas à cause de ses « qualités intrinsèques » . A cause du fait que pour très longtemps une large part de nos concitoyennes et concitoyens voient et verront ce parti ancien, nouveau, ou de quelque figure qu’il se pare, comme à gauche de l’échiquier politique. Même lorsqu’ils le critiquent , même lorsqu’ils sont furieux et le désertent dans leur vote de façon temporaire .
Quand Stéphane ose écrire « ses plus virulents opposants de gauche ne se rendent souvent plus compte que leur programme actuel reste bien en deçà de ce que fut le projet de transformation du PS en 1981 « il se moque . Le programme en question fut à peu de choses ce que le Programme commun de gouvernement de la gauche ( première version ) lui permit d’apparaître et de ce programme je crois me souvenir que les communistes n'y furent pas pour peu .Stéphane est ingrat.
Qui se souvient de l’envolée mitterrandienne « celui –là qui n’est pas pour la rupture avec le capitalisme , celui-là n’est pas socialiste » ; à côté la phrase hollandaise du Bourget a le visage pâle mais c’est le même film , malheureusement .
Stéphane pourrait-il une fois , juste une fois , pour une minute , se demander pourquoi dès qu’il vient au pouvoir le PS jette ( dans les six mois , un an , deux ans ou tout de suite ) par-dessus bord tout ce qui lui a permis de le conquérir ? Pourquoi la litanie des abandons, des revirements , des plongées vertigineuses dans le corpus des idées de la droite ?
Stéphane ne se pose pas ces questions ; on le comprend ; les regarder donne la nausée .
Stéphane est un homme de dialogue , il répond à ses contradicteurs mais il ne doit pas aimer mes suggestions ; aussi je me fais un devoir de les reprendre .
Pour tout changer , point n’est besoin d’un « nouveau parti socialiste » ; celui qui existe, celui sont Stéphane est secrétaire national , concentre tous les pouvoirs, ou peu s’en faut ; venu au pouvoir grâce au vote de 4 Millions d’électrices et d‘électeurs qui ont voté pour Jean Luc Mélenchon , candidat du Front de Gauche au premier tour , il pourrait constituer une majorité parlementaire et sénatoriale à toute épreuve en s’appuyant sur les parlementaires du Front de Gauche ; au lieu de cela , il les ignore ; 4 millions d’électrices et d’électeurs rayés de la carte ….
Pour tout changer , il suffirait que avec les parlementaires et sénateurs du Front de Gauche il vote une loi d’amnistie des syndicalistes qui sont poursuivis par un MEDEF en état de guerre civile froide .
Pour tout changer , il suffirait que avec les parlementaires du Front de Gauche il fasse voter une loi interdisant les licenciements boursiers au lieu de laisser Montebourg se livrer avec délectation à son activité favorite , à savoir les ricochets et les ronds dans l’eau .
Pour tout changer , il suffirait que avec les parlementaires Front de gauche il dénonce les traités Merkozy ratifiés par Hollande sans en changer une virgule
Pour tout changer , il suffirait que avec les parlementaires du Front de Gauche , il annule les réformes des retraites scélérates de la droite au lieu d’en rajouter un étage .
Pour tout changer , il suffirait que avec les parlementaires du Front de gauche vous nationalisiez Florange ; je vous assure que personne ne vous en voudra de ce revirement là .
Ce sont là "mesures simples et pratiques" . Et on peut continuer la liste …….
Vous ne voulez pas rompre avec le capitalisme et vos pendants dans l'UE ne le veulent pas plus que vous. Ce n'est à mes yeux pas un préalable pour faire une politique de gauche mais pour cela cessez une fois pour toutes de croire que vous êtes l'alpha et l'oméga d'une politique alternative ; cessez de jouer les gros bras , la force AUTOUR de laquelle tout se construit ; devenez modestes, vous verrez ça ira déjà beaucoup mieux .
Mais si votre propos, comme je le crains, est une nouvelle opération de diversion, allez –y , ne vous gênez pas ; avec ce genre de méthode c’est toute la gauche qui ira dans le mur , et avec elle des années et des années de souffrances sociales inutiles et dévastatrices qui se profilent . Monsieur Delpeyrat , il n’est pas trop tard mais il n’est que temps .
OLIVIER GEBUHRER