LIBRES PROPOS D'UN ILLUMINE

Reflexions diverses sur la Gauche

Libres propos d’un illuminé
J’ai écrit plusieurs fois que dans notre pays , le socle de gauche était potentiellement puissamment majoritaire . On en fit ici et là des gorges chaudes .
Les forces politiques de gauche constituées sont en mauvais état ; il est difficile de le nier ;mais ce n’est pas ma référence ; le capitalisme aujourd’hui est honni de façon diverse certes , certains pensant qu’il a fait son temps , dont je suis , et d’autres certainement majoritaires qui considèrent qu’à défaut d’un autre systéme VIABLE , il faut davantage chercher le moyen de le rendre supportable ; mais pris ensemble ces deux groupes constituent grosso modo 70% de la population ; les indicateurs relatifs au sentiment du refus de l’injustice sociale comme à l’exigence d’égalité fiscale tournent autour des mêmes chiffres ; ça ne balaie pas tout, mais pour moi, LA, se trouve le socle de gauche dans notre pays . Maintenant entendons-nous ; on a prétendu que ces chiffres dataient ; très franchement, on ne voit pas ces indicateurs bouger avec les conjonctures et de plus tous les choix politiques actuels ne peuvent que les conforter . Ces indicateurs ne sont pas chimiquement purs ; ce socle de gauche est attaqué , pollué par des idées implantées par les tenants du capital et il n’est que trop certain que si la gauche constituée ne sait pas voir et pas répondre , ce socle ne résistera pas .Je conçois que cette vision ne convienne pas vraiment à une partie de la gauche politique , je ne conçois pas que le PCF n’en mesure pas les conséquences .
Ne cherchons-nous pas , quelle qu’en soit la terminologie , à réaliser un rassemblement populaire majoritaire ? Que serait cet objectif sinon une incantation si sa réalisation tenait de l’absurde ?
Non seulement ce qui précède légitime l’objectif mais pour le PCF , sur un terme évidemment assez long , si on me suit, l’influence politique potentielle, n’est ni 3, ni 5, mais 20% . Ceci donne la mesure de l’ambition et pas celle de l’objectif atteignable soudainement .
La gauche a gagné des échéances électorales d’une courte tête plusieurs fois ; mais on ne peut pas songer asseoir une politique de gauche de façon durable en visant la « courte tête » , ce qui fait et a fait les délices de nombreux stratèges en chambre . Pour gagner de façon durable et permettre enfin à d’autres choix de voir le jour, il faut tout autre chose que des virgules après 50%. Et ce qui précède vise simplement à montrer que cela reste possible .
Si on me suit , le rassemblement à gauche qu’il s’agit de contribuer à construire n’est jamais envisagé comme assez large . Pour certains c’est la « radicalité » qui décide de tout . Après autant d’échecs, on devrait se méfier de cette idée .
Le communisme est-il une perspective concrète pour demain ? Probablement pas ; c’est confondre une phase historique du développement humain avec un objectif politique envisageable dans le court et même moyen terme . Mais cela ne signifie nullement revenir à la notion d’étapes qui a brouillé longtemps notre visée . Toute mesure de gauche aujourd’hui ne peut que s’en prendre à la logique du capital ; et cette situation n’était pas celle d’hier . C’est cette situation qui crée la crise de la Droite politique et c’est cette situation qui crée la nécessité , pour la droite macronienne d’un climat de guerre idéologique unique en Europe ; aux Etats Unis ,un courant nouveau se développe et il est bien trop tôt pour faire des pronostics mais même là , l’idée que le capitalisme n’est pas compatible avec le développement humain progresse ce qui , il y a 20 ans était proprement impensable . On parle aux Etats Unis de « la Gauche » : c’était voici une décennie une catégorie politique impensable . Un économiste keynésien pur sucre états- unien accepte le débat avec un économiste marxiste ou se réclamant du marxisme ; impensable voici encore quelques années .
Où cela nous mène-t-il ? A quelques considérations .
1) Se défaire des idées trop courtes et des montages déjà vus des dizaines de fois . On ne concevra pas la construction d’un rassemblement populaire majoritaire sans une pratique et un bagage profondément nouveau .
2) Dans toutes les tentatives précédentes , nos compatriotes ont été appelés en quelque sorte à plébisciter un programme largement conçu sans eux . Pour eux, mais sans eux . « L’humain d’abord » fit de timides tentatives pour sortir de cette pratique mais sans réellement y être déterminé .
3) On conçut une VI° République mais cette conception ne s’accompagna pas de création de lieux de pouvoir nouveaux sauf au niveau le plus élevé ; l’idée d’une Constituante dont les contours et les circonstances non seulement étaient flous, mais en outre telle que dessinée, venait comme un cheveu sur la soupe , pas comme résultat d’un processus libérant l’initiative populaire .
4) Il est inutile de passer en revue les clauses absurdes visant à délimiter par avance le contour du rassemblement à opérer ; commencé en regroupant les publics les plus politiquement avancés quoique déjà très divers , la chose tourna court ; la dynamique initiale , qui ne permettait pas la mise en mouvement de compatriotes moins avancés s’arrêta .
5) Il faut se faire à l’idée que nos compatriotes n’acceptent plus les solutions clés en main et veulent être mis en mesure de décider ; à tout moment . Pris au sens littéral , c’est évidemment impossible ; pendant très longtemps , aucune politique ne saurait se passer de représentants élus ; mais il n’y aura pas de politique de gauche avec des représentants qui détiennent pour 5 ans la possibilité de faire la pluie et le beau temps ; cette période est révolue.
6) Le Socle constituant la gauche aujourd’hui, n’épuise pas il s’en faut la très grande diversité des sensibilités qui s’y manifestent ; personne n’entend voir son bras tordu par qui que ce soit et pour quelque motif que ce soit ; pour que cette diversité travaille et ne soit pas conçue comme ajout de strates, ajout stérile , il est impératif de concevoir des espaces permanents de débats et de décision d’actions sous l’exclusive responsabilité des participants et sans aucunement créer une nouvelle organisation , de surcroit chapeautée par une « direction » autoproclamée, ou , ce qui revient au même des « sachants » c’est-à-dire des sachems .
7) Jusque là je n’ai pas évoqué la question écologique ; il est maintenant admis qu’elle est transverse à tout débat politique ; et ce qui précède donne à très grands traits la possibilité de débattre d’un enjeu capital dont l’entrelacement avec la question sociale interdit dorénavant qu’on les scinde .

On trouvera ce qui précède bien péremptoire , mais à un moment il faut savoir s’exposer . Parler en susurrant n’a aucune chance de contribuer .

 

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