LES CRIMES DE MARSEILLE, LA JUSTICE ET AUTRES CONSIDERATIONS

A propos de l’affaire Nour, une discussion assez vive m’a partiellement opposé à une députée européenne du Groupe GUE qui fait un admirable travail elle met en cause « la gâchette facile » ; elle dit que l’élimination de l’assassin ressemble à un retour déguisé à la peine de mort .Le sujet est gravissime .

LES CRIMES DE MARSEILLE, LA JUSTICE ET AUTRES CONSIDERATIONS
A propos de l’affaire Nour, une discussion assez vive m’a partiellement opposé à une députée européenne du Groupe GUE qui fait un admirable travail ; ça ne peut pas rester sans développement ; elle met en cause « la gâchette facile » ; elle dit que l’élimination de l’assassin n’a pas été le fait d’un soldat de l’Armée régulière mais d’un membre d’un groupe spécialisé qui a reçu une formation adaptée en principe ; elle y voit le retour déguisé à la peine de mort. Le sujet est gravissime.
Je la rejoins en général sur la « gâchette facile » ; je dis en général : il y a trop de « bavures » ; la chasse au faciès est une réalité, deux jeunes qui s’enfuient devant la Police qui les poursuit et s’électrocutent c’est insoutenable. ETC…La liste est maintenant beaucoup trop longue.
Et dans le cas d’espèce ? J’avoue mes interrogations ; la justice cowboy me fait horreur ; mais dans le cas précis ? Je n’ai vu aucun groupe parlementaire déposer une demande de Commission d’enquête sur les circonstances dans lesquelles l’assassin a été éliminé. J’essaie de me représenter la scène ; voilà un militaire formé qui entend des hurlements et voit un assassin ; il voit en un éclair comment il procède ; il semble qu’au même moment l’individu se tourne vers lui ; à quelle distance sont-ils l’un de l’autre ? Suffisante en tout cas pour que le militaire ne puisse songer à l’immobiliser et à le désarmer. Il n’a aucun moyen de savoir à ce moment si c’est un fou dangereux ou un assassin commandité ; il voit les crimes, il voit l’arme et il tire. Tout cela se passe en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire. L’assassin meurt. Peut-on parler de justice expéditive ?
Pendant que j’exprimais mes doutes, un reportage précisément sur le sujet passa au JT de Fr2 ; un jeune militaire faisant partie de ces équipes déclare « si je vois un individu qui agresse quelqu’un , je tire sans réfléchir ». Le reportage montre quelques aspects de la « formation » ; c’est du corps à corps. Rien sur le tir à vue.
Ça ressemble quand même au permis de tuer légalement …Mon interlocutrice semble avoir raison. Elle insiste sur l’idée qu’un procès en toutes circonstances est préférable à l’annihilation du meurtrier ; en droit, elle a absolument raison.
Mais il se trouve qu’en ce moment même, un procès portant sur des crimes de masse épouvantables a lieu avec l’un des principaux protagonistes dans le box ; celui-ci se tait, n’assume rien, ne demande pas pardon, il se tait et c’est son droit. Que vont retirer les proches des victimes du procès ? Vraisemblablement rien.
Cela change-t-il quoi que ce soit au principe ? Evidemment, non. Mais il est clair que à partir de cette invraisemblable expérience, une sorte de jurisprudence des assassins sur ordre s’établira ; ils ne diront rien. Même les chefs de la Maffia les plus ignobles sont dépassés. Il ne peut être question de demander un changement du droit, en tout cas pour limiter les droits des présumés coupables ; d’ailleurs, comment forcer un meurtrier de commande à parler ?
Mais si le meurtrier présumé ne parle pas ou qu’il a été éliminé même si je le répète je préférerais qu’il soit neutralisé vivant, la Police fait son travail ; elle le fait dans les pires conditions ; les propos de l’ineffable Ministre de l’Intérieur sur les coups de peinture lui auraient valu la démission immédiate en d’autres temps ; ce monde m’est devenu incompréhensible. Mais la Police fait son travail et elle peut prévenir ; elle le pourrait beaucoup mieux comme on le voit avec les dysfonctionnements observés dans le Rhône et la circonscription de Lyon justement ; un individu à 7 identités différentes passe inaperçu ? On ne comprend pas. Toujours est-il que son mobile, lui, parle. L’homme n’a pas agi seul. Pas davantage que Mehrah au sujet duquel on apprend qu’un Commissaire tente d’accréditer l’idée qu’il a agi seul ; mais le Procureur le rappelle à l’ordre. Heureusement .
Je suis toujours dans le doute. Ce qui me semble certain ce sont les aspects suivants :
1)Le tir à vue à balles réelles devrait être très sérieusement encadré sinon interdit ; on doit pouvoir neutraliser un individu dangereux dans une situation où le corps à corps est impossible, autrement. Il existe d’autres moyens.
2) Le même reportage parle d’ « Etat de guerre » ; inacceptable, et les inscriptions dans la Loi des dispositions de l’Etat d’urgence devront être supprimées ; il est de notoriété publique que le renforcement de l’arsenal législatif existant n’est ni nécessaire ni utile à la « lutte contre le terrorisme » .
3) Sans moyens conséquents pour la Police, la prévention présente des lacunes inacceptables ; la question de la prévention est centrale. Elle ne l’est pas aujourd’hui, ni en France ni dans l’UE. On a vu les effarants dysfonctionnements entre Police Française et Belge au moment du massacre du Bataclan.
4) Plus largement, tant que notre pays se prévaudra d’on ne sait quel droit- d’ingérence « humanitaire » , participera à des opérations militaires non sollicitées et qui sèment la destruction , la misère , le malheur pour des populations entières , pas de lutte contre le terrorisme qui tienne , lequel se nourrit évidemment de ces actes d’Etat .
5) La Politique internationale de la France doit être tournée vers la Paix , pas vers la préparation aux conflits les plus variés et souvent les moins recommandables . C’est une incantation ? Non : dans toute l’UE on réarme à tout va ce qui contribue à créer une situation dangereuse mondialement. La question est d’aller vers un désarmement de la Planète, le renforcement du rôle de l’ONU , la liquidation de l’OTAN , l’éradication de l’armement nucléaire.
La brièveté d’un billet ne permet pas d’élaborer plus outre mais la solution au terrorisme n’est que secondairement juridique, elle est d’abord politique.

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