Une Affaire grave

Considérations sur l'affaire de Vitry

UNE GRAVE AFFAIRE
Après la décision nette et dépourvue de tout bavardage de la FD du VAL DE MARNE retirant sa délégation à l’organisateur du putsch de VITRY pour « félonie », j’ai songé à ne rien ajouter à une chronique aussi désolante que bien remplie et consacrer mes propos à la Victoire Historique de la gauche et des écologistes à Marseille, sur quoi on dit beaucoup trop peu et qui pourtant ,dans un paysage politique lourd et inquiétant est peut-être le signal de quelque chose à venir .C’est un fait que je ne peux résister ; il y a un tel florilége de propos ahurissants que rien que le rassembler vaut la peine ; mais il y a plus important ; c’est à quoi je consacrerais la seconde partie. C’est une sorte de « parler à voix haute » à quoi je me livre plus qu’à mon péché mignon et assumé du goût pour la polémique.
FLORILEGE
On aura décidément tout entendu ; je laisse de côté les propos les plus orduriers.
1 ) Selon un Communiqué , tout s’est déroulé de façon « légale » compatible avec les textes réglementaires ; thèse appuyée par Henri Sterdyniak qu’on n’attendait pas là , à vrai dire . Légal et conforme aux réglementations , la chose n’empêche nullement par d’autres de plaider un « comportement authentiquement révolutionnaire » , étant bien connu que les textes réglementaires institutionnels dérivent en droite ligne de la Constitution soviétique de 1936 , qui , on le sait , ne fut jamais appliquée ( les raisons multiples n’importent pas ici) .Qu’il soit POSSIBLE à une Liste élue de procéder au changement du titulaire du Poste de Maire n’est évidemment pas en question , ni la QUESTION .On peut voir avec une certaine malice dans cette « possibilité » légale l’extraordinaire duplicité des auteurs du texte visant à autoriser par avance tous les coups tordus si fréquents dans les formations où le politicien a pris le pas sur le politique . Pour le PCF, ce comportement est simplement impensable ; un tel parti veut assurer la représentation aussi large que possible des couches sociales usuellement absentes de la vie politique ; qu’il se plie à son corps défendant au respect de règles édictées par d’autres est une chose ;mais même en les respectant , le PCF dans toute son histoire , a cherché et réussi souvent à imposer à ses adversaires une conception de la démocratie limitant chez eux-mêmes le recours aux penchants les plus sordides . Les élus(es) qui disposent de l’investiture du PCF doivent , même minoritaires , être l’objet du respect de tous et toutes . C’est la règle en vigueur qui se parfait année après année et qu’on voit à l’œuvre quotidiennement dans sa représentation parlementaire, la plus sujette aux feux de la rampe mais qui doit s’entendre partout.
Contrairement ou peu s’en faut aux us et coutumes des autres formations politiques , les militantes et militants présentés PAR LE PCF au suffrage universel s’engagent vis-à-vis des POPULATIONS ; c’est là que réside le CONTRAT avec leur parti ( laissant de côté certains aspects secondaires ici ) . Une fois élus(es), c’est CE CONTRAT qui prime. Il en résulte des contradictions assumées qui trouvent d’ailleurs trace dans les STATUTS du PCF et garantissent aux Elues ( s) une certaine liberté de décision .Ils sont présentés par le PCF mais ne rendent des comptes qu’à la population qui les élit .Présenté(es) par le PCF , celui-ci peut , en tant que de besoin , les entendre , éventuellement les conseiller , ce n’est pas le Parti qui impose des choix ,lesquels par définition, sont largement contingents .La dialectique inhérente à cette situation sera étudiée plus en détail dans la seconde partie ; beaucoup de posts relatifs à cette question ignorent superbement cette dialectique .Mais ici , point n’est besoin de scruter si loin. La pratique municipale veut qu’une Liste ait une tête de liste. C’est le premier ( la première ) entre des pairs . Il est tout aussi banal que pour quiconque, si élue , la tête de Liste sera ensuite désignée comme Maire. Considérer que l’exception prévue par les textes réglementaires est une banalité , laquelle peut , dans le cadre de ces mêmes textes réglementaires conduire à tous les changements politiques possibles , étant donnée la tendance au présidentialisme qui conduit à SORTIR le MAIRE des « premiers entre des pairs » pour en faire un potentat , n’est pas franchement une illustration d’une démarche révolutionnaire . Quid alors de possibles différends politiques pouvant surgir justement au moment de la désignation du Maire ?Il convient ici de distinguer deux niveaux ; ces différends possibles devaient être connus avant l’élection et même avant l’attribution du Mandat par le PCF. Une fois élue, il est impossible de prétendre découvrir ces différends et encore plus invraisemblable de les trancher par une désignation inspirée des possibilités légalement offertes. C’est le premier niveau. Le second niveau concerne évidemment TOUT le corps électoral concerné et non le ou les formations politiques qui donnent leur investiture. Le premier scrutin change la situation radicalement.
L’unique cas de figure éventuel où la procédure « légale » pourrait être justifiée est celui de la « découverte » en séance de faits graves et concordants amenant à considérer qu’il y a eu tromperie du corps électoral DECOUVERTS LORS DE LA SEANCE D’INSTALLATION, et dans un tel cas c’est encore au corps électoral qu’il revient , complétement informé , de trancher .Ce cas est évidemment une hypothèses d’école, qui ne peut en aucun cas être invoquée ici .
2) Devant le conflit, on voit certains qui prétendent éclairer les choses par la seule parole des auteurs. D’autres, se déclarent peu éclairés et tout en condamnant la pratique , déclarent leur incapacité à trancher .Cela revient à minimiser l’acte au profit d’un possible désaccord politique qu’il est impossible de clarifier .Où a-t-on vu qu’une forfaiture puisse être « corrigée » par une autre ???
3) Le sommet est atteint par une fameuse déclaration de la Direction Nationale du PCF laquelle, heureusement, condamne l’acte commis lors de la séance d’installation, la condamne dans l’heure , et sera dénoncée comme « erronée » par un membre du CEN , soit de ladite Direction Nationale, au prétexte que cette déclaration n’aurait pas légitimité pour être signée au titre de ladite direction .On n’épiloguera pas sur ce qui serait une farce si ce n’était un acte de plus dans une tragédie.
4)Un respectable intervenant déplace le Probléme en sollicitant le sens d’une abstention massive ; Vitry n’est pas, hélas , la seule commune où l’abstention est massive et même pas la seule où le score des abstentions dépasse de très loin la moyenne nationale. Que peut bien impliquer cette considération ? Qui peut se penser en droit d’interpréter une abstention ???? Hors de considérations générales s’entend. Le recours au nombre d’abstentions ne peut d’aucune façon être convoquée pour en « déduire » quoi que ce soit sur la question posée . D’une part l’abstention constatée a des causes multiples et non une seule liée à cet épisode ; d’autre part comment en déduire ce qu’eût été un autre vote ? Enfin, pour fermer ce florilége , après des jours, en voilà qui demandent qu’on cesse d’en parler publiquement d’autres qui se retranchent derrière la « souveraineté des adhérents » alors que c’est d’évidence toute la population qui est concernée . On laissera de côté ici l’étrange conjonction jusqu’au mot prés de celles et ceux qui prétendent conforme à la démocratie ce qui s’est passé .
2) De la dialectique Parti-Elus (es)
Ce n ’est pas une question nouvelle et le PCF eût à s’en préoccuper de nombreuses fois .Peut-être , cette expérience nous obligera t-on à la penser à nouveaux frais ?.Qu’il y ait une évidente contradiction entre d’une part le fait qu’une formation politique PRESENTE au suffrage des candidat(es) issu(es) de ses rangs et d’autre part le CONTRATqui résulte de l’élection entre les Elus(es) et le corps électoral n’est pas niable ; il ne peut exister aucun algorithme ou régle universelle pour dépasser cette contradiction une fois pour toutes . Pour la suite, on se restreindra au PCF, le seul qui vise à faire concorder sa visée, son programme et ses actes.
Les élus(es) INVESTI(ES) par le PCF sont, par la force des choses conduits à une avalanche de décisions qu’ils ou elles tentent de rendre au mieux concordantes aux positions défendues par le PCF mais sont en même temps conduits à toute une série de compromis de type varié ; un va-et-vient entre les organisations du PCF et les Elus (es) ne peut , par définition , avoir lieu en temps réel. Ceci exclut absolument toute subordination , et cela dans les deux sens ; le cas de figure extrême est celui d’un désaccord absolu entre les positions du PCF et « ses » Elus(es) ; cette situation rarissime mais potentiellement possible se résoud de façon élémentaire : dans le cas le plus sérieux , il n’y a pas synchronisme et le PCF « découvre » après coup des décisions qui peuvent lui sembler devoir être dénoncées ; le PCF est alors fondé à produire ses propres positions et à les rendre publiques , indépendamment de sanctions éventuelles . C’est là l’indépendance du Parti par rapport aux Elus(es) , indépendance qu’il doit préserver en toutes circonstances ; dans la pratique , il existe une infinité de situations intermédiaires où le conflit éneventuel se résoud par discussions si possible fraternelles, entre les organisations du PCF concernées ou non directement et les Elu(es)s concerné(es) .Même dans ce cas et après INSTRUCTION , le désaccord peut persister ; s’il persiste , rien ne permet de conclure que les Elus(es) ont « trahi » leur mandat ni que ce soit le PCF ( ou ses organisations ) qui aient raison ; le point culminant déjà observé est celui de la participation gouvernementale . Autrement dit , le contrôle politique par le PCF des Elus(es) qu’il ( ou des ministres ) est de facto permanent, non synchrone et par la singularité propre au PCF rend rarissime MAIS possible des écarts condamnables des Elus(es) à qui il confie la responsabilité de le représenter .Ceci exclut que ledit contrôle puisse être assimilé à de la défiance de principe ; le choix du PCF de celles et ceux de ses militants(es) appelé(es) à le représenter suppose au contraire la confiance mutuelle et par ailleurs , compte tenu de la charge que constitue un mandat électif , le RESPECT des personnes .
Appliquons ceci briévement au cas qui stinous occupe . Les éventuels désaccords politiques entre les militants(es) investi(es) et les organisations concernées du PCF n’étaient en aucun cas des découvertes . Cette situation n’empêcha nullement les organisations du PCF de présenter une Liste compléte . Ces désaccords ne pouvaient de ce fait être considérés comme suffisamment importants pour légitimer ce qui s’est produit ; ce n’est pas lors de la désignation – parfaitement formelle du MAIRE ( pour les raisons déjà invoquées ) que st apparaître des désaccords majeurs .
Demeure la question d’attitude de potentat qui pourrait éventuellement se manifester chez telle ou tel ; en régle générale , le mode de fonctionnement du PCF implique que ce genre de manifestation soit vite écarté . Compte tenu de la nature même du PCF, de tels cas sont en outre rarissimes ; en tout état de cause , il est impossible de prétendre qu’une Liste dûment constituée et validée puisse découvrir soudain une telle situation , APRES élection . Je me suis exprimé antérieurement quant au jugement sévère que je porte vis-à-vis de comportements que , à juste titre , beaucoup de communistes ont trouvé scandaleux .Je n’y reviens pas . Les décisions de Congrès n’ont RIEN à dire à ce sujet et serait-ce le cas, personne n’est habilité à s’en déclarer dépositaire .

 

 

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