UN RASSEMBLEMENT POPULAIRE DESCENDU DE MARS ?

On revient ici sur la question du clivage " Gauche Droite"

UN RASSEMBLEMENT POPULAIRE DESCENDU DE MARS ?
Chacune et chacun pourra apprendre la terrible tragédie qui intervint vers 22h hier sur la Route de la Mer à deux pas d’Antibes ; ce que vous ignorerez est qu’au même moment , en contrebas se déroulait le repas fraternel concluant la Fête de la Mer organisée traditionnellement par la Section d’Antibes du PCF ; auparavant eut lieu un débat public portant sur les Municipales à Antibes et une discussion esquissée est l’objet de ce billet .
Le discours introductif commença par les posidonies , entrée en matière surprenante à première vue et en tout cas sortant des sentiers battus : les posidonies sont les forêts méditerranéennes de la mer ; elles sont la clé d’un écosystème unique et les préserver est l’objet d’une bataille politique contre un appétit boulimique visant la construction d’un immense port pour la plaisance de luxe et le croisiériste ; comme quoi , environnement , planète , climat sont autant de défis entrelacés et indissociables de la tentative de s’extraire du capitalisme ; avec ce début étonnant et détonnant , le PCF se montrait à la page et le travail accompli pour constituer le rassemblement populaire le plus large destiné à bousculer sérieusement la domination sans partage de la droite et de l’extrême droite sur Antibes prenait son essor ; il est en bonnes mains et va grandir ; je n’en parlerais pas plus outre , n’étant pas Antibois et craignant de parler sans savoir .
Une discussion s’ébaucha après les présentations : ce rassemblement devait il se revendiquer de gauche ? Cette question fondamentale qui fut , à l’Université d’été , remarquablement problématisée par Pierre Laurent , sans que la discussion qui s’ensuivit n’y fasse écho , les intervenants préférant parler de tout sauf de la question, avait évidemment fait l’objet de moult discussions dans les mois qui précédent . Il n’y aurait pas lieu d’y revenir si celle qui porta le fer contre l’idée d’accoler « de gauche » au rassemblement n’avait pas présenté des arguments nouveaux . Elle faisait allusion aux trahisons qui année après année avaient terni l’idée de gauche au point de devoir l’abandonner, argument cent fois entendu et ressassé mais l’inscrivit dans un développement nouveau : d’une part tous les scrutins n’avaient pas les même caractéristiques et chacun de ces scrutins devait être respecté pour lui -même ; d’autre part, les gens votaient pour un programme censé apporter du mieux être sur leur Ville ou Village et se souciaient comme d’une guigne des étiquettes politiques ; a fortiori n’avaient ils pas le souci de voter pour une appellation dévalorisée dans laquelle ils et elles n’avaient pas de raison de se reconnaître ; cette appellation, de ce fait , pouvait rétrécir le rassemblement recherché au lieu de l’étoffer constamment ; c’ était un scrutin municipal et d’autres suivraient ; il était vain de chercher à construire au travers de ce scrutin une gauche digne de ce nom à supposer qu’on le conserve ; vain et contreproductif ; l’argumentaire avait des soutiens et ne tombait pas à plat .
Or ….
Il ne se passe pas de jour sans qu’une politique déterminée , empruntant tout au patrimoine de la droite , n’en déplaise à Pierre Arditi qui ne sait plus où il en est , ne s’accompagne de l’idée :« Ni de droite ni de gauche » . Mr Delevoye _ qui n’est pas seulement de droite mais LR sans aucun complexe- commence un entretien aux Echos en déclarant ; « on ne pourra pas financer à la fois la santé et les retraites ; l’économie n’est ni de droite ni de gauche » . Voilà une fière déclaration qui mérite qu’on y songe . Le chœur des meurtriers du clivage « Gauche- Droite » comporte entre autres , en dehors même de Macron , Mr Roux de Bézieux qui sait mieux que personne que ce qu’il préconise n’est « ni de gauche ni de droite ».
Si les forces diverses qui sont peu ou prou rassemblées pour maintenir tout le pays dans une chappe de plomb qui est celle de la politique du capital aujourd’hui en France s’accordent pour répéter à tout va « Ni de droite ni de gauche » , il y a peut être une raison majeure qu’on ferait bien d’examiner avant de prononcer sur la « nature d’un scrutin » et n’en faire qu’un « scrutin municipal ».Pendant ce temps tous les observateurs politiques à l’affût du paysage politique et en aucun cas « de gauche » notent qu’en dépit de tous les efforts « le clivage gauche droite n’a pas disparu » ; ils le regrettent visiblement amèrement mais bons chiens de chasse , avertissent .
Le meurtre programmé du clivage « Gauche Droite » n’a à ce jour, pas réussi en France ; c’est la singularité de ce pays en Europe et dans le monde bien qu’à cette échelle , y compris aux Etats Unis, les choses bougent aussi .
Le meurtre programmé du clivage « Gauche Droite » est un objectif politique de premier ordre , une urgence , une question cruciale . C’est lui qui détermine la possibilité renouvelée d’une « Union sacrée » comme notre pays en a connu , à chaque fois aux heures les plus sombres ; effacer ce clivage constitue ,comme il est connu, une façon d’émousser « la conscience de classe » pour employer une expression pur sucre qu’en dehors des communistes et quelques cégétistes , personne ne comprend ; mais ce que chacun et chacune peut comprendre c’est que cet effacement liquide purement et simplement des siècles d’histoire où ce clivage s’est constitué dans de dures batailles ; ces batailles en outre sont singulières à notre pays ; ce qui fait de la France un objet politique qui demeure singulier et dont les caractéristiques entravent un alignement européiste lequel , pour le capitalisme, est vital , Brexit ou pas .
Allons plus loin : quelques décennies auparavant , n’importe qui a connu des campagnes municipales où le mot d’ordre de la DROITE était : « ces élections ne sont pas politiques » ; on élit une équipe efficace voilà ce qui compte ; après le vote évidemment on se ruait sur l’état du rapport des forces gauche droite ( ici au passage, la notion de rapport des forces garde tout son sens ) dans le plus total cynisme ; innombrables sont les agglomérations petites et moyennes où les prétendants ( es) clamaient leur « apolitisme » . Aujourd’hui la campagne prend une coloration différente : faire disparaitre le clivage « droite gauche" est une POLITISATION de toutes les forces soutenant la politique du capital .
Nos concitoyennes et concitoyens seraient donc las de ces rappels : beaucoup sinon la majorité trouveraient cette caractéristique pesante et n’ont aucune envie d’être embrigadé(es ) sans le savoir ou le vouloir .
Nombre de nos concitoyennes et concitoyens répugnent en effet aux étiquettes mais on doit bien constater que cela ne marche que dans un sens . Il est plus aisé de voter pour un édile de droite en oubliant qu’il l’est que de faire le même choix pour un édile qui se situe explicitement à gauche ; et plus le courant dominant est marqué par les idées de droite , plus cette observation est constatable ; que se passe-t-il donc ici ? Rien d’autre que le fait qui n’a permis à la gauche de l’emporter qu’à de rares occasions historiques ; et qu’en outre ces occasions n’ont pas toujours permis de voir que la gauche au pouvoir permettait des progrès pour le grand nombre ( litote ) mais même ce fait est insuffisant à expliquer cette réticence bien réelle : le clivage gauche droite est craint comme la peste par la classe dominante ; on n’en est pas à pourchasser le spectre du communisme et encore ( il faudrait ici nuancer fortement ; la classe dominante ne se débarrasse pas facilement des spectres qui hantent ses nuits : on le conçoit ; la brutalité croissante de sa politique ne peut être sans conséquence et tant va la cruche à l’eau …) mais le clivage gauche droite porte en lui-même la promesse d’une politique et d’une logique très différente ; et les exemples abondent y compris avec V Giscard D’Estaing qui expliqua sur tous les tons que Mitterrand était l’otage des communistes » en dépit de toute réalité comme on l’a vu .
Abandonner ,fût ce pour un scrutin municipal , le clivage « droite gauche » est pour les formations politiques de gauche , rendre un signalé service à la classe dominante mais il y a plus : le scrutin municipal n’est que municipal , certes ; les enjeux locaux y sont prépondérants comme il se doit ; mais ce scrutin est-il isolable des autres ? Et si tel est le cas , quand donc le fameux clivage devient -il prépondérant ? Attendre que l’occasion se présente est le moyen certain de faire qu’elle ne se présente jamais ; que à gauche on ne soit pas uniformément partisan de réanimer ledit clivage est hélas un fait compréhensible ; cela permet à certains de basculer aisément ; si le clivage droite gauche est mort ou agonisant , quel marqueur ferait d’une décision , une décision de gauche ? C’est exactement où va une partie du Parti Socialiste avec les tourments que cela implique : et cela conduit aux déclarations d’un Pierre Arditi qui n’est qu’un parmi beaucoup d’autres empruntant le même chemin .Garder en mémoire les « turpitudes » du PS pour se convaincre que décidément , de ce côté il n’y a que voie sans issue est justement se ruer sous l’orage pour ne pas être mouillé . Tout , dans notre pays exige une voie alternative et brandir « gauche gauche » tel un étendard en lambeaux n’est surement pas la solution mais à l’inverse construire dans le respect des convictions de chacun et le rassemblement le plus large des choix alternatifs est précisément reconstituer une gauche offensive , une gauche de combat , celle que craignent à l’évidence toutes les forces arcboutées sur la logique d’un capitalisme en crise qui n’a plus rien dans ses tiroirs que des choix où chacune et chacun peut s’attendre à être tanné comme on le voit sur les retraites . Construire des choix alternatifs porte un nom : ce sont des choix de gauche et craindre de l’affirmer n’est rien d’autre que faire part des menues inquiétudes du moineau .

 

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