CANARD SAUVAGE ( THALES ET PYTHAGORE)

On continue à prétendre que Thalés "sert à mesurer des longueurs" ...Petite histoire édifiante

Canard sauvage
NB J’ai publié cette histoire ailleurs mais je ne me souviens plus où ; de ce fait il est possible que certaines (certains ) de mes lectrices ( lecteurs ) trouvent que j’exagère en la republiant ; ils et elles devront simplement passer leur chemin et ne pas m’en vouloir : on n’a qu’une vie .

Comme je vous l’ai dit , nous étions aux Etats Unis dans l’année 1989- 1990…En Mai , il fallait penser au retour , prévoir … Mes deux filles avaient suivi les cours du CNED et fréquenté le Collège américain mais qui pouvait savoir ? M’étant enquis auprès du Proviseur du Lycée Kléber à Strasbourg , j’appris que ma fille aînée devrait se soumettre à un contrôle en maths et en anglais pour pouvoir accéder à la classe de Seconde ; le Collège américain se prêta gracieusement à cette injonction ; ma fille composerait dans une salle à part dès réception des épreuves ; je n’avais pas d’inquiétude pour l’Anglais ; après tous ces mois , elle parlait couramment ; pour les maths c’était différent mais je considérais que tirer la moyenne devait lui être possible .
De l’épreuve de maths elle rentra en pleurs ; elle n’avait rien fait . Je me gardais d’ajouter à son chagrin tout en pensant in petto que quand même ….
Je lui demandais l’énoncé ; c’était un probléme classique de géométrie du triangle ; lisant l’énoncé mon agacement redoubla ; ce n’était pas possible de ne « rien faire » ..
Je m’assis , avec elle à mon côté , pris une feuille de papier … Au bout de dix minutes , le canard était encore vivant . Vous comprenez ,je pense, qu’un mathématicien professionnel n’est pas autorisé à sécher sur une question de Troisième … Et ne cherchez pas une excuse tordue du type : « tu as oublié , c’est normal » . C’était inenvisageable et absurde . Au bout d’un quart d’heure le canard était toujours vivant , ma fille avait séché ses larmes et la réputation du père commençait à prendre un vieux coup .
Je luis demandais d’aller se faire pendre ailleurs et recommençais à réfléchir sans avoir son souffle sur mon épaule ; mais au bout d’une demi-heure , le canard était toujours vivant .
J’avais repris les choses plusieurs fois et recommencer ne servirait dorénavant à rien . Mais le père était mathématicien et disposait d’une trousse à outils plus large que celle de sa fille ; il songea à une autre méthode ; personne de sensé n’aurait fait ça ; c’était pire que se gratter l’oreille droite avec le bras gauche mais je n’avais pas le choix ; puisque la géométrie ne disait rien , le calcul, lui par contre …C’était le seul espoir . La méthode était inepte et conduisait à des calculs pénibles mais enfin .. On parvenait à mettre le probléme en équations et un système linéaire à trois équations et trois inconnues se présenta ; le calcul final me décomposa . On aboutissait à une indétermination….le calcul ne faisait que refléter les échecs initiaux . Qu’est ce que ça pouvait bien vouloir dire ??? Pendant ce temps ma fille était aux anges ; finalement, ce n’était pas par hasard qu’elle avait rendu copie blanche ….
Je songeais un peu ; le calcul , repris une seconde fois , ne montra pas d’erreur ; ce à quoi il aboutissait envoyait un message codé mais lequel ? J’eus soudain l’illumination : une hypothèse du probléme était de trop !!! En l’éliminant la méthode géométrique devait changer du tout au tout mais la chose fut réglée en trois minutes .
Ma fille fut éberluée .Je n’étais pas pour autant satisfait. Après tout , peut-être que je n’avais pas vu immédiatement la bonne piste … Je décidais d’en avoir le cœur net ; je téléphonais à un collègue de la Fac où je travaillais alors avec qui nous avions des liens d’amitié ; c’était un mathématicien de tout premier plan ; je m’excusais et lui dis que surement il avait bien d’autres occupations que résoudre un probléme de géométrie du triangle mais s’il voulait bien y passer dix minutes , juste pour voir ; après ça , il n’aurait qu’à me rappeler ; une heure passa ; puis il rappela ; il séchait . Je lui fis part de ma « découverte » ; il ne dut pas en concevoir une immense estime pour le systéme français .
Sur de mon fait à présent, j’écrivis une lettre salée au Proviseur suivant laquelle ou bien le Professeur auteur de l’épreuve considérait les mathématiques comme un exercice de torture mentale en sachant que l’énoncé conduisait naturellement à une fausse piste et c’était grave , ou bien il l’ignorait et c’était pire . Ma fille n’eut pas de réponse mais elle entra en Seconde c’était l’essentiel ….

 

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