CANDIDE FACE A T PIKETTY
(Suite de la Lettre Ouverte à Pharaonne (FI))
Candide, c’est moi ; mais comme je n’ai pas le talent de mon cher Voltaire, je lève le masque tout de suite.
T Piketty, qu’on ne présente pas, vient de faire une grande conférence devant un aréopage de journalistes de France Info sur les questions européennes ; la plupart l’écoutent religieusement ; la journaliste du quotidien « Le Monde fait exception, on verra pourquoi. (
T Piketty ne s’adresse pas vraiment à son public ; si j’avais fait comme ça devant le mien passé 30 ans je n’aurais pas tenu le choc ; il parle à la vitesse d’un cheval au galop et prend pour acquis quantité de présupposés qui ne le sont pas.
Mais comme T Piketty donne ainsi le signal de la campagne de B Hamon et pas sur des broutilles, on comprendra qu’il faille s’y intéresser de près ; aussi vais- je appliquer la méthode décrite dans mon billet précédent ; voici d’abord pour égayer la lectrice une caricature d’une autre approche.
1) La critique communiste de l’ancien temps :
T Piketty est social- démocrate ; de gauche cela ne fait aucun doute. Il n’a pas de mots assez durs pour fustiger ce qu’a fait F Hollande sur le plan des affaires européennes ; d’ailleurs selon lui, tout le monde ou presque a eu tout faux ; nous ne le démentirons pas sur ce point. Mais où va la critique de T Piketty ? Il commence par les institutions. Son propos d’entrée de jeu ne vise pas à tout remettre à plat dans la construction européenne telle qu’on nous la vend depuis des décennies mais au contraire à chercher tout moyen de rendre ladite construction européenne « démocratiquement légitime » ; lourde tâche.
Il n’est pas dupe de son propos mais propose de substituer d’une certaine façon le Conseil européen qu’il trouve opaque (c’est parfaitement exact) par une sorte de Parlement économique constitué par une représentation nationale à proportion de la population de chaque Etat , Parlement qui lui aurait pour charge de négocier les décisions économiques avant que les Ministres de chaque Etat de l’Union n’entérinent en modifiant éventuellement … On ne sait pas pourquoi il limite sa réflexion aux Etats suivants : Allemagne, France, Italie, Espagne, Portugal ; il en exclut donc a priori la Grèce , ça n’a l’air de rien mais comme il revient à plusieurs reprises sur cette idée, c’est qu’il y tient . Le gouvernement grec se bat. T Piketty n’en a cure, la Grèce n’a qu’à suivre le bon docteur Pangloss- Piketty ; il dit que tout Etat peut à volonté s’inscrire dans le processus qu’il s‘emploie à décrire mais pas le bloquer (sic ! en français dans le texte) .
On aura compris qu’ainsi le projet décliné par T Piketty consiste à instiller une dose d’acceptabilité dans la prise de décision au sein d’une Union Européenne dont le « noyau dur » est constitué par l’ensemble des Etats précédents dont, dit-il, le PIB représente 77% du total et c’est apparemment (mais Candide n’est pas dupe de cet « argument ») là qu’il faut chercher la raison de l’exclusion de la Grèce. Tout l’auditoire est ravi sauf la Journaliste du quotidien « le Monde ». Ainsi , il ne s’agit de rien d’autre que d’un ravalement de façade d’ailleurs complexe à mettre en œuvre selon T Piketty lui -même qui , très honnêtement d’ailleurs , nous explique que oui , cela conduirait à un nouveau Traité mais « pas forcément suivant les termes que lui et donc B Hamon serait amené à présenter » ; de plus , ce « parlement économique » du noyau dur, lui aussi , s’engage dans un processus de négociation ; et T Piketty sait que cela n’ira pas de soi mais il pense que même l’Allemagne de A Merkel et de W Schäuble pourrait y trouver intérêt .
Tout cela n’est donc que du vent ; tout cela n’est donc qu’une n-ième variante d’un fédéralisme IMPOSE et NON CHOISI qui selon T Piketty serait moins sujet à la critique populaire du fait de l’instillation démocratique précédente et donc tout pourrait ainsi changer POUR que rien ne change.
Reste à élucider pourquoi la Journaliste du quotidien « Le Monde » est si inquiète comme le montre son visage littéralement épouvanté ; c’est que ces propos( et on est loin d’en avoir fait le tour ) sont somme toute encore bien trop audacieux pour elle ; instiller une dose de démocratie peut-être mais c’est ouvrir la boîte de Pandore ; on ne joue pas avec ça . L’orthodoxie tant qu’à faire c’est plus cohérent avec les dogmes austéritaires.
Bref, on l’aura compris, hors de la Révolution, point de salut.
2) SOYONS SERIEUX
Puisque T Piketty ouvre ainsi la boîte de Pandore, et il a raison, ouvrons-la en grand ; le PCF ne commencerait pas par la question institutionnelle mais si la méthode proposée antérieurement a un sens CETTE QUESTION figurerait au rang des problèmes ouverts.
Car T Piketty ne s’intéresse pas « seulement » à la légitimité démocratique, point sur lequel Candide n’épiloguera pas ; T Piketty SAIT que le nœud gordien c’est LA POLITIQUE AUSTERITAIRE et il sait que cette politique mène la construction européenne dans le mur. En cela il partage et le diagnostic du PCF et celui de JL Mélenchon. Qu’en déduit -il ?
En gros, selon lui la question de la Dette n’en est pas une ; il sépare deux Dettes et s’intéresse uniquement à celle produite par la crise dite « financière » de 2008 ; admettons . Il propose « d’en mutualiser les TAUX » dans le cadre du Parlement économique précédent ce qui , selon lui , libérerait les Etats membres de la dépendance aux marchés financiers ; là , il faut dresser l’oreille .
Je cite le document du PCF relatif à une AUTRE CONSTRUCTION EUROPENNE :
« Au-delà, il s’agit surtout, pour une nouvelle croissance de progrès social solidaire, d’instituer un « Fonds de développement social et écologique européen » comme le propose le Front de gauche, le Parti de la gauche européenne et Die Linke en Allemagne. Une prise de dettes publiques des différents États de la zone euro par la BCE serait affectée, en alimentant ce Fonds, pour une expansion des services publics, différenciée suivant les besoins des divers pays, en vue d’une nouvelle croissance sociale, avec des coopérations de solidarité entre les services publics. »
Ce n’est pas pareil mais point n’est besoin d’être quiconque autre que Candide pour comprendre qu’il y a là un point de convergence fondamental et c’est logique ; ou on bavarde sur l’Europe ou on s’attaque à la financiarisation, véritable cancer de l’économie mondiale. Candide préfère la solution du PCF qui lui semble plus simple que les 7 sphères d’Aristote dont le rôle est ici tenu par T Piketty ; mais c’est sans doute parce que Candide est …. Candide.
Quid du Traité Merkozy Hollande , autrement dit de l’ajout inique au Traité de Lisbonne dont nous ne parlerons pas ici ? Le Traité Merkozy -Hollande est un garrot pour TOUS les peuples de l’Union. Le PCF propose de le dénoncer ; c’est CE texte avant tout qui DETERMINE LES REGLES INTANGIBLES DES POLITIQUES D’AUSTERITE et notre Cour des Comptes avec à sa tête le « socialiste » D Migaud ne fait rien d’autre que vérifier à la façon d’un notaire de Molière que les décisions du Parlement Français sont conformes à ce Traité ; le dénoncer est pour une politique de gauche une nécessité absolue.
T Piketty est sur ce point muet ; bien, MAIS en même temps il veut une politique ambitieuse – c’est ce que Candide a compris – d’investissements publics et visiblement s’intéresse à la question d’une INFLATION c’est-à-dire à l’injection DIRECTE de monnaie par la Banque Centrale Européenne dont il ne critique pas le statut. D’un revers de main, il balaie des circonstances historiques bien plus graves où la question de la dette a justement été résolue de cette façon.
Sans entrer dans les détails, il n’est pas besoin d’être quiconque autre que Candide pour comprendre qu’à nouveau sur ce point entre le PCF et B Hamon existe une plage de convergence considérable.
Le PCF considère que la question du Traité Merkozy Hollande est incontournable et pas T Piketty ; soit ; on ne voit pas par quel miracle, sans cette dénonciation effective ou de FACTO , ce que propose T Piketty pourrait marcher ; c’est là un point de débat une question OUVERTE mais surement pas à décider en préalable . L’histoire s’en chargera.
Il ajoute enfin que selon lui l’harmonisation du taux d’imposition sur les sociétés est incontournable ; il ne dit pas si c’est vers le haut ou vers le bas mais enfin là encore on trouvera de quoi être au moins convergent avec le PCF ; comme en outre T Piketty indique que grâce à son Parlement économique on pourra tomber d’accord , trouver un compromis et que « si le Luxembourg veut continuer à pratiquer le dumping fiscal on ne laissera dans son coin », on comprend que c’est à une harmonisation plutôt vers le haut qu’il pense ; soit dit en passant la Grèce serait un allié de choix ce qui échappe à T Piketty…
Sur trois questions FONDAMENTALES et LIEES il y a donc CONVERGENCE POSSIBLE ENTRE B HAMON ET LE PCF.
Comme Candide est justement candide et qu’il comprend peu de choses, il arrêtera là sa démonstration ; on trouvera que dans tout ce qui précède il y a très peu de Jean-Luc Mélenchon qui demeure le candidat de Candide, mais cette situation n’est pas le fait de Candide , sorry !
La voie est donc ouverte à des assemblées et des rencontres PUBLIQUES, à gauche sur toutes ces questions et l’hypothèse d’un PACTE GOUVERNEMENTAL DE GAUCHE entre Jean-Luc Mélenchon, le PCF et B Hamon est donc crédible ; Candide demande s’il se trouve à gauche quiconque pour rejeter pareille possibilité. Ce sera tout pour aujourd’hui.