SUR STEPHANE PEU

On discute ici la récente interview de Stéphane Peu au Talk du Figaro

SUR STEPHANE PEU .
Ayant visionné le Talk ,puis lu les commentaires , je veux dire sur quoi je ne SUIS PAS en phase avec Stéphane Peu . Que celui-ci s’exprime n’est pas pour moi un probléme , autant le dire, et statuts ou pas , lesquels là-dessus sont muets , un « devoir de réserve », ne changerait rien . Et il est évident que à la veille d’un Congrès , encore davantage que la veille de la Fête de l’Humanité , cette parole a un sens .
Il ne faut pas être hypocrite ; même si le titre est réducteur , sa prise de parole a comme centre de gravité « le caractère central à gauche » de Jean-Luc Mélenchon et de FI .
Je pourrais ironiser d’abord sur le fait que des trois caractéristiques qui sont décernées par Stéphane Peu à LREM et à son groupe , deux pourraient sans changer une virgule s’appliquer à FI ; la dévotion à un homme n’est-elle qu’un attribut de LREM ? Le manque de culture politique n’est-elle qu’un attribut de LREM ? On se pince un peu mais cela nous écarte de l’essentiel .
Tous les commentaires sans quasiment d’exception acceptent l’idée essentielle du discours de Stéphane Peu selon laquelle FI est , qu’on le veuille ou non, « la force centrale à gauche » ; ils en tirent des conséquences variées mais ne discutent pas ce point . Que veut dire cette expression ????
Le PS en fit un usage constant . Le PCF ne fut pas exempt de cette tentation hégémonique qu’il n’analysa pas en son temps comme il l’aurait fallu , et plutôt que de l’analyser , se résolut à accepter qu’il ne l’était plus, avec des conséquences politiques catastrophiques . Une force centrale à gauche a vocation a rassembler autour d’elle ; on peut tourner l’expression en tout sens , s’exclamer ,protester , rien n’y fait. Cette conception est pour toujours dépassée .
Que Stéphane Peu et d’autres avec lui s’y cramponnent , a fortiori en l’acceptant d’une force politique dont l’objectif est de « remplacer le PS » est une chose . Mais aucune proclamation ne se substitue à l’analyse réelle des choses réelles .
On n’épiloguera pas ici sur l’étrange « centralité » d’une force politique appelant à une « Marée Humaine » , puis devant un échec prévisible et incompris déclare que « Macron a le point », pas davantage que sur sa propension à vouloir diriger de l’extérieur le mouvement social , en prétendant donner des leçons au mouvement syndical ; on n’épiloguera pas sur l’étrange « centralité » d’une force politique qui dans la dernière période parle d’alliances politiques en termes de carabistouilles puis se rue sur la possibilité d’en conclure à sa façon ; on n’épiloguera pas sur l’étrange « centralité » d’une force politique qui prétend renverser la table dans l’Union Européenne puis , voire en même temps fait des yeux amoureux à Sarah Wahgenknecht, après avoir elle -même tenu des propos redoutables sur l’immigration puis s’être ravisée en crabe à cet égard . On n’épiloguera pas sur les dernières foucades d’une rencontre que Stéphane Peu lui-même considère comme tout sauf impromptue .
Rien de tout cela ne permet de cerner le sujet . Il n’existe pas de « force centrale » à gauche . Il faut se résoudre à cette évidence d’aujourd’hui . Et si la gauche veut reconquérir le chemin des victoires non éphémères elle doit se débarrasser de ce « concept » dont on ne sait pas d’où il sort mais qui fait l’affaire de beaucoup ; les résultats électoraux auxquels se réfère Stéphane Peu, lequel au passage fait l’impasse sur des centaines d’élus.es communistes des territoires sans aucune comparaison avec la « force centrale qu’on le veuille ou non », ne sont qu’une photographie fugace et très partielle de l’état des forces politiques , a fortiori dans une séquence ayant permis un hold -up . Depuis quand devons nous apprécier une situation politique à partir d’institutions qui en défigurent complétement les caractéristiques ? Cette façon de faire est licite pour toutes les forces politiques qui se complaisent dans cette caricature mais n’est pas licite au PCF . On ne déduira pas de ce qui précède la conclusion absurde que même défigurés ces « résultats » n’ont pas de signification.
Bien sur , comme le Talk du Figaro n’est pas fait pour d’aussi hautes considérations , on améne Stéphane Peu à la seule question qui intéresse avec gourmandise , à savoir les élections européennes ; on n’a sur ce point pas à le forcer . Marie George Buffet avait quelques semaines auparavant dit les choses avec plus de brutalité .
Stéphane Peu est un homme affable et courtois ; il lui semble que lesdites élections sont dans 9 mois et que 3 mois de conversation pour éviter un scénario à l’italienne ne sont pas à considérer comme ridicules . En désignant Ian Brossat d’abord comme chef de file des candidat.es communistes puis à présent comme tête de liste , le PCF se serait hâté de façon irresponsable , disons les choses .
Discuter pendant 3 mois . Discuter quoi et comment , avec qui ? Evidemment avec « la force politique centrale à gauche qu’on le veuille ou non » ; on n’ose pas demander sur quel contenu ? Stéphane Peu décline mezzo voce un « Pacte » que FI semble « proposer » - le terme est inadéquat – à des forces avec lesquelles il serait possible de constituer une Liste ; on nous rejoue ainsi la séquence de la Charte . Mais c’est parfaitement secondaire . Ni Jean-Luc Mélenchon ni FI , « la force politique centrale à gauche qu’on le veuille ou non » n’entendent discuter sérieusement de contenus avec le PCF ; le contraire aurait dû être repéré même par des radars politiques artisanaux . Alors trois mois ? La campagne est lancée ; si c’est de cela qu’on se préoccupe et donc des réalités politiques on ne peut pas, comme le dernier des dandys politiques, ne pas avoir vu qu’il faut partir tôt à gauche . Le PCF ne s’est pas lancé dans cette affaire sans avoir lancé à temps tous les appels possibles à un possible regroupement ; il existe des forces politiques à gauche dont la myopie est malheureusement une légende . Alors que faire ? Lancer le PCF dans un atermoiement de 3 mois en espérant la fumée blanche ? N’existe-t-il pas des sujets majeurs dont il faut , alors que d’autres et en particulier la droite , l’extrême droite et Macron ne sont pas prêtes , que nos compatriotes s’emparent dès à présent ? Qu’attendre d’une discussion de 3 mois avec « une force politique centrale à gauche qu’on le veuille ou non » qui non seulement ne veut pas justement discuter mais faire de cette séquence électorale « référendum contre Macron », ce dont la majorité de nos compatriotes ne veulent pas entendre parler ? Ces 3 mois n’ont qu’une conclusion possible : soit l’acceptation impossible des exigences de « la force centrale à gauche » , soit la reconnaissance de l’échec avec une double conséquence désastreuse : le PCF ne veut pas de l’union , et le départ en catastrophe d’une liste qui serait vouée à n’avoir aucune audience .
On ne voit pas pourquoi on devrait dépenser autant de salive scripturale car l’expérience parle déjà : les apparitions de Ian Brossat sont à ce jour les seules à gauche à susciter de l’intérêt .
Ce faisant le PCF ne cherche pas à s’imposer comme « la force centrale à gauche » ; il ne cherche pas à « témoigner » ; toutes les voix qui se porteront sur sa liste constitueront le socle politique d’une contre-offensive à l’Europe des banquiers et de la volonté de construire une Union Européenne au service du progrès social et des peuples .Le PCF ne cherche pas à s’imposer comme « force centrale à gauche » mais il apparaîtra comme « le parti qui tient la gauche debout ».

 

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